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Au Temps
Dictionnaire Patrick Modiano

Bernard Obadia

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B  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z 

B  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z

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Cahiers.
"Depuis trente ans, je prends des notes dans des cahiers. Ces cahiers sont le réservoir de tous mes romans. C’est une espèce de fatras désordonné comprenant des faits divers, des adresses et des noms que j’ai dénichés dans de vieux bottins. Si je me laissais aller, je ne ferais que ça… Ce n’est pas publiable, mais c’est là que je puise mon inspiration. Et comme j’ai une certaine faculté d’oubli, je réécris des choses que j’ai déjà écrites dans d’autres livres!" La Tribune de Genève, entretien avec Pascale Frey, 27-02-10

Cahier, retrouver des personnes* (le)
(...) un jour, dans un cahier, j'ai essayé de récapituler des gens que j'avais croisés dans ma vie mais dont je n'ai jamais su ce qu'ils étaient devenus. Il y a un côté énigmatique dans tout cela qui m'a toujours fasciné. Je me demande quelles vies sont devenues les leurs. C'est une situation un peu étrange qui ne trouve pas de conclusion. Parfois, il s'agit de situations dans lesquelles on était trente ou quarante ans plus tôt et qui n'ont jamais eu d'avenir. Ou des lieux que l'on n'arrive plus à retrouver, une rue, un immeuble, un appartement. Ou encore une chose sur laquelle on n'a jamais eu d'explication. Ça peut remonter à l'enfance, parfois. Tout cela forme l'arrière-fond de toute une vie. On a l'impression que le destin hésitait.
Trouve-t-on un jour les réponses ?
P.M. Non, je ne crois pas. Je crois que ces bribes restent toujours énigmatiques. Il m'est souvent arrivé d'essayer de retrouver certaines personnes, ou de trouver une explication à certaines énigmes du passé, mais à chaque fois je me suis heurté à une résistance. Peut-être me suis-je mis moi-même cette résistance dans la tête... Mais ces choses-là résistent toujours aux explications. Même si on se livre à une enquête policière, on n'arrive jamais à savoir.
"Mon Paris n'est pas un Paris de nostalgie mais un Paris rêvé" entretien avec François Busnel (Lire), 04/03/2010

Caméra invisible (j'ai fait ce rêve d'une)
" A seize ans, j'ai rêvé, comme beaucoup d'autres, d'une caméra légère et même invisible qui permettrait de filmer les rues de Paris, de jour comme de nuit, et qui capterait les visages et les paroles des passants, et les suivrait dans leurs aventures quotidiennes sans qu'ils s'en aperçoivent. Le film que je voyais se projeter sur l'écran aurait été à la fois un film de fiction et un documentaire : des histoires d'inconnus se déroulant dans une lumière naturelle.

«Le terme "prise de vue" n'aurait plus eu de sens. La caméra aurait été si légère que l'on n'aurait pas senti son poids sur l'épaule et qu'elle aurait saisi les regards, les sourires, le mouvement des feuilles et des nuages, sans les geler sur la pellicule – une pellicule si sensible qu'elle se serait laissée tout simplement imprégner par la vie.

«A l'époque où je rêvais de cette caméra magique, passaient dans les cinémas d'exclusivité des Champs-Elysées et des Grands Boulevards – ou dans des salles plus secrètes comme les Agriculteurs – les premiers films de la Nouvelle Vague. A travers deux ou trois d'entre eux, j'avais bien senti cette volonté de fuir le studio pour la rue et la lumière naturelle, et le désir d'atteindre ce point magnétique où documentaire et fiction se confondent. D'autres cinéastes, comme Rossellini, et plus loin encore dans le temps, Jean Vigo, étaient parvenus, chacun à sa manière, à ce mystérieux équilibre.

«Ceux de la Nouvelle Vague disposaient – paraît-il – d'un avantage sur leurs aînés : les caméras étaient plus légères, les pellicules plus sensibles. Les progrès de la technique facilitaient les choses. Mais j'ai fini par comprendre que tout cela n'était qu'une illusion.

«Il n'existera jamais une caméra légère, sauf celle qu'il faut, chaque fois, bricoler soi-même. Après quarante ans, on se rend compte que le Cameflex dont se servait Godard pour A bout de souffle n'était pas aussi "léger" que cela, puisque son moteur faisait du bruit et qu'il interdisait la prise de son directe. Et la pellicule de cinéma n'étant pas aussi sensible qu'on l'imagine, Godard et Coutard eurent recours à une pellicule photo pour tourner les séquences de nuit. De toutes façons, bien avant eux, Jean Vigo et Max Ophuls avaient su rendre légère et fluide, par on ne sait quel prodige, une caméra encore plus lourde.

«En regardant l'Atalante ou les Contrebandiers de Moonfleet, je me disais aussi que la caméra – lourde ou légère – n'était pas simplement faite pour capter la vie quotidienne ou la lumière naturelle, mais aussi pour rendre sensibles les vagues de rêves qui se dégagent des objets les plus usuels : une péniche, un phonographe, un tatouage, une plage anglaise...

«Mais combien d'efforts, d'énergie et de sang-froid pour vaincre toutes les lois de la pesanteur liées à l'art cinématographique... Il m'est vite apparu que, malheureusement, la caméra ne pourrait jamais avoir la légèreté du stylo. Chaque image qui m'émouvait dans un film en me donnant la sensation de la fragilité, de l'éphémère et du naturel – ces images qui vous font dire : oui, la vie, c'est comme ça – avait été le résultat d'un bricolage, parce que les instruments mis à votre disposition étaient insuffisants. Chaque fois, il avait fallu se construire de bric et de broc son propre Stradivarius pour jouer sa partition. Et souvent il avait été nécessaire de se défendre contre le producteur, de pallier, comme Orson Welles, un brusque manque d'argent en improvisant une séquence dans un hammam, ou comme Rossellini, de filmer sur des chutes de pellicule, ou d'attendre la trente-cinquième prise pour parvenir enfin à capter l'enfant radieuse qu'était Marilyn Monroe. Et quand vous aviez achevé par miracle votre film, on le défigurait à coups de ciseaux, sans prévenir, comme il était arrivé à Stroheim, à Vigo, à Welles ou à Ophuls... Décidément, si on l'envisageait comme un art, le cinéma avait été quelquefois bien éprouvant et cruel pour les artistes. «C'est essayer d'écrire Guerre et Paix dans une auto tamponneuse», disait Stanley Kubrick.

«Je savais bien que Baudelaire ou Flaubert n'avaient pas été ménagés par la vie, mais les procureurs de la chambre correctionnelle où ils avaient comparu pour outrage à la morale publique ne sont pas parvenus, en définitive, à mutiler leurs œuvres. Et un souci, au moins, leur avait été épargné : celui de trouver un producteur et de persuader madame Boucicaut, par exemple, de financer les Fleurs du Mal et Madame Bovary.

«Qu'est-ce qui décide certaines personnes, quand elles sont au carrefour du cinéma et de la littérature, à prendre un chemin plutôt que l'autre ? Godard a confié qu'à vingt ans il avait voulu écrire un roman. Il avait écrit la première phrase, mais la seconde n'était jamais venue.

«Il faut dire que le stylo n'est pas aussi léger qu'il semble au premier abord. Il peut lui aussi peser des tonnes, et toute une vie est parfois nécessaire pour essayer de rendre son stylo aussi léger que le rêve d'une caméra légère.». Libération, 13-03-99, Les objets du siècle.

Camp de Drancy  Le camp où est passée Dora Bruber.

Capitulation allemande sans condition, Reims, 1945
Les Soviétiques hissent le drapeau rouge au sommet du Reichstag, puis exigent une capitulation sans condition. Goebbels se donne la mort après avoir tué ses six enfants. C'est donc l'amiral Dônitz, que Hilter a désigné pour successeur dans son testament, qui regroupe les forces allemandes et engage le processus de capitulation, signée à Reims le 7 mai à 2 h 45 au quartier général d'Eisenhower et ratifiée le 8 à Berlin, au quartier général de Joukov. Ainsi s'effondre exsangue le Reich qui devait " durer mille ans "
.

 

Carnets autobiographiques
"En fait, Un pedigree est le condensé d'un travail beaucoup plus long, beaucoup plus étendu, qui ressemblait un peu à des Mémoires. C'est presque un extrait d'un truc plus long.
Que vous publierez un jour ?
P.M. Je ne sais pas. C'est difficile. Il faut trouver la même distance, c'est très compliqué. Il existe, en effet, une vingtaine de cahiers. Mais il faudrait... Ce serait... J'ai tiré cent vingt pages de ces cahiers pour Un pedigree. Faut-il publier le reste ? Je ne sais vraiment pas. Ce serait bizarre.
Pourquoi ?
P.M. Parce qu'on verrait tout ce qui m'a permis d'écrire mes autres livres, mes romans. Ce serait comme une machine dont on verrait les arrière-fonds, les fondations... Ce serait très bizarre. Ce serait comme de voir tout le grouillement des romans... Quelle étrange impression !
Cela vous déplaît ?
P.M. Je préfère les romans tels qu'ils ont été publiés. Tous sont des espèces d'autobiographie. Mes livres sont faits de bric et de broc autobiographique. Mais publier ces carnets... Je ne sais pas." "Mon Paris n'est pas un Paris de nostalgie mais un Paris rêvé" entretien avec François Busnel (Lire), 04/03/2010

Cathédrale fragmentaire 
"J'ai souvent le sentiment que des gens de ma génération ont une infirmité par rapport à ceux de la génération précédente: notre pouvoir de concentration s'est affaibli. La génération précédente est parvenue à faire une oeuvre globale, une sorte de cathédrale. Je pense à Proust ou à Lawrence Durrell et à son Quatuor d'Alexandrie. Ces gens vivaient dans un monde où l'on pouvait se concentrer davantage tandis que pour les gens de ma génération, c'est fragmentaire. On arrive peut-être à faire un truc global, mais avec des fragments, si vous voulez..."
Entretien avec Laurence Liban, Lire, octobre 2003.

