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Patrick Modiano


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1999-2008

 

Au Temps
Dictionnaire Patrick Modiano

Bernard Obadia

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S

Salinger
"- Avez-vous parfois envie d'arrêter d'écrire* ? Ou de publier, puisqu'il paraît que Salingerécrit toujours...
- Je suis sûr qu'il écrit toujours, parce que ce n'est pas possible de s'arrêter. Parfois, je me dis que ça doit être formidable quand on n'a plus envie d'écrire, quand on est rassasié. Mais ce ne doit être valable que pour des poètes à l'état pur, qui connaissent la fulgurance. Mais parfois, quand même, j'aimerais rester silencieux. Parce que écrire, après les repérages, c'est comme plonger dans un truc froid. Je suis toujours épaté par les types qui disent qu'ils peuvent écrire six heures par jour. La seule chose agréable, ce sont les repérages, les rêves de départ. Je rêverais d'ailleurs de me contenter de ça. D'arrêter de communiquer, de recopier des choses qui ne seraient pas publiées. J'ai d'ailleurs une activité parallèle en dehors des livres que je publie..."
Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , à l'occasion de la parution de Dans le café de la jeunesse perdue, 27/09/2007, - © Le Point N°1828-

 

Sans domicile fixe
   
Jérôme Garcin – Votre enfance et votre adolescence, vous le rappelez p. 89,[Accident nocturne] ont été sans domicile fixe. D’école en pensionnat, vous êtes passé par Biarritz, Jouy-en-Josas, Thônes, Bordeaux, Metz, avant de devenir un Parisien pour toujours...
    P. Modiano . – J’ai même vécu quelque temps dans un endroit qui doit vous plaire, le haras de Saint-Lô, où je me promenais la nuit au milieu des chevaux. Je ne restais jamais très longtemps. J’étais sans cesse transbahuté d’un endroit à un autre et dans des lieux parfois hallucinants où persistait un fantastique social, dont les repères étaient la gare, la caserne, le café. Je ne m’appartenais pas. C’était très perturbant. Alors souvent je fuguais. Il faut dire que certains pensionnats ressemblaient à de petits séminaires.  
Jérôme Garcin, Rencontre avec P Modiano, Le Nouvel Observateur, 2 octobre 2003


Scénario
<< Il faut dépenser plus d’énergie pour un scénario que pour un roman parce que c’est comme un mécano... il faut assembler des pièces. >> 
Les Inrockuptibles, Festival de Cannes 1997.

 

La Seine
N.O.- Vous parlez de la Seine comme d'une ligne de démarcation, un rideau de fer entre les deux rives, pourquoi?
P. Modiano.- En passant sur la rive droite, j'avais le sentiment de pénétrer dans un espace de liberté mais aussi d'aventures inquiétantes. C'est lié au souvenir très précis d'un commissariat de police, qui était installé dans la Cour carrée du Louvre, juste avant la rue de Rivoli. Il symbolisait pour moi une sorte de poste de douane. On arrivait sur la rive gauche par le très provincial pont des Arts, ce qui était plutôt charmant. En revanche, je ne pouvais accéder sur la rive droite, du moins dans mon imagination d'enfant de 14 ans qui se croyait toujours en infraction, qu'en franchissant cette douane sombre et menaçante gardée par des policiers en képi... Une fois qu'on l'avait passée, c'était le fascinant quartier des Halles, des journaux, des rues populaires.
Entretien avec Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur", 27 septembre 2007

Sensation 
" (...) dans les romans, il y a une espèce de perte de repères, mais c'est beaucoup plus diffus. C'est pour ça qu'une adaptation littérale ne peut pas aller. Pour décrire cette perte de repères, il faut aller trouver quelque chose d'équivalent au cinéma, c'est-à-dire quelque chose de plus concret, parce que la sensation qu'on peut transmettre à un lecteur de roman, c'est une sensation... un peu comme l'acupuncture, ce sont comme des trucs qui se propagent dans le système nerveux. Dans le film, il y a la même sensation d'incertitude, mais elle passe d'une autre manière. En choisissant de placer le scénario à Lima, il a trouvé un équivalent concret à une sensation. Le roman, finalement, c'est plutôt la suggestion, c'est par elle que l'on arrive à transmettre une sensation au lecteur. Si l'adaptation est trop littérale, l'émotion ne peut plus passer."  
Synopsis 10, entretien avec Judith Louis à propos de l'adaptation de Dimanches d'Août.

