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Au Temps
Dictionnaire Patrick Modiano

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Abandon
<<  En pension, j'ai connu beaucoup de garçons comme ça, abandonnés. Comme s'ils avaient été oubliés à la consigne. Je me souviens d'un garçon brésilien. Il était là depuis un an et jamais personne ne venait le voir. Il n'avait aucune nouvelle de qui que ce soit, le collège était obligé de le garder. Comme si ses parents avaient perdu le ticket de la consigne.>> Libération du 24/06/01

 

Otto ABETZ (1903-1958)
<< (...) Otto Abetz milite tôt dans les mouvements de jeunesse allemands. En 1930, il contacte à Paris Jean Luchaire, briandiste convaincu, animateur de Notre temps, où écrivent Pierre Brossolette et Jean Prévost. Des rencontres entre jeunes des deux pays s'ensuivent. En 1934, Abetz quitte son emploi de professeur de dessin à Karlsruhe pour un poste d'expert en questions françaises au bureau Ribbentrop. Tout en s'alignant sur la doctrine nazie, il cultive ses relations dans les cercles intellectuels parisiens. Fin 1935, le Comité France-Allemagne voit le jour. La séduction dont use Abetz touche ses limites en juin 1939 quand, perçu comme l'agent d'influence qu'il est, on le déclare persona non grata en France.
Nommé ambassadeur d'Allemagne en août 1940, il revient à Paris par la grande porte. Il veut rallier l'opinion française à la collaboration et manipuler en souplesse le gouvernement de Vichy, où Laval joue la carte allemande. L'ambassadeur tisse patiemment sa toile, y prenant syndicalistes, patrons, acteurs politiques et culturels. Le renvoi de Laval, le 13 décembre 1940, porte un coup à cette stratégie collaboratrice au plus haut niveau sans qu'Abetz relâche son jeu politico-culturel. Il touche à tout, apportant son