 

Catherine certitude [1988], illustrations de Sempé , Albums, Gallimard Jeunesse ;  Collection Folio junior 
Résumé
de l'éditeur
<< Comme son papa, Catherine Certitude porte des lunettes. Et une paire de lunettes, cela complique parfois la vie : par exemple lorsqu'elle est obligée de les enlever au cours de danse. Car Catherine rêve de devenir une grande danseuse comme sa maman qui vit à New York. Mais ses lunettes lui offrent l'avantage de pouvoir vivre dans deux mondes différents : le monde réel, tel qu'elle le voit, quand elle les porte, et un monde plein de douceur, flou et sans aspérité si elle les ôte.
Un monde où elle danse comme dans un rêve...
>>

 

CAU (jean)
"Écrivain français (Bram, 1925 — Paris, 1993).
Membre de la jeunesse existentialiste, secrétaire de Sartre, prix Goncourt en 1961 (la Pitié de Dieu), Jean Cau rompt avec le philosophe (le Meurtre d'un enfant, 1965), se rapproche du général de Gaulle et se consacre au pamphlet (Ma misogynie, 1972; Discours de la décadence, 1978). L'audience de ce porte-parole d'une droite virulente est assurée dans ses articles (Paris-Match, l'Express..) et au théâtre (le Maître du monde, 1963; Pauvre France, 1972) par un ton violemment caustique et un goût prononcé pour la polémique. En 1995, parut son ouvrage posthume l'Orgueil des mots."
.Encyclopédie Hachette
Amie de la mère de Modiano il préfaça La Place de l'Etoile

Chanson
Elle lit
Des romans-photos
Dans le métro...
L'ingénieur aux tempes grises
Séduira-t-il la souris grise
Le charmant torero
Épousera-t-il la dactylo

Elle lit
Des romans-photos
Dans le métro...
Elle se demande si la bergère
Finira par épouser
Le fils de la duchesse douairière
Après deux ou trois baisers

Et si le riche planteur
Dans son île
Filera le parfait bonheur
Avec la belle écuyère
Et si le Corse au grand cœur
Vengera sa petite sœur

Elle lit
Des romans-photos
Dans le métro
Mais c'est l'heure du boulot
Finis les romans-photos
Au bureau, à l'usine
Au chantier, à la mine
Vous vous reposerez
Quand vous serez au tombeau...

Elle lisait des romans-photos
Elle lisait des romans-photos
Elle s'est jetée sous le métro
Avec ses romans-photos
A la station Trocadéro...

Écrit par Patrick Modiano, composé et interprété par Hughes de Courson (Ballon Noir, 1967)

 

Chronologies, Le siècle de Modiano

Louis Ferdinand CELINE

Louis Ferdinand CÉLINE (1)  
Dictionnaire des mots de Louis Ferdinand CÉLINE.   Restituer les usages de la langue de Céline à travers son lexique ; tisser un réseau de références en matière de critique célinienne. Projet en cours d'élaboration.  

Louis-Ferdinand CELINE (2)   
Informations générales sur Céline, utiles pour une première approche de l'œuvre. Sa vie et son oeuvre : romans, théâtre, ballets, pamphlets, correspondances, bibliographie, actualité, jugements de critiques et d'écrivains.  
 

 

Cercle invisible
" Les lecteurs de Patrick Modiano le savent, l'éprouvent : on entre dans ses romans comme dans un cercle invisible. On est pris, happé par le monde que ses personnages habitent et hantent. Rapt infiniment heureux puisqu'il a la sympathie comme loi fondamentale et un plaisir sans tache comme rémunération. On a beaucoup glosé sur la manière, sur la musique si singulière et entêtante de Modiano. Et l'analyse est loin d'être achevée. Mais il faudrait parler également de l'effet tout aussi particulier que sa lecture suscite. Il faudrait se regarder soi-même, imperceptiblement enrichi d'une sensation que l'on ne peut nommer tant elle est proche et intime. Tant elle renvoie, mystérieusement, à sa propre mémoire."
Patrick Modiano, géographe des nuits de Paris par Patrick Kéchidian, le Monde du 3 octobre 03

Le Chagrin et la pitié (Réalisé en 1967 par Marcel Ophuls en collaboration avec André Harris et Alain de Sédouy)
<< Long documentaire de quatre heures, Le Chagrin et la pitié analyse la situation de la France entre 1940 et 1944 alors que le pays était occupé par les troupes allemandes, tandis qu'un gouvernement de droite français siégeait à Vichy. S'il était loin d'être partisan de l'Allemagne nazie, ce gouvernement dans son ensemble n'en considérait pas moins la victoire des Allemands comme inéluctable et se montrait par la force des choses docile à la collaboration qui s'avéra un marché de dupes pour les deux parties.
Le film est un montage de matériaux très divers: archives et bandes d'actualité de la période 40-44, extraits de longs métrages allemands et de films de propagande de Vichy et, surtout, interviews d'un certain nombre de personnes (célèbres ou anonymes) qui donnent leurs positions personnelles par rapport aux événements qu'elles ont vécus.
Le Chagrin et la pitié rappelait aux Français ce qui s'était réellement passé pendant cette période: comment la France s'est effondrée sous l'inexorable avance de la puissance allemande; comment le gouvernement de Vichy a cru apaiser l'Allemagne nazie en proclamant la 'Révolution nationale', substituant à la traditionnelle devise de 'Liberté, Egalité, Fraternité' celle de 'Travail, Famille, Patrie'; par quel état d'esprit des expositions antijuives ont pu être montées ou des acteurs français ont pu doubler dans notre langue des films tels que la célebre production antisémite Le Juif Süss (Jud Süss, 1940) de Veit Harlan.
Dans la mesure où il obligea les Français à se pencher sur leur passé, Le Chagrin et la pitié fut loin d'être inutile. Mais il fut cependant dépassé par la tourmente politique qu'il déclencha. On peut le rattacher à un vaste courant de programmation destinée au grand public; en effet, au cours des années 70, les télévisions européennes s'attachèrent à exhumer les archives filmées pour reconstruire l'histoire contemporaine du continent. Il est d'ailleurs symptomatique que Le Chagrin et la pitié ait été produit par un organisme d'Etat: l'Office de Radiodiffusion-Télévision Francaise (O.R.T.F.). Dans la France gaulliste d'alors, la Résistance était non seulement considérée comme une brillante page d'histoire, mais aussi comme le creuset où s'eetaient forgées l'unité et la force de la nation. Le tableau que le film donnait des années 40 allait à l'encontre de cette image idéale. Dans ces circonstances, on ne saurait s'étonner que le film ait été interdit de diffusion sur le petit écran. Exploité dans un cinéma d'art et d'essai parisien, il connut un tel succès qu'il fallut le programmer dans une salle plus importante. S'ensuivit une polémique aiguë.
Si le film ne parvient pas à rendre vraiment compte de la situation de la France occupée et vichyssoise, c'est probablement à cause de son parti pris d'interviews inégalement objectives. Le ton du film change en effet en fonction des interviewés. Le matériel que l'on juxtapose directement à un entretien, le ton du journaliste... tout varie de façon involontairement révélatrice, bien qu'a première vue la même importance ait été accordée au témoignage des héros de la Résistance et des combattants de la France libre, à ceux des espions britanniques, des hommes politiques français, des collaborateurs déclarés ou des adversaires de la France.
Le film tire sa force du fait même qu'il rappelle l'importance de la collaboration - révélant ainsi que la France était loin à cette époque d'être unanimement gaulliste - mais sa faiblesse tient à la façon qu'il a de présenter la collaboration comme le résultat d'attitudes purement individuelles. Le film souffre de cette propension, inhérente à la plupart des émissions historiques télévisées, à n'étayer un fait historique que sur des témoignages individuels en excluant toute approche d'ensemble des données d'un phénomène historique telle que l'étude des structures sociales, des institutions politiques ou des mentalités.
La gauche française a parfois déploré que l'effacement de la Résistance dans le film ait contribué à réhabiliter la droite collaborationniste et facilité son revirement ultérieur en faveur de la droite gaulliste. Mais c'est peut-être ce "flou" politique qui fait tout l'intérêt du film. Il fourmille de personnages hauts en couleur: le paysan héros de la Résistance, bourru et jovial; le vétéran de la division Charlemagne (division de la Waffen SS formée de volontaires français qui ont combattu sur le front russe) expliquant tranquillement, avec autant de bonne foi que d'autosatisfaction, pourquoi il était logique que la jeunesse de la classe sociale à laquelle il appartenait fit comme lui en 1940; l'espion anglais homosexuel qui vécut avec un officier allemand pour mieux transmettre des renseignements à Londres; l'irréductible officier d'infanterie allemand qui, près de trente ans après la guerre, justifie sa conduite en France occupée.
Politiquement, Le Chagrin et la pitié est un échec relatif parce que le pittoresque y occulte trop souvent l'analyse historique, seule à même de donner des leçons politiques. Comme l'a bien souligné Alfred Fabre-Luce, on ne rend pas compte d'une situation moyenne par la juxtaposition symétrique de cas extrêmes.>>
Le Cinéma français.1960-1985 sous la direction de Philippe de Comes et Michel Marmin avec la collaboration de Jean Arnoulx et Guy Braucourt. Paris: Editions Atlas, 1985. 76-77.

Chansons françaises pendant la Guerre de 1939 à 1945

"Ça fait d'excellents français"
Chanson de G.van Parys et J.Boyer chantée par Maurice Chevalier, 1939.


" Le colonel était dans la finance,
Le commandant était dans l'industrie,
Le capitaine était dans l'assurance,
Et le lieutenant était dans l'épicerie.
Le juteux était huissier de la banque de France,
Le sergent était boulanger-patissier,
Le caporal était dans l'ignorance
Et le 2e classe était rentier.