 

Shoah
Perec, en 1963, écrivait, à propos de Robert Antelme : « Dans tous les cas, monotone ou spectaculaire, l'horreur anesthésiait. Les témoignages étaient inefficaces ; l'hébétude, la stupeur ou la colère devenaient les modes normaux de lecture. Mais ce n'était pas cela qu'il s'agissait d'atteindre. Nul ne désirait, en écrivant, susciter la pitié, la tendresse ou la révolte. Il s'agissait de faire comprendre ce que l'on ne pouvait pas comprendre ; il s'agissait d'exprimer ce qui était inexprimable. »
Cité par Pierre Lepape, le Monde, 4 avril 1997.

 

Silence
"Patrick Modiano possède le don de faire percevoir le (ce) silence, l'émergence ralentie d'un désarroi essentiel."  Hugo Marsan Le Monde 26/11/93
De roman en roman, une cérémonie de silences, jamais de la même intensité, mais liés par des êtres toujours en retrait d'eux-même. Absents d'eux-même...

 

SIMENON

Simenon
1. " J'ai beaucoup lu Simenon. Cette précision m'aide à exprimer des choses, des atmosphères où tout se dilue."
Magazine littéraire N°302, Entretien avec Patrick Modiano, propos recueillis par Pierre Maury, Septembre 1992, p. 104.

 
2. "Les livres de Simenon, on se dit que ça va être très facile d'en faire l'adaptation, parce que c'est déjà très cinématographique, tout est en place. Mais, au fur et à mesure, on a l'impression que c'est comme du sable, ça vous file entre les doigts. Ca prouve qu'il y a un truc très bizarre. C'est comme un chandail dont la laine se défait..." 
Synopsis 10, entretien avec Judith Louis à propos de l'adaptation de Dimanches d'Août.

3. "Qu'est-ce qui vous rapproche de Simenon ?
Ce qui me rapproche de lui, c'est qu'il avait besoin lui aussi de savoir exactement dans quelle topographie et dans quels décors ses personnages évolueraient.
Il suggérait une atmosphère ou décrivait des comportements très troubles dans un style épuré et grâce à des phrases courtes, ce que j'ai toujours essayé de faire. Et je lui ai toujours envié la rapidité avec laquelle il pouvait écrire un roman et sa faculté, dès la première page, d'avoir tout le livre en tête avec toujours le même nombre de chapitres - alors que j'avance très lentement sans savoir très bien ce qui va suivre, à l'aveuglette."
Entretien à l'occasion de la sortie de :
Dans le café de la jeunesse perdue, roman Gallimard, 2007, Le Monde, 4 octobre 2007.

soi (la Figuration* de) par Laurent Jenny (2003).
Cours en ligne, Université de Genève

Souvenir d'enfance
A propos de La Petite Bijou. Ce livre est une manière de parler de son enfance, de l'enfance en général... << C'est un truc bizarre... C'était une drôle de période, au début des années cinquante. J'avais 7 ans, j'habitais une maison aux environs de Paris, à Jouy-en-Josas. A deux ou trois reprises, une fille un peu plus âgée que moi est venue, elle avait 12 ou 13 ans. Il y avait comme une aura autour d'elle... Ça venait du fait qu'elle avait joué comme figurante dans un film. Elle avait ce côté des enfants qui ont grandi trop vite et ont des vêtements trop petits, elle était un peu comme la petite Fadette. Elle avait l'air d'être livrée à elle-même, de ne pas avoir de famille. C'était un mélange bizarre de contexte campagnard et de cinéma. Son rôle exact dans le film restait un mystère. Je n'arrivais pas à savoir ce qu'elle avait fait exactement. Comme si elle avait vécu quelque chose de très... de très...>> 
Libération du 24/06/01

Superpositions, accumulations, attentes...
" Il ne faut pas oublier ici la remarque de Jauss qui rappelle qu'une oeuvre littéraire n'est jamais absolument neuve. L'attente romanesque de chaque lecteur se base sur l'ensemble des livres lus par ce dernier, tout nouveau texte va être perçu à travers une grille d'images et d'idées créées par les textes antérieurs. Chaque nouveau texte se superpose sur le bagage littéraire du lecteur en le modifiant et en le rectifiant au cours de la lecture, certains traits génériques se retrouvent tout simplement reproduits. L'accumulation des lectures crée chez le lecteur un horizon d'attente qui est spécifique pour chaque genre. Cet horizon d'attente aide le lecteur à mieux apprécier et interpréter chaque oeuvre nouvelle. Comme le propre de chaque roman est de découvrir 'une portion jusqu'alors inconnue de l'existence' (Kundera) , c'est donc lorsque l'attente du lecteur est modifiée, modulée ou rompue que le genre romanesque s'enrichit de nouvelles caractéristiques, sinon il s'agit 'des romans après l'histoire du roman. (Kundera)" 
Hélène Andreeva-Tintignac  "L'Ecriture romanesque de Patrick Modiano ou la frustration de l'attente romanesque"   Etude stylistique,  Thèse présentée en Janvier 2003

