Collaborateur
occasionnel, le Père ?
Dans «Remise de peine», en 1988, page 116, PM évoque
la figure du père : Albert Modiano, qui dirigeait une «société
africaine d’entreprise» dont les bureaux étaient sis aux Champs-Élysées,
n’a cessé de rejeter son fils. en 2003, dans Accident Nocturne,
il raconte deux fois une scène douloureuse qui demeure «l’un des
épisodes les plus tristes de sa vie», le fils aux abois demande
un peu d’argent à son père, qui s’énerve et, pour se débarrasser
de l’importun, le livre aux flics. La nuit suivante, dans ses
cauchemars, le jeune homme imagine qu’il a été dénoncé et qu’on
l’a «raflé». Un écho obsédant de l’Occupation et de cette question
restée sans réponse: pourquoi son père, d’origine juive, interné
en 1943 dans une annexe de Drancy, a-t-il été aussitôt libéré
par un membre de la bande de la rue Lauriston ?
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COLPEYN
Luisa, la mère
Comédienne, née à Anvers, d'origine flamande, Elle quitta
la Belgique en 1942 après y avoir suivi des cours d'art dramatique,
vint à Paris. Dans Paris tendresse, le livre qu'il signa
avec Brassai, il évoque "le mal du pays et ses visites dans
deux cafés, l'un quai d'Austerlitz, l'autre quai des Grands-Augustins
pour entendre les mariniers parler flamand". A l'instar de
nombreuses figures féminines qui circulent dans les romans de
PM, Luisa Colpeyn joua essentiellement des petits rôles, eut une
carrière plutôt anonyme.

Luisa Colpeyn
dans la pièce, "Le Complexe de Philémon", au Théâtre
ce soir, enregistré au Théâtre Marigny et diffusé le 26 octobre
1973.
Luisa
Colpeyn joua, entre autres, dans : Rendez-vous de Juillet
(1949) e Jacques Becker ; La Vie commence à Minuit (1966),
un télé-film réalisé par Yvan Jouannet ; Salle n°8 (1967),
série télé réalisée par Jean Dewer et Robert Guez ; Erotissimo
(1968), un film dde Gérard Pirés ; Anne, jour
après jour, de Dominique de Saint Alban, télé-film réalisé
par Bernard Toublanc-Michel ; Nick Carter détective,(1978)
de Jean Marcillac, enregistré au Théâtre Marigny , dans le cadre
de "Au théâtre ce soir" ; Virginie (1966) de
Michel André ; La Demoiselle d'Avignon (1972), série télévisuelle
de 26 épisodes ; Sex Hop (1972) de Claude Berri.
<< Que sait-on
de Luiza Colpeyn ? Née à Anvers en 1921 dans une modeste
famille de dockers, la jeune fille rêve à dix-huit
ans d’être
comédienne. Modiano résume dans le chapitre IV
de Livret de famille son itinéraire, de ses débuts
professionnels à l’invasion de la Wehrmacht en 1940,
puis sa rencontre avec son père, jusque cette soirée
de mai 1945, accoudée au balcon du 15 quai de Conti, elle
est présentée enceinte de Patrick qui naîtra
en juillet. L’auteur nous livre la vérité dans
cet extrait, restant à la surface des choses pour s’interdire
de fabuler. Nous ne saurons rien de ses états d’âme,
mais nous apprendrons les grands axes de sa vie : elle débarque à Paris
pour signer un contrat, peut-être la chance de sa vie,
avec deux producteurs de cinéma, mais la guerre empêchera
la concrétisation de ce projet.
A la fin d’une journée de 1942, par un crépuscule
aussi doux que celui d’aujourd’hui, un vélo-taxi
s’arrête, en bas, dans le renfoncement du quai de
Conti, qui sépare la monnaie et l’institut. Une
jeune fille descend du vélo-taxi. C’est ma mère.
Elle vient d’arriver à Paris par le train de Belgique.
A
Paris, elle trouve, grâce à des amis et à sa
langue maternelle, un travail de traductrice pour une firme de
cinéma allemand, la Continental. Elle rencontre Albert
Modiano fin 1942, ignorant au départ qu’il est juif
et se cache. Ils s’installent ensemble au 15 quai de Conti
en hiver de la même année et se marieront en 1944 à Megève,
en Suisse. Certainement caché, le père signe sous
un faux nom, donc le mariage n’aura aucune valeur légale
: Luiza Colpeyn ne s’appellera jamais Modiano. (Tout comme
Ingrid ne s’appelle pas Rigaud…)
A la libération, Patrick vient au monde et Luiza se
lance à nouveau dans une carrière de comédienne.
Très intégrée au milieu Saint-Germain-des-Prés
dans les années cinquante de l’existentialisme et
du jazz, elle reste pour son fils irrémédiablement
attachée à la Rive Gauche et au quartier Latin.
Bien qu’elle soit absente de la quasi-totalité de
l’œuvre, elle semble parfois reliée par de
petits fils invisibles aux personnages féminins de ses
romans.
Modiano aura un petit frère, Rudy, né en 1947,
qui mourra dix ans plus tard d’une leucémie : il
appartiendra pour toujours au monde de l’enfance, symbolisant
l’Eden perdu d’un bonheur familial. C’est après
sa mort que tout bascule : Luiza s’investira de plus en
plus dans sa carrière professionnelle, sans cesse en tournée
en Province et à l’étranger, et le père,
affairiste, est résolument absent. C’est pour le
jeune Modiano le début des pensionnats, des longues soirées
d’angoisse dans les dortoirs du collège, de la solitude
aussi. Autant de thèmes qui trouveront naturellement leur
place dans l’œuvre de l’écrivain, marquée
par le motif de l’absence : un petit frère disparu,
une mère instable, toujours en tournée, un père
mystérieux, toujours en cavale, qui disparaît complètement
de la vie du jeune homme alors qu’il n’a que vingt
ans.>> Carine
Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie
chez Patrick Modiano Mémoirede maitrise, juillet 2000. Paris
IV, Sorbone.
Comment il travaille
?
Il tâtonne, essaye, tâte le terrain, (lequel ?),
il prend des notes, fait des listes, quelquefois ces informations
dorment et puis 15 ans plus tard elles ressurgissent. Entretien
avec Laurence Liban, Lire, octobre 2003.
Contexte extérieur
" Son angoisse [le "héros de Accident nocturne]
vient d'un contexte extérieur, non de lui-même. J'ai toujours
senti que j'étais le produit d'une époque marécageuse, de la guerre.
On parle toujours de l'Occupation, mais ce n'est pas gratuit pour
moi." Entretien avec
Laurence Liban, Lire, octobre 2003. |