Et tout ça, ça fait
D'excellents Français,
D'excellents soldats,
Qui marchent au pas.
Ils n'en avaient plus l'habitude
Mais c'est comme la bicyclette ça s'oublie pas.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
Ont des gosses qu'ont leur certificat d'étude,
Oui tous ces braves gens
Sont partis chiquement,
Pour faire tout comme jadis
C'que leurs pères ont fait pour leurs fils.

Le colonel avait de l'albumine,
Le commandant souffrait du gros colon,
Le capitaine avait bien mauvaise mine,
Et le lieutenant avait des ganglions.
Le juteux avait des coliques néphrétiques,
Le sergent avait le pilor atrophié,
Le caporal un cor isachronique
Et le 2e classe des cors aux pieds.

Et tout ça, ça fait
D'excellents Français,
D'excellents soldats,
Qui marchent au pas.
Oubliant dans cette aventure,
Qu'ils étaient douillets, fragiles et délicats.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
Prenaient des cachets, des gouttes et des mixtures,
Les v'là bien portants,
Tout comme à vingt ans.
D'où vient ce miracle là ?
Mais du pinard et du tabac !

Le colonel était de l'Action française,
Le commandant était un modéré,
Le capitaine était pour le diocèse,
Et le lieutenant boulottait du curé.
Le juteux était un fervent extrémiste,
Le sergent un socialiste convaincu,
Le caporal, inscrit sur toutes les listes,
Et le 2e classe au PMU !

Et tout ça, ça fait
D'excellents Français,
D'excellents soldats,
Qui marchent au pas.
En pensant que la République,
C'est encore le meilleur régime ici bas.
Et tous ces gaillards,
Qui pour la plupart,
N'étaient pas du même avis en politique,
Les v'là tous d'accord,
Quel que soit leur sort,
Ils désirent tous désormais,
Qu'on nous foute une bonne fois la paix !


" Paris sera toujours Paris"
Chanson de C.Oberfeld et A.Willemetz chantée par Maurice Chevalier, 1939.


Par précaution on a beau mettre,
Des croisillons à nos fenêtres,
Passer au bleu nos devantures,
Et jusqu'aux pneus de nos voitures,
Désentoiler tous nos musées,
Chambouler les Champs-Elysées,
Emmailloter de terre battue,
Toutes les beautés de nos statues,
Voiler le soir les réverbères,
Plonger dans le noir la ville lumière.

Paris sera toujours Paris, la plus belle ville monde.
Malgré l'obscurité profonde,
Son éclat ne peut être assombri.
Paris sera toujours Paris, plus on réduit son éclairage
Plus on voit briller son courage,
Sa bonne humeur et son esprit.
Paris sera toujours Paris

Pour qu'à ce bruit
Chacun s'entraîne,
On fait la nuit
Jouer de la sirène.
Nous contraindre à faire le zouave
En pyjama dans notre cave.
On aura beau par des oukases,
Nous couper l'veau et même le jazz,
Nous imposer le masque à gaz,
Les mots croisés à quatre cases,
Nous obliger dans nos demeures,
A nous coucher tous à neuf, dix, onze heuresŠ

Refrain

Bien que ma foi depuis octobre,
Les robes soient beaucoup plus sobres,
Qu'il y ait moins de fleurs et moins d'aigrettes,
Que les couleurs soient plus discrètes,
Bien qu'au gala on élimine les chinchillas et les hermines,
Que les bijoux pleins de décence,
Brillent surtout par leur absence.
Que la beauté soit moins voyante,
Moins effrontée, moins froufroutante

Paris sera toujours Paris, la plus belle fille monde.
Paris sera toujours Paris, on peut limiter ses dépenses,
Sa distinction, son élégance,
N'en ont alors que plus de prix,
Paris sera toujours Paris !


" Ca sent si bon la France"
Chanson de Louiguy et J.Larne chantée par Maurice Chevalier, 1941.


Quand on a roulé sur la terre entière,
On meurt d'envie de retour dans le train
Le nez au carreau d'ouvrir la portière,
Et d'embrasser tout comme du bon pain.
Ce vieux clocher dans le soleil couchant
Ca sent si bon la France !
Ces grands blés mûrs emplis de fleurs des champs,
Ca sent si bon la France !
Ce jardinet où l'on voit "Chien méchant"
Ca sent si bon la France !
A chaque gare un murmure,
En passant vous saisit :
" Paris direct, en voiture"
Oh ça sent bon le pays !

On arrive enfin, fini le voyage.
Un vieux copain vient vous sauter au cou.
Il a l'air heureux, on l'est davantage,
Car en sortant tout vous en fiche un coup.
Le long des rues ces refrains de chez nous,
Ca sent si bon la France !
Sur un trottoir ce clochard aux yeux doux,
Ca sent si bon la France !
Ces gens qui passent en dehors des clous,
Ca sent si bon la France !
Les moineaux qui vous effleurent,
La gouaille des titis,
" Paris Midi,
Dernière heure."
Oh ça sent bon le pays !

Et tout doucement, la vie recommence,
On s'était promis de tout avaler.
Mais les rêves bleus, les projets immenses,
Pour quelques jours on les laisse filer.
Cette brunette aux yeux de paradis,
Oh ça sent si bon la France !
Le PMU qui ferme avant midi "Oh là, oh là là !"
Ca sent si bon la France !
Le petit bar où l'on vous fait crédit.
Oh ça sent si bon la France !
C'est samedi faut plus s'en faire, repos jusqu'à lundi !
Belote et re-, dix de der.
Ca sent bon le pays !
Quel pays ?
Mais ça sent bon notre pays, mais oui !


" Fleur de Paris"
Chanson de H.Bourtavre et M.Vandair chantée par Maurice Chevalier, 1945.


Mon épicier l'avait gardée dans son comptoir,
Le percepteur la conservait dans son tiroir,
La fleur si belle de notre espoir.
Le pharmacien la dorlotait dans un bocal,
L'ex-caporal en parlait à l'ex-général
Car c'était elle notre idéal.

C'est une fleur de Paris,
Du vieux Paris qui sourit,
Car c'est la fleur du retour,
Du retour des beaux jours.
Pendant quatre ans dans nos coeurs,
Elle a gardé ses couleurs,
Bleu, blanc, rouge avec l'espoir elle a fleuri,
Fleur de Paris.

C'est une fleur de chez nous,
Elle a fleuri de partout
Car c'est la fleur du retour,
Du retour des beaux jours.
Pendant quatre ans dans nos coeurs,
Elle a gardé ses couleurs,
Bleu, blanc, rouge elle était vraiment avant tout,
Fleur de chez nous.


La chaussure
"Je ne pouvais plus détacher les yeux de cette chaussure. Plus tard quand ma vie aurait pris un cours nouveau, il faudrait toujours qu'elle restât à la portée de mon regard, bien en évidence sur une cheminée ou dans une boîte vitrée, en souvenir du passé. Et à ceux qui voudraient en savoir plus sur cet objet, je répondrais que c'était la seule chose que mes parents m'avaient léguée ; oui, aussi loin que je remontais dans mes souvenirs, j'avais toujours marché avec une seule chaussure. A cette pensée, j'ai fermé les yeux et le sommeil est venu dans un fou rire silencieux."
(Accident nocturne, Roman, 2003 p 21)

 

 

CHIEN DE PRINTEMPS

Chien de Printemps [1993]
Quatrième de couverture
<< Il faut croire que parfois notre mémoire connaît un processus analogue à celui des photos PolaroÏd. Pendant près de trente ans, je n'ai guère pensé à Jansen. Nos rencontres avaient eu lieu dans un laps de temps très court. Il a quitté la France au mois de juin 1964, et j'écris ces lignes en avril 1992. Je n'ai jamais eu de nouvelles de lui et j'ignore s'il est mort ou vivant. Son souvenir était resté en hibernation et voilà qu'il resurgit au début de ce printemps 1992. Est -ce parce que j'ai retrouvé la photo de mon amie et moi, au dos de laquelle un tampon aux lettres bleues indique: Photo Jansen. Reproduction interdite? Ou bien pour la simple raison que les printemps se ressemblent ? >>

Chien de printemps, Résumé
Francis Jansen, un photographe que le narrateur a rencontré dans sa jeunesse, était natif d'Anvers, de nationalité italienne par sa mère, et disparu au Mexique en juin 1964, avec trois valises de photographies contenant l'essentiel de son oeuvre. Jansen enseignait volontiers qu'un photographe n'est rien, qu'il doit se fondre dans le décor et devenir invisible pour mieux travailler et "capter", comme il disait, la "lumière naturelle". Ami et disciple du grand Robert Capa (avec qui il avait couvert le Tour de France de 1939 mais aussi la chute de Berlin en 1945); Il sembe que la mort du fondateur de l'Agence Magnum, en Indochine, l'est affecté au point que, la mélancolie seule, dans les dernières années de sa "carrière" parisienne, actionnait son Rolleiflex. Francis Jansen photographiait des bords de trottoirs, des affiches lacérées sur des palissades, des chiens errants et des artistes de cabarets, des femmes à la margelle, des pavés, l'ombre des platanes, des rideaux d'arbres et des clochers, à la recherche d'une innoncence ou d'un bonheur égarés. Le futur romancier qui lui rendait visite le surprit même un jour, tête baissée, comme assoupit sur un banc des Champs-Elysées : Francis Jansen photographiait ses chaussures. Quand son son jeune visiteur s'étonnait de la feinte désinvolture de ses chasses, Francis Jansen lui répondait qu'il faut "prendre les choses en douceur et en sislence sinon elles se rétractent." D'après Jean-Louis Ezine, Le Nouvel Observateur du 14 octobre 1993.

Chien de printemps, premières pages

Chien de printemps, quatrième de couverture
" Il faut croire que parfois notre mémoire connaît un processus analogue à celui des photos PolaroÏd. Pendant près de trente ans, je n'ai guère pensé à Jansen. Nos rencontres avaient eu lieu dans un laps de temps très court. Il a quitté la France au mois de juin 1964, et j'écris ces lignes en avril 1992. Je n'ai jamais eu de nouvelles de lui et j'ignore s'il est mort ou vivant. Son souvenir était resté en hibernation et voilà qu'il resurgit au début de ce printemps 1992. Est -ce parce que j'ai retrouvé la photo de mon amie et moi, au dos de laquelle un tampon aux lettres bleues indique: Photo Jansen. Reproduction interdite? Ou bien pour la simple raison que les printemps se ressemblent ?"