 

Stavisky
<< Je me suis intéressé à Stavisky parce qu’il me semble avoir été un illusionniste, un inquiet qui pensait arriver à être honorable, un jour. Les escrocs, les imposteurs font partie des illusionnistes, et ceux-ci me fascinent.>> Entretien de Modiano dans Nice-Matin, le 16 Novembre 1969.
<<Fasciné par ces factotum du père, ces destins qui se ressemblent, Stavisky en est l’image archétypal : escroc notoire, juif de surcroît, il alimenta la presse antisémite de l’entre-deux-guerres. D’une famille israélite originaire de Russie, Serge Alexandre Stavisky arrive en France avec son père en 1898. Il est naturalisé français en 1910. Au moment où éclate l’affaire Stavisky en 1934, environ quatre-vingt dossiers constitués contre lui pour des affaires d’escroquerie dorment dans les bureaux de la Sûreté et des ministères intéressés. Entre temps, Stavisky s’est considérablement enrichi, jusqu’à fonder en 1931 avec l’appui du député-maire de Bayonne un crédit municipal qui émet une masse considérable de bons à intérêt, placés auprès des compagnies d’assurances, des banques et des petits épargnants : placement idéal pour blanchir de l’argent. Parallèlement, il est sous le nom de Serge Alexandre depuis longtemps la vedette du Tout-Paris. Marié à un mannequin parisien, il multiplie les fêtes et des réceptions dignes de figurer dans un roman de Scott Fitzgerald. Lorsque l’affaire éclate début 1934, il fuit vers la frontière Suisse, à Chamonix, où la police le retrouve mort. Tout comme l’ascension, la chute est brutale, mais l’affaire ne fait pour la France que commencer : d’un côté c’est l’occasion pour le journal de Maurras, L’Action Française, de s’en prendre aux « métèques » auxquels selon lui la France ouvre trop largement ses frontières, et de l’autre c’est l’offensive de la droite contre le « régime parlementaire pourri », qui précipitera la chute du ministère Chautemps tout entier. Cependant, la gauche répond à la droite dans des manifestations sanglantes : la lutte s’ouvre entre le Gouvernement Daladier et la droite exaspérée, qui soutient le Préfet de police Jean Chiappe. Le 6 Février, les manifestations tournent à l’émeute, entre les extrémistes des deux bords et la police, dont la répression est sévère. Cette journée symbolise également le prélude du Front Populaire, qui donnera de Stavisky une image indulgente.>>
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoire de maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

Jean-Louis Steinberg, "La destruction d'une famille, 1940-1945"

Stioppa
<< Le dimanche, promenade avec mon père et l'un de ses comparses du moment. Stioppa. Mon père le voit souvent. Il porte monocle et ses cheveux sont si gominés qu'ils laissent une trace quand il appuie la tête sur le dossier du canapé. Il n'exerce aucun métier. Il habite dans une pension de famille avenue Victor-Hugo. Parfois, nous allions, Stioppa, mon père et moi, nous promener au bois de Boulogne.>>
. Ephéméride, 2002, Mercure de France, ed.

Le Style
<< La lecture d’un roman de Modiano laisse le lecteur dans la perspective d’une apparente simplicité : en effet, la légèreté du ton, la succession de phrases simples, l’abondance de phrases nominales, la concision et la superficialité des dialogues, l’absence de développements analytiques, tout cela donne le sentiment d’une certaine naïveté narrative. Le récit, épuré de toute lourdeur, concis, elliptique, prend son sens le plus profond dans les rapports qu’il entretient avec l’espace romanesque. En effet, de métonymies en métaphores, Modiano a développé un style unique où Paris joue un rôle de premier ordre : d’un côté, le temps reproduit la structure de l’espace, « les héros du récit poétique se promènent à travers les fossiles du temps[Jean-Yves Tadié, Le récit poétique] », et de l’autre, plus que le cadre ou l’enjeu d’une lutte, Paris est l’objet d’une rêverie, d’une découverte ou d’une interrogation.>>
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoirede maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

 


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