Chien de printemps : noms, lieux, objets
Noms : Francis Jansen ; Colette Laurent ; Robert Capa ; Nicole ; Jacques Besse ; Eugène Deckers ; Michel L ; Lemoine ; Dr Henry de Meyendorff ; Gérard Philippe ; mime Gil ; Jules Laforgue ; Tristan Corbière ; Leslie Charteris ; docteur Tennent ; Jean Monvallier ; Suzanne ; Raymond ; Robert ;

Lieux, Objets : Place Denfert-Rochereau ; Rolleiflex ; rue Froidevaux ; le Bottin ; Jardin de l'Observatoire ; Anvers ; Bruxelles ; Belgique ; Paris ; Barcelone ; Figueras ; Etats-Unis ; magazine Tempo ; camp de Drancy ; consulat d'Italie ; Haute-Savoie ; Berlin ; agence Magnum ; Mexique ; Cuernavaca ; Suisse ; Genève ; Rue Saint-Guillaume ; Bd Saint-Germain ; Quai d'Austerlitz ; gare de Lyon ; Deauville ; avenue d e la République ; hôtel Royal ; Quai de Passy ; hameau du Danube ; poterne des Peupliers ; rue du Bois-des-Caures ; boulevard Raspail ; l'Ecole buissonnière ; la Contrescarpe ; Ulm ; Rataud ; Claude-Bernard ; Pierre-et-Marie-Curie ; Montagne Sainte-Geneviève ; rue d'Ecosse ; rue Ribéra ; Fonssombrone ; Seine-et-Marne ; Melun ; Chailly-en-Bière ; boulevard Bonne nouvelle ; théâtre du Gymnase ; rue Boissade ; centre Américain ; Jardin du Luxembourg ; rue Auber ; Grands Boulevards ; faubourg Saint-Honnoré ; avenue du Maine ; rue Delambre ; bd Saint-Michel ; Port-Royal ; rue Royer-Collard ; Cassis ; Wols ; Boulogne ; Haute-Savoie ; rue des Cascades ; bd Saint-Michel ; gare du Luxembourg ; l'Ecole des Mines ; Livry-Gargan ; Eze-sur-Mer ; Nice ; la-Ferté-Alais

 

Chien de Printemps Appel à témoins par Hugo Marsan
<< A l'opposé des autres romanciers qui prennent la place de Dieu Patrick Modiano se glisse parmi nous aussi démuni que ses personnages
Modiano écrit simple. Cette formule laconique résumerait le talent du romancier. Cela seul n'explique pas l'envoûtement douloureux de ses livres. Un lecteur attentif peut alors s'interroger sur l'opportunité de phrases apparemment inutiles : " Ce soir-là, j'ai feuilleté Neige et soleil. Jansen m'avait dit qu'il n'était pas responsable de ce titre anodin et que l'éditeur suisse l'avait choisi lui-même, sans lui demander son avis. " Le narrateur, un tout jeune homme, s'interroge sur la vie de ce photographe plus âgé, rencontré par hasard. L'album de photographies, Neige et soleil, au titre si " anodin ", dont il traque les clichés avec avidité, fait partie des indices. Le jeune garçon (c'est en 1964, il a dix-neuf ans) veut comprendre l'homme derrière le créateur, persuadé que le tumulte de l'existence s'incruste dans l’œuvre. Chaque mot de la phrase citée prend alors une autre résonance. La réalité fondrait comme neige au soleil dès l'instant où elle est captée par la pellicule (imprimée sur la page). Les mots ne sont pas anodins : grâce à eux, les individus deviennent des personnages. Ils acquièrent l'éternité, mais sacrifient les étapes conventionnelles de l'existence. Orphée emprisonne son chant dans les miroirs, privé alors d'espérances, dont celle d'envisager la durée comme une victoire.
L'écrivain, le photographe, sont responsables de ces instantanés en noir et blanc que l'on croit pouvoir enfouir dans une malle _ là où Francis Jansen entassait pêle-mêle ses photographies, _ mais qui figent l'émotion, immobilisent le réel. Jansen fuit, abandonne son oeuvre. Acte abominable aux yeux du témoin qui, trente ans après, écrira son roman (celui que nous lisons), obsédé par ces quelques mois où il tenta de démasquer Jansen. Deux printemps entre lesquels s'est écoulée la longue jeunesse du romancier, dont nous ne saurons rien, sinon qu'il peut, à chaque roman, annuler le temps et recréer une illusion de réel. Sous sa surface de velours, Chien de printemps est un livre coup de poing, qui affronte les obsessions capitales de l'écrivain : la gratuité ineffable de la création, les traquenards de la mémoire et la permanence de la mort.
Les romans de Modiano se réduisent à l'épure. Les mots y sont manipulés avec soin et prudence. Les phrases sont des pièges où s'engluent des vies fictives. Le romancier s'empare de l'autre comme de son jumeau, croisé, entrevu, pourchassé sans doute, mais qui ne nous dévoilera jamais l'épreuve de la mort. Modiano nous fascine, mais nous fait peur. Il s'en excuse : son écriture se fait limpide (anodine) afin de cacher ce travail de deuil. Notre vie ne serait que le rêve d'un dieu fatigué.
D'éternels jeunes fantômes.
Modiano ne témoigne pas du temps visible. Il nous entraîne dans un no man's land qui pourrait être aussi bien l'antichambre de la mort que la plus reculée des chambres de la vie. Modiano écrit des romans noirs. Sans jamais commenter les affres de l'existence, il en révèle l'arbitraire. Mais à l'opposé des autres romanciers qui prennent la place de Dieu, il se glisse parmi nous, aussi démuni que ses personnages. Chien de printemps est la mise en fiction de l'écrivain Modiano se livrant à l'alchimie du roman, désespéré de ne pouvoir dire l'espérance.
Francis Jansen abandonne une femme qui l'aime et décampe face au mari jaloux (profession : mime) qui gesticule et menace : du vaudeville. Mais il importe peu d'évaluer ses échecs et ses lâchetés. Cela seul qui semble compter, c'est ce signe mystérieux qu'il a lancé avant de disparaître, sa présence dans le regard du narrateur. Les personnages de Modiano sont d'éternels jeunes fantômes de chair. L'amour serait un sentiment d'angoisse lorsque surgit ce double " mort à notre place à une date et dans un lieu inconnus ". L'écrivain a pour mission, puisque " son ombre finit par se confondre avec nous ", de raconter cette vie ou de la suggérer, de nous réveiller de l'amnésie.
De susciter aussi notre responsabilité historique. C'est la mémoire de l'image. Sur la photographie, un inconnu nous regarde : " Son regard à lui, un regard dont je me rappelle l'expression triste et attentive. " Quelle horreur découvre-t-il que nous ne pouvons qu'imaginer ? Là est notre véritable torture, dans cet instant où Modiano suggère la douleur de l'autre, un autre poursuivi en vain, qui nous tourne le dos et ne nous dévoilera pas ce qu'il a déjà vu, que nous devinons sans y croire encore. Patrick Modiano possède le don de faire percevoir ce silence, l'émergence ralentie d'un désarroi essentiel.>> HUGO MARSAN Le Monde du 28 novembre 1993



Chien de Printemps, La mémoire en fuite par Corine Lesnes
<< Le livre commence sur une note de hasard, comme tous les Modiano. Le narrateur se trouvait dans un café de la place Denfert-Rochereau avec une fille dont on ne sait rien, sinon qu'elle a dix-neuf ans comme lui, un âge où l'on est souvent « entraîné dans de curieuses compagnies ».
A l'époque, c'était en 1964, on ne disait pas « une fille », on disait « une amie » et les numéros de téléphone commençaient par des lettres. Danton 75-21. La fille et lui rencontrent un photographe. C'est Francis Jansen, un ami de Robert Capa. Presque son frère cadet, son double. Les deux hommes ont couvert ensemble la guerre d'Espagne puis le Tour de France. Au début de la guerre, ils ont pris des chemins différents. Capa est parti pour les Etats-Unis. Au dernier moment, Jansen a préféré rester. Juif de nationalité italienne, il a été libéré du camp de Drancy grâce au consulat d'Italie. Une photo de 1945 montre les retrouvailles des deux amis dans les ruines de Berlin. Jansen est aussi maigre, timide et blond que l'autre est brun et joyeux.
Vingt-huit ans ont passé. De ce photographe, le narrateur entend raconter le peu de choses qu'il sait. Par politesse, le jeune homme de 1964 s'est intéressé au travail de l'artiste. Il l'a accompagné à l'atelier de la rue Froidevaux. Par désoeuvrement, il s'est mis à classer les photos. Il n'a pas posé de questions. Simplement, il a saisi quelques instants. Une expression, qui revient souvent : « chien de printemps ». Une fête d'adieu, donnée pour quatre amis dont on saura très peu. A l'atelier, le jeune homme joue les standardistes. Jansen fait toujours dire qu'il n'est pas là. Le jeune homme devine la fêlure, respecte la réserve. Des coïncidences traversent l'ouvrage, reliant les personnages. Elles arrachent au narrateur quelques souvenirs d'enfance. Mais, à l'image de Jansen, il s'efforce surtout de suggérer le silence.
Tout est si authentique que tout a l'air vrai. A son habitude, Modiano exerce son souci du détail jusqu'à l'étrangeté. On dirait une enquête, et le biographe a versé ses pièces au dossier. Artiste anonyme, Jansen passe à la postérité. Ses amis habitent à Fossombrone (Seine-et-Marne). Il a publié un album aux éditions de la Colombière, à Genève. Modiano n'omet que l'essentiel. Jansen n'existe pas. Finalement, Jansen qui n'existe pas s'en va, décidé à se faire oublier. Un frère, un double, est mort à notre place, dit Modiano, « et son ombre finit par se confondre avec nous ».>> CORINE LESNES Le 24 Juin 1995



Chien de printemps, "Si la photo est bonne..." par Jean-Louis Ezine
<< La photographie n'est ni un art ni une technique: c'est une magie, un sortilège qui joue sur les frontières du temps et les marges du réel. Les boîtes à œilletons qui en sont l'instrument, Barthes les appelait des«horloges à voir». Elles donnent à regarder ce qui n'est plus, et ce commerce de fantômes dans la chambre noire des instants révolus a toujours fasciné les écrivains. Ce n'est sans doute pas un hasard si Pellerin, un personnage que Flaubert n'installe dans «l'Education sentimentale» que pour préfigurer Bouvard et Pécuchet, vient à la photographie après avoir tâté du fouriérisme, de l'homéopathie, des tables tournantes, de l'art gothique et de la peinture humanitaire.
Francis Jansen, un photographe que Patrick Modiano a rencontré dans sa jeunesse, et dont il tente de reconstituer l'étrange parcours dans «Chien de printemps», était lui aussi un amateur de spiritisme. C'est du moins ce que laisse supposer sa présence régulière aux séances qu'organisait Mme de Meyendorff en son moulin de Fossombrone (Seine-et-Marne). Natif d'Anvers mais de nationalité italienne par sa mère, et disparu sans laisser de traces au Mexique, en juin 1964, avec trois valises contenant l'essentiel de son œuvre pelliculée, Francis Jansen enseignait volontiers qu'un photographe n'est rien, qu'il doit se fondre dans le décor et devenir invisible pour mieux travailler et «capter, comme il disait, la lumière naturelle».
Ami et disciple du grand Robert Capa (avec qui il avait couvert le Tour de France en 1939, mais aussi la chute de Berlin en 1945), il semble que la mort du fondateur de l'agence Magnum, en Indochine, l'ait affecté au point que la mélancolie seule, dans les dernières années de sa «carrière» parisienne, actionnait son Rolleiflex. Francis Jansen photographiait des bords de trottoirs, des affiches lacérées sur des palissades, des chiens errants et des artistes de cabaret, des femmes à la margelle, des pavés à l'ombre des platanes, des rideaux d'arbres et des clochers, à la recherche d'une innocence ou d'un bonheur égarés. Le futur romancier qui lui rendait visite le surprit même un jour, tête baissée, comme assoupi sur un banc des Champs-Elysées: Francis Jansen photographiait ses chaussures.
En somme, il disparaissait. Quand son jeune visiteur s'étonnait de la feinte désinvolture de ses chasses, le Rollei en bandoulière et l'œil triste, Jansen lui répondait qu'il faut «prendre les choses en douceur et en silence sinon elles se rétractent». On voit par là qu'ils étaient faits pour se rencontrer, Patrick Modiano et lui. Francis Jansen, dont toutes les photos se sont évanouies à mesure que lui-même s'effaçait, était un personnage en quelque sorte rêvé pour un écrivain qui, de «la Place de l'étoile» aux «Boulevards de ceinture», en passant par telle «Rue des Boutiques obscures», telle «Villa triste» de tel «Quartier perdu», aura lui-même exploré sans fin un territoire du doute, de la perplexité et des pas perdus. Bien entendu, Francis Jansen n'a jamais existé. C'est un scrupule qui l'honore (est-il permis de disparaître à ce point?), mais qui ne change rien à l'envoûtement extrême où nous tient son admirable biographe. «On photographie les choses pour se les chasser de l'esprit», disait Kafka. Qui sait si Francis Jansen, à force de mélancolie rétroactive, n'a pas réussi l'exploit de s'abroger corps et âme? Est-ce que nous ne prenons pas toujours la place d'un frère perdu ou d'un double imaginé? «Chien de printemps» est une merveille de mentir vrai, un bal où s'entend, en même temps que l'écho fossile des mondes abolis, la valse lente des années où plus rien, on le sait, ne distingue ce qui fut de ce qui n'a jamais été.>>
Jean-Louis Ezine, Le Nouvel Observateur du 14/10/1993

n'avoir jamais le Choix
«J'éprouve toujours cette impression, que je regrette, de n'avoir jamais le choix. Il existe une chose à écrire, que peut-être je n'écrirai pas, mais que je ne peux abandonner en me disant : écrivons une autre chose, plus éloignée de moi, plus gratuite, plus légère. J'aimerais bien pouvoir faire cela, mais malheureusement je m'en sens incapable. Ou la chose va à son terme, ou on la laisse. Et il m'est souvent arrivé de la laisser. Mais j'ai aussi le sentiment que, d'une façon ou d'une autre, ça revient, ça devient autre chose, ça se réinvestit sous une autre forme.»
Gérard de Cortanze citant PM, "La Biographie de Patrick Modiano", revue Bon-à-tirer, n°81, 1er avril 2008.

CHOLITZ (Le général Dietrich von )
Commandant en août 1944 du «Gross Paris» (le département de la Seine et une partie des départements de la Seine-et-Marne et de la Seine-et-Oise, circonscriptions administratives de l'époque).
Le petit homme courtaud et rondouillard s'est courageusement battu dans les rangs des troupes aéroportées en Hollande, au printemps de 1940. Il a gagné ses étoiles de général en 1942, lors du siège de Sébastopol, conduit par l'un des meilleurs stratèges de Hitler, le général von Manstein. Il a appliqué en Russie, sans sourciller, la politique brutale voulue par Hitler. Il s'est également battu en Italie et en Normandie, à la tête d'un corps d'armée. Au début du mois d'août 1944, le Führer l'a convoqué à son quartier général de Rastenburg, en Prusse-Orientale. Hitler est encore sous le choc de l'attentat qui, le 20 juillet, a failli lui coûter la vie. Le général von Choltitz qui, jusqu'alors, a accompli scrupuleusement son devoir de soldat, se trouve devant «un vieillard aux gestes fébriles, aux propos hachés et criminels, au rictus sauvage». Portrait que l'on pourrait juger caricatural – le «vieillard» n'est âgé que de 55 ans. Au cœur de cet été 1944, le général von Choltitz se voit donc investi du commandement du «Gross Paris», en lieu et place du général von Boineburg au loyalisme douteux. Sa convocation à Rastenburg l'a troublé. La guerre, il n'en doute plus, est perdue pour l'Allemagne. D'où sa décision, difficile à prendre en raison de ses conséquences prévisibles – notamment les représailles sur sa famille –, de ne pas appliquer les ordres de Hitler quant à la destruction de la capitale de la France. La suite, avant la signature officielle de la capitulation allemande dans la gare Montparnasse, c'est l'investissement de l'hôtel Meurice, où siège le haut commandement du «Gross Paris», par un détachement de la 2e DB du général Leclerc. Les premiers à entrer dans la place, sous les ordres du commandant Lahorie, sont des Espagnols républicains, engagés volontaires dans la 2e DB. Le soldat Antonio Gutierrez désarme le général allemand qui, se séparant de sa montre-bracelet, lui dit: «Tiens, pour toi. Garde-la comme un bon souvenir.» Le général von Choltitz est mort dans son lit, en 1966, âgé de 72 ans. Malgré sa désobéissance aux ordres de Hitler concernant Paris, sa famille avait été épargnée.
D'après C.J., le Figaro du 25 août 2004

Chronologie depuis 1939

Chronologie de la Libération* de Paris

Chronologie de laLibération* de la France

Cinéma (faire du)
Il se sent très  proche du cinéma, en connivence,  comme avec la littérature pourtant il ne s'est jamais essayé à faire un film, rebuté qu'il est par la technique. Beaucoup de gens de sa génération se sont portés vers le cinéma, mais chez lui, la littérature a pris le dessus. Il lui est arrivé de revoir six fois le même film pour un plan, un seul. Alors, il a entrepris de lire sur la technique du cinéma  : le montage, la photographie, les problèmes d’éclairage. Il lisait des textes sur la couleur au cinéma ou sur les différentes lumières ;  voulait comprendre en quoi les opérateurs de la Nouvelle Vague avaient rompu avec la tradition, grâce à des procédés inventés par les correspondants de guerre américains.  Même s'il a songé un temps devenir cinéaste, il ne s'estimait pas assez chef d'entreprise, organisateur pour coordonner toute une équipe et diriger des comédiens.

 

Cinéma et rêveries*
Est-ce qu’un titre de film suffit à déclencher une rêverie ?
Oui, des films avec des titres bizarres, comme je reviendrai à Kandara ou Clara de Montargis, des films qu’il valait mieux ne pas voir... il valait mieux les imaginer. J’avais fait des listes de titres comme ça, je les avais répertoriés, des listes de films absurdes que je n’ai jamais vus, seuls les titres étaient mystérieux... Souvent, le titre était plus mystérieux que le film lui-même, qui était sûrement assez banal. C’était aussi lié à la magie des affiches... et à la féerie des salles de quartier. On avait l’impression que le boulevard Ornano était directement relié aux prairies, parce que les cinémas passaient un western qui s’appelait La Fille de la prairie. Dans ces cinémas, il y avait aussi des odeurs bizarres... On voyait des westerns dans des cinémas qui avaient une odeur urbaine très forte, un peu l’odeur qu’on sentait en passant sur les grilles des métros... D’ailleurs, dans certains cinémas, on entendait passer le métro en dessous... Il me reste des visages de ces années-là, d’il y a trente ans... je cherche à retrouver un type qui m’avait emmené pour la première fois à la Cinémathèque et dans ces endroits-là. Mais après trente ans, on ne se reconnaît même plus... De toute façon, j’étais assez solitaire, peut-être à cause de la littérature, je ne faisais pas partie d’une bande de cinéphiles.
Entretien avec Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, 1997.

Cinématographique
"Je crois qu'aucun roman n'est cinématographique."

UN CIRQUE PASSE (1992)

 

Cirque passe (un)  [1992] Collection blanche, Gallimard  et  Collection Folio (No 2628) (1994)
4ème de couverture : «Place du Châtelet, elle a voulu prendre le métro. C'était l'heure de pointe. Nous nous tenions serrés près des portières. À chaque station, ceux qui descendaient nous poussaient sur le quai. Puis nous remontions dans la voiture avec les nouveaux passagers. Elle appuyait la tête contre mon épaule et elle m'a dit en souriant que "personne ne pourrait nous retrouver dans cette foule".
À la station Gare du nord, nous étions entraînés dans le flot des voyageurs qui s'écoulait vers les trains de banlieue. Nous avons traversé le hall de la gare et, dans la salle des consignes automatiques, elle a ouvert un casier et en a sorti une valise de cuir noir.
Je portais la valise qui pesait assez lourd. Je me suis dit qu'elle contenait autre chose que des vêtements.»

Résumé
<< Un cirque passe raconte un épisode de six jours en 1963. L’action débute par un interrogatoire de police, où le narrateur est convoqué pour avoir figuré sur le carnet de quelqu’un. Il y rencontre Gisèle, qui semble se sentir menacée. Son père a fuit en Suisse pour de mystérieuses raisons, et Grabley doit se débarrasser de papiers compromettants. Quant au narrateur, il gagne de l’argent grâce à la revente de livres anciens, et vit dans une prétendue qualité d’étudiant en Lettres à la Sorbonne afin « d’échapper à l’administration française et à [ses] obligations militaires ». Menacé d’une part par la police, de l’autre par leurs fréquentations, Gisèle et Obligado désirent fuir Paris pour vivre à Rome, où le narrateur a l’opportunité d’un travail. Cependant, un mystérieux sortilège semble les en empêcher, et Gisèle meurt symboliquement dans un accident de voiture sur le pont de Suresnes, en sortant de Paris.
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoirede maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

premières pages

Une lecture de Alice PIERRE et Simone UNGER, étudiantes au département Médiation culturelle et Art, Université de Provence, (2006).

Entretien avec Pierre Maury, Magazine Littéraire, septembre 2003

Cinéma / DENEUVE
Frédéric Bonnaud (journaliste à la revue Les Inrockuptibles) a l'idée de réaliser une interview croisée ente Catherine Deneuve et Patrick Modiano lorsque ce dernier fut membre du jury du festival de Cannes en mai 1997.
A l'instar de Truffaut, Modiano différencie les acteurs destinés au théâtre et ceux plus particulièrement concernés par l'image cinématographique, telle Deneuve. Il précise l'intime relation entre le roman et le cinéma car les voix ne sont pas portées dans unfilm, elles peuvent être chuchotées. "C’est pour ça qu’une actrice me touche quand il n’y a rien de théâtral chez elle. Peut-être parce que quand on écrit des romans... Le théâtre est quelque chose d’étranger au roman alors que le cinéma est très proche... Par exemple, votre voix n’a rien de théâtral, c’est une voix de cinéma. Le théâtre est magnifique quand on le lit mais quand on le voit, les voix sont toujours portées alors qu’au cinéma on peut chuchoter, comme dans un roman. Le cinéma est comme un frère du roman."

 

Cinéma et impressions
<< - Dans la Nouvelle Vague, c’était ça, des gens qui marchaient dans la rue, comme dans
"Adieu Philippine" de Rozier. 
- Les Contrebandiers de Moonfleet me fascinait aussi, avec tout ce côté mystérieux, onirique... >>

Clandestin (être un)
" Vous savez, j’ai toujours eu le sentiment que ma nature profonde était la faculté au bonheur, mais qu’elle avait été détournée tout au long de ma vie par des circonstances extérieures. C’est le hasard qui m’a fait naître en 1945, qui m’a donné des origines troubles et qui m’a privé d’un entourage familial. Je ne peux pas me sentir responsable des idées noires, de l’angoisse, d’une certaine forme de morbidité qui m’ont été imposées. Je n’ai jamais choisi le matériau de mes livres. J’ai dû écrire non pas avec ce que je suis, c’est-à-dire quelqu’un de banal et heureux, mais avec ce que le destin a fait de moi. Mais je me console en me disant que tout est programmé et que si ça n’avait pas été moi, un autre aurait eu l’impression d’être un clandestin. Moi, si j’étais né à la campagne, j’aurais été un écrivain paysagiste. Cela m’aurait suffi."

Clubs de livres (les) 
"Souvent les clubs m'apportent quelque chose en plus. J'écris quelquefois pour avoir des renseignements. Pour résoudre des énigmes sur mes parents et dont je voudrais avoir la solution. J'emploie des noms réels, je mets les vrais numéros de téléphone. Je joue avec le feu, j'espère que quelqu'un va m'aider à rapatrier des éléments. Des gens m'ont écrit, j'ai plus de chance parmi les lecteurs de club. C'est mystérieux, cela peut pénétrer plus loin..." 
Le Club reçoit Patrick Modiano, Interview du 20/04/2001

Collaborateur occasionnel, le Père ?
Dans «Remise de peine», en 1988, page 116, PM évoque la figure du père : Albert Modiano, qui dirigeait une «société africaine d’entreprise» dont les bureaux étaient sis aux Champs-Élysées, n’a cessé de rejeter son fils. en 2003, dans Accident Nocturne,  il raconte deux fois une scène douloureuse qui demeure «l’un des épisodes les plus tristes de sa vie», le fils aux abois demande un peu d’argent à son père, qui s’énerve et, pour se débarrasser de l’importun, le livre aux flics. La nuit suivante, dans ses cauchemars, le jeune homme imagine qu’il a été dénoncé et qu’on l’a «raflé». Un écho obsédant de l’Occupation et de cette question restée sans réponse: pourquoi son père, d’origine juive, interné en 1943 dans une annexe de Drancy, a-t-il été aussitôt libéré par un membre de la bande de la rue Lauriston ?

Collaboration et Résistance*, Bibliographie

Collaboration (Jeux* avec des personnages de la)
<< Tu restas quelques temps en Égypte. Comme tu n’avais plus un sou, tu organisas à Port-Saïd une fête foraine où tu exhibas tous tes vieux copains. A raison de vingt dinars par personne, les badauds pouvaient voir Hitler déclamer dans une cage le monologue d’Hamlet, Goering et Rudolph Hess faire un numéro de trapèze, Himmler et ses chiens savants, le charmeur de serpents Goebbels, von Schirach l’avaleur du sable, […] Un peu plus loin tes danseuses, les « Collabo’s Beauties », […] il y avait là Robert Brasillach, costumé en sultane, la bayadère Drieu la Rochelle, Abel Bonnard la vieille gardienne des sérails, les vizirs sanguinaires Bonny et Laffont, […] Tes chanteurs des Vichy-Folies jouaient une opérette à grand spectacle : on remarquait dans la troupe un Maréchal, […] le brigadier Darnand et le prince félon Laval. >> La Place de l’étoile, p.167

COLPEYN Luisa, la mère 
Comédienne, née à Anvers, d'origine flamande,  Elle quitta la Belgique en 1942 après y avoir suivi des cours d'art dramatique, vint à Paris. Dans Paris tendresse, le livre qu'il signa avec Brassai, il évoque "le mal du pays et ses visites dans deux cafés, l'un quai d'Austerlitz, l'autre quai des Grands-Augustins pour entendre les mariniers parler flamand". A l'instar de nombreuses figures féminines qui circulent dans les romans de PM, Luisa Colpeyn joua essentiellement des petits rôles, eut une carrière plutôt anonyme.

Luisa Colpeyn dans la pièce, "Le Complexe de Philémon", au Théâtre ce soir, enregistré au Théâtre Marigny et diffusé le 26 octobre 1973.

Luisa Colpeyn joua, entre autres, dans  : Rendez-vous de Juillet (1949) e Jacques Becker ; La Vie commence à Minuit (1966), un télé-film réalisé par Yvan Jouannet ; Salle n°8 (1967), série télé réalisée par Jean Dewer et Robert Guez ;  Erotissimo (1968), un film dde Gérard Pirés ;   Anne, jour après jour, de Dominique de Saint Alban, télé-film réalisé par Bernard Toublanc-Michel ; Nick Carter détective,(1978) de Jean Marcillac, enregistré au Théâtre Marigny , dans le cadre de "Au théâtre ce soir" ; Virginie (1966) de Michel André ; La Demoiselle d'Avignon (1972), série télévisuelle de 26 épisodes ; Sex Hop (1972) de Claude Berri.

<< Que sait-on de Luiza Colpeyn ? Née à Anvers en 1921 dans une modeste famille de dockers, la jeune fille rêve à dix-huit ans d’être comédienne. Modiano résume dans le chapitre IV de Livret de famille son itinéraire, de ses débuts professionnels à l’invasion de la Wehrmacht en 1940, puis sa rencontre avec son père, jusque cette soirée de mai 1945, accoudée au balcon du 15 quai de Conti, elle est présentée enceinte de Patrick qui naîtra en juillet. L’auteur nous livre la vérité dans cet extrait, restant à la surface des choses pour s’interdire de fabuler. Nous ne saurons rien de ses états d’âme, mais nous apprendrons les grands axes de sa vie : elle débarque à Paris pour signer un contrat, peut-être la chance de sa vie, avec deux producteurs de cinéma, mais la guerre empêchera la concrétisation de ce projet.
A la fin d’une journée de 1942, par un crépuscule aussi doux que celui d’aujourd’hui, un vélo-taxi s’arrête, en bas, dans le renfoncement du quai de Conti, qui sépare la monnaie et l’institut. Une jeune fille descend du vélo-taxi. C’est ma mère. Elle vient d’arriver à Paris par le train de Belgique.
A Paris, elle trouve, grâce à des amis et à sa langue maternelle, un travail de traductrice pour une firme de cinéma allemand, la Continental. Elle rencontre Albert Modiano fin 1942, ignorant au départ qu’il est juif et se cache. Ils s’installent ensemble au 15 quai de Conti en hiver de la même année et se marieront en 1944 à Megève, en Suisse. Certainement caché, le père signe sous un faux nom, donc le mariage n’aura aucune valeur légale : Luiza Colpeyn ne s’appellera jamais Modiano. (Tout comme Ingrid ne s’appelle pas Rigaud…)
A la libération, Patrick vient au monde et Luiza se lance à nouveau dans une carrière de comédienne. Très intégrée au milieu Saint-Germain-des-Prés dans les années cinquante de l’existentialisme et du jazz, elle reste pour son fils irrémédiablement attachée à la Rive Gauche et au quartier Latin. Bien qu’elle soit absente de la quasi-totalité de l’œuvre, elle semble parfois reliée par de petits fils invisibles aux personnages féminins de ses romans.
Modiano aura un petit frère, Rudy, né en 1947, qui mourra dix ans plus tard d’une leucémie : il appartiendra pour toujours au monde de l’enfance, symbolisant l’Eden perdu d’un bonheur familial. C’est après sa mort que tout bascule : Luiza s’investira de plus en plus dans sa carrière professionnelle, sans cesse en tournée en Province et à l’étranger, et le père, affairiste, est résolument absent. C’est pour le jeune Modiano le début des pensionnats, des longues soirées d’angoisse dans les dortoirs du collège, de la solitude aussi. Autant de thèmes qui trouveront naturellement leur place dans l’œuvre de l’écrivain, marquée par le motif de l’absence : un petit frère disparu, une mère instable, toujours en tournée, un père mystérieux, toujours en cavale, qui disparaît complètement de la vie du jeune homme alors qu’il n’a que vingt ans.>>
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoirede maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

comédiens (le côté pathétique des)
"C’est lié à des souvenirs d’enfance, j’ai vu le côté pathétique des comédiens dans les coulisses... J’avais été très frappé par une fille qui s’appelait Bella Darvi, qui s’est suicidée. Il y avait un côté tragique chez ces filles, elles avaient souvent des destins terribles... On les voit comme des silhouettes, au fond de certains films, c’est bizarre... Il faut bien dire que les gens de la Nouvelle Vague étaient assez puritains, assez timides et fascinés par
ces filles qui menaient une vie un peu... Elles apparaissent souvent à l’arrière-plan de leurs films, comme cette fille qui s’appelait Dorothée Blank et qu’on aperçoit dans certains Godard... C’est émouvant parce qu’on les verra pour l’éternité au fond de certains films, elles sont immobilisées par la pellicule... On ne peut avoir que de la tendresse pour les acteurs et les actrices de cinéma, ils sont tellement fragiles, ils ont de tels problèmes d’identité, on les identifie tellement à des images qui ne leur correspondent pas du tout dans la vie réelle... Et les hommes sont tout aussi émouvants que les actrices... La vie des comédiens, ça ressemble à la course des Six-Jours, il faut faire un sprint à certains moments et puis il faut toujours continuer... C’est ça qui m’émeut beaucoup, ils doivent sans cesse payer de leur personne. Un écrivain peut se cacher derrière son bouquin, eux ne peuvent pas se protéger, ils sont exposés sans arrêt. Il faut vraiment avoir une force incroyable pour continuer sur une longue durée."
(entretien avec Catherine Deneuve, Les Inrockuptibles  Festival de Cannes 1997)

Comment il travaille ? 
Il tâtonne, essaye, tâte le terrain, (lequel ?),  il prend des notes, fait des listes, quelquefois ces informations dorment et puis 15 ans plus tard elles ressurgissent
. Entretien avec Laurence Liban, Lire, octobre 2003.

 

Le Comité parisien de libération (CPL)
est, à Paris, l'organe de direction de la résistance. Créé en septembre 1943 et présidé par André Tolet, il déclenche l'insurrection et joue un rôle important de coordination des actions contre l'ennemi.

 

Le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), "Les étapes d'un calvaire" par Serge Klarsfeld

L'Etat français s'est très vite associé idéologiquement au Reich dans le champ d'action le plus spécifique de l'hitlérisme en exprimant une authentique vocation antijuive.
Les premières pierres de l'édifice ont été posées dès le 22 juillet 1940 par la création d'une commission pour la révision des naturalisations puis, le 27 août 1940, par l'abrogation du décret-loi du 21 avril 1939, qui empêchait la propagande antisémite dans la presse. La loi portant statut des juifs a suivi le 3 octobre 1940 : elle exclut les juifs de la fonction publique ainsi que des professions libérales et proclame ouvertement la notion de " race juive " alors que, jusque-là, les ordonnances allemandes, de crainte de heurter l'opinion française, ne font référence qu'à la " religion juive ". Ce statut sera renforcé le 2 juin 1941. Quant à la loi, à la fois antisémite et xénophobe, du 4 octobre 1940, elle livre les " étrangers de race juive " à l'arbitraire policier en conférant aux préfets le pouvoir de les interner dans des camps spéciaux. Le Commissariat général aux questions juives (CGQJ), véritable ministère aux affaires juives, est créé par Vichy le 29 mars 1941 dans le but d'éliminer les juifs de la vie civile, politique, économique, culturelle, ainsi que de les dépouiller de leurs biens et de provoquer à leur égard des mesures de police " commandées par l'intérêt national ". Organisé par Xavier Vallat, le CGQJ passera entre les mains de Darquier de Pellepoix quand il s'agira, selon la volonté allemande, d'attenter à la vie des juifs. Le CGQJ dispose d'une police aux questions juives, la PQJ, plus tard Section d'enquête et de contrôle (SEC), qui se signale par de nombreux abus. Ce sont essentiellement les forces de police régulières qui mèneront rafles et arrestations contre une population juive évaluée de 300 000 à 330 000 personnes réparties en 1941 par moitié dans chacune des deux zones avec environ 50 % de juifs étrangers. Suscitées par la section antijuive de la Gestapo, dirigée par Dannecker, les arrestations massives de juifs par la police française débutent le 14 mai 1941 dans l'agglomération parisienne. Elles ne visent que des hommes, Polonais, Tchèques, et même Autrichiens, (au total 3747), qui sont dirigés vers deux camps du Loiret sous administration préfectorale, Pithiviers et Beaune-la-Rolande. La deuxième opération a lieu à partir du 20 août 1941 et touche 4232 juifs, dont un millier de Français. Le camp de Drancy, sous administration française et sous contrôle étroit de la Gestapo, est créé pour eux. Le 12 décembre 1941, 700 juifs français, surtout des notables, sont arrêtés par la Feldgendarmerie et internés à Compiègne tandis que les nazis sortent de Drancy 53 juifs pour une exécution massive. Plus de 10 % des résistants fusillés au Mont-Valérien sont juifs, alors que le pourcentage des juifs dans la population française est à peine de 0,7 %.

Internements
La première déportation des juifs de France a lieu le 27 mars 1942. Elle concerne 1112 juifs, des hommes, pour moitié juifs français de Compiègne, pour moitié juifs apatrides de Drancy. En juin 1942 s'est installée à Paris une nouvelle direction de la police allemande et des SS avec, à sa tête, le général SS Oberg assisté par le colonel SS Knochen, commandant de la police de sûreté et des services de sécurité, la Sipo-SD, au sein de laquelle opère la Gestapo. Du côté français, Laval et son chef de la police, René Bousquet, obtiennent un renforcement de l'autorité de Vichy en zone occupée en contrepartie d'une collaboration policière accrue contre les ennemis communs au Reich et à Vichy : les juifs, les communistes, les gaullistes, les terroristes. Les mesures antijuives en zone occupée s'intensifient : les ordonnances allemandes relèguent les juifs au rang de parias, en particulier la huitième, du 29 mai 1942, qui prescrit aux juifs de plus de six ans révolus le port de l'étoile jaune en public avec la mention " juif ". En juin 1942, s'engagent des négociations policières franco-allemandes au sujet, cette fois, de l'arrestation massive de familles juives, la décision ayant été prise à Berlin le 11 juin de commencer la déportation de tous les juifs de l'Europe de l'Ouest. Le 25 juin, la Gestapo se fixe comme objectif à moyen terme la déportation de 40 000 juifs : 10 000 juifs apatrides doivent être arrêtés en zone libre et livrés par Vichy, comme s'y est engagé Bousquet le 16 juin ; 30 000 juifs doivent être trouvés en zone occupée, la Gestapo insistant pour que 40 % de ces juifs soient de nationalité française. La Gestapo souligne aussi la nécessité de l'exécution par les seules forces de police françaises de cette opération massive. En conseil des ministres, le 26 juin, Laval parait disposé à refuser l'engagement de la police française en zone occupée et ne semble pas au courant de l'accord donné par Bousquet au sujet des 10000 juifs de la zone libre. Bousquet décide d'accepter l'engagement exclusif de la police française avec pour seule concession allemande le fait que les juifs français seront épargnés pour le moment. Ce qui a été conclu le 2 juillet entre Bousquet et les chefs de la police nazie en France a été entériné en partie par Pétain et par Laval, le 3 juillet, et confirmé en totalité par Laval aux chefs SS le lendemain. Comme l'écrit Dannecker à Eichmann : " Le président Laval a proposé que, lors de l'évacuation de familles juives de la zone non occupée, les enfants de moins de seize ans soient emmenés eux aussi. Quant aux enfants juifs qui resteraient en zone occupée, la question ne l'intéresse pas. " Ainsi le feu vert pour la déportation des enfants juifs, presque tous nés en France, est-il donné par Vichy aux SS qui vont bientôt s'en servir. A partir de la rafle du Vél' d'Hiv', et pendant onze semaines, c'est au rythme de trois convois de mille juifs chacun par semaine que va se dérouler la déportation des juifs de France. Une première réaction de protestation s'ébauche avec la lettre envoyée le 22 juillet à Pétain par les cardinaux et archevêques de France assemblés à Paris : "Nous ne pouvons étouffer le cri de notre conscience." Dans la première quinzaine d'août 1942, Vichy expédie à Drancy trois mille cinq cents juifs qui étaient internés dans les camps de la zone libre. La grande rafle de la zone libre menée à partir du 26 août permet à Vichy de livrer encore six mille cinq cents juifs aux SS; beaucoup moins que les chiffres prévus. Elle suscite cependant de vives protestations de larges secteurs dans l'opinion publique, appuyées et parfois précédées par les interventions vigoureuses et efficaces des prélats catholiques et du pasteur Boegner. La déclaration la plus retentissante est celle de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse; la plus déterminante, celle du cardinal Gerlier, archevêque de Lyon et primat des Gaules. Poussé par l'admirable abbé Chaillet, Mgr Gerlier couvre l' "enlèvement" d'une centaine d'enfants juifs que la préfecture de Lyon allait transférer à Drancy. Cette réaction humanitaire de l'opinion publique française, surtout en zone libre, où elle a évidemment plus de facilités pour s'exprimer, entraine immédiatement pour le sort des juifs des répercussions bénéfiques. Mais la Gestapo achève en 1942 de fournir à Auschwitz le contingent prévu en juin de quarante mille déportés, en faisant arrêter par la police française en zone occupée les juifs baltes, yougo- slaves, bulgares, hollandais, roumains, grecs et en déportant également de Pithiviers un millier de juifs français qui ont tenté de passer la ligne de démarcation.

La protection italienne
Après l'invasion de la zone libre par les Allemands, en novembre 1942, les autorités militaires italiennes protègent, dans leur nouvelle zone d'occupation, les juifs français et étrangers contre les mesures de Vichy (apposition obligatoire de la mention "juif" sur les titres d'identité et sur la carte d'alimentation) ainsi qu'en empêchant, au besoin par la force, les arrestations de juifs. Des pressions allemandes s'exercent sur Mussolini qui se décide, le 18 mars 1943, à transférer aux autorités françaises les pouvoirs de police sur les juifs dans sa zone d'occupation. Le lendemain même, il se ravise sous l'effet d'un document relatant les atrocités nazies à l'Est contre les juifs. Le Duce confie le traitement de la question juive dans la zone d'occupation italienne à sa police civile. L'inspecteur général Lo Spinoso, chargé de cette mission, se fait conseiller par Angelo Donati, juif italien dont l'efficacité fut remarquable, et il continue à protéger systématiquement les juifs. Pendant le premier semestre de 1943, la section antijuive de la Gestapo alimente les trains de déportation avec les juifs français détenus pour avoir commis des infractions, avec des rafles menées conjointement par des policiers français et allemands à Marseille, par la préfecture de police à Paris, par la gendarmerie de la zone Sud ; mais les SS ont conscience que la défaite de Stalingrad accentue les réticences de Vichy. Ils tentent d'obtenir de Laval la révocation des naturalisations de juifs obtenues depuis 1927. Mais la chute de Mussolini, le 25 juillet, rend Laval circonspect, et la loi prévue ne sera pas publiée. En représailles, les SS décident d'inclure, systématiquement cette fois, les juifs français dans les déportations ; mais ils ne reçoivent de Berlin d'autre renfort policier qu'un commando d'une dizaine d'hommes dirigé par Alois Brünner, l'un des plus redoutables délégués d'Eichmann. Ce commando déclenche une terrible chasse aux juifs sur la Côte d'Azur. Le 8 septembre, en effet, les Alliés ont prématurément rendu public l'armistice signé par les Italiens, empêchant ceux-ci de transférer en Italie, afin de les transporter en Afrique du Nord, une vingtaine de milliers de juifs réfugiés dans la région niçoise. Le remplissage des trains (quatorze convois en 1944 dont deux de 1 500 personnes) s'effectue par la poursuite à Paris de rafles par la préfecture de police visant les juifs étrangers (plus de 4 000), ainsi que par des rafles en province menées parfois par la police allemande et visant indistinctement juifs français et juifs étrangers ; Marseille (1 450), Nice (1 100), Lorraine (950), Lyon (900), Toulouse (680), Isère (650), Charente (650), Bordeaux (570), Massif Central (450), etc. La nomination de Darnand au poste de secrétaire général au maintien de l'ordre et le rôle accru de sa milice facilitent les arrestations de juifs français ainsi que les fusillades ou exécutions sommaires (environ un millier). Heureusement, les organisations juives ont dissous à temps leurs foyers plus ou moins clandestins d'enfants juifs, sauf en deux cas : celui. d'Izieu (Ain) où Klaus Barbie fait rafler quarante-quatre enfants le 6 avril 1944, et celui des foyers de l'UGIF, dans la région parisienne, liquidés le 20 juillet par Brünner qui déporte plus de trois cents enfants par le dernier grand convoi de Drancy, le 31 juillet.
Serge Klarfeld, Le Monde, 17 Mai 1987

 

Compliqué / Bizarre*
Deux mots répétés à longueur d'entretiens : «C'était bizarre.» Ou bien : « Il y avait un homme bizarre.» Bizarre, c'est son mot. Énigmatique, Trouble, Mystérieux, reviennent aussi fréquemment. Il a beaucoup de souvenirs de gens bizarres. On sent bien que ce sont ceux-là qui l'intéressent. Il dit aussi : « C'est compliqué », lorsqu'il cherche à expliquer ce qu'il semble ressentir en lui-même.

Conférence en ligne du colloque « Modiano Rencontres », tenue à Lyon le 5 février.
Les intervenants : Clémence Boulouque, Claude Burgelin, Antoine de Gaudemar, Régine Robin, Roger-Yves Roche, Tiphaine Samoyault. (01-03-08)

 

Le Conseil national de la résistance (CNR)
créé en mai 1943, rassemble tous les partis, les syndicats et l'ensemble des mouvements de résistance, tous clandestins. Son maître d'œuvre est Jean Moulin. Sorte de Parlement de la résistance, sa tâche consiste en l'unification des partis politiques autour du général de Gaulle et à la préparation de l'après-guerre. Présidé par Georges Bidault, son objectif est la reconquête de l'indépendance nationale.

Contexte extérieur 
" Son angoisse [le "héros de Accident nocturne] vient d'un contexte extérieur, non de lui-même. J'ai toujours senti que j'étais le produit d'une époque marécageuse, de la guerre. On parle toujours de l'Occupation, mais ce n'est pas gratuit pour moi."
Entretien avec Laurence Liban, Lire, octobre 2003.

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"Depuis des années, j'accumule des cahiers où je recopie des trucs précis, des dates, des noms, des lieux, à propos de gens qui ont réellement existé. Ça chevauche les époques, ce n'est pas du tout littéraire, ça ne peut pas être publié, mais je m'y sens beaucoup plus à l'aise que dans l'écriture. En fait, tous les livres que j'écris ne sont qu'une contraction de cette masse de renseignements que j'accumule. Par exemple, puisque vous avez parlé d'« Un pedigree », j'ai des masses de choses sur mon père, sur les gens qu'il a connus sous l'Occupation... C'est tout un univers, une matière à l'état brut mais qui a un but en soi, documentaire. J'ai mis un index, une nomenclature, parce que tout s'enchevêtre. C'est aussi un moteur qui me permet d'écrire mais je préférerais faire ça seulement."
Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , à l'occasion de la parution de Dans le café de la jeunesse perdue, 27/09/2007, - © Le Point N°1828-

 

"Corridors du temps. 1
"...cette idée m'est venue un jour que je me promenais dans un quartier neuf de Paris. J'ai eu une impression qui me semblait relever d'un livre ou d'un film de science-fiction : dans ce quartier de tours où je ne reconnaissais plus les anciennes rues, j'ai eu le sentiment que, peut-être, il y avait une sorte de vie parallèle où les gens étaient restés les mêmes qu'alors. Comme s'il y avait, en effet, des corridors du temps où les gens restaient exactement tels qu'ils étaient lorsque vous les aviez vus quarante ans plus tôt. Je me souviens d'avoir lu une anthologie de science-fiction qui réunissait des textes étonnants sur le temps. Ça m'avait fasciné. Je suis incapable d'écrire un roman de science-fiction mais tout ce qui concerne cet univers m'a toujours intéressé. L'idée qu'il puisse y avoir des poches dans Paris où les gens que vous avez connus quand vous étiez très jeune, en 1967, par exemple, continuent à vivre exactement comme ils le faisaient alors, cette idée folle d'un temps qui n'évolue pas me fascine. Quelquefois, on rencontre des gens qui continuent de vivre dans une sorte de jeunesse pétrifiée - c'est de plus en plus difficile à mon âge car beaucoup sont morts. Je me souviens avoir revu, du côté du boulevard Saint-Michel, quelqu'un qui, à 75 ans, continuait à ressembler à un étudiant ! Je m'étais dit que cette sorte d'arrêt du temps, cette sorte d'anachronisme était proprement fabuleux. C'était presque de la science- fiction : cet homme était comme en 1967 mais avec quarante ans de plus et ne paraissait pas avoir vieilli... Cette rencontre est sans doute l'un des points de départ inconscients de L'horizon." "Mon Paris n'est pas un Paris de nostalgie mais un Paris rêvé" entretien avec François Busnel (Lire), 04/03/2010

corridors du temps.2
<< Il avait lu, la veille, un roman de science-fiction, Les Corridors du temps. Des gens étaient amis dans leur jeunesse, mais certains ne vieillissent pas, et quand ils croisent les autres, après quarante ans, ils ne les reconnaissent plus. Et d’ailleurs il ne peut plus y avoir aucun contact entre eux : Ils ne sont souvent côte à côte, mais chacun dans leur corridor du temps différent. S’ils voulaient se parler, ils ne s’entendaient pas, comme deux personnes qui sont séparées par une vitre d’aquarium.[...] Mais un jour, par miracle, nous emprunterons le même corridor. Et tout recommencera pour nous deux dans ce quartier neuf. >> L’Horizon, p.127., p.128.

Denis COSNARD, Dans la peau de Patrick Modiano", Ed Fayard, Janvier 2011
cahier critique

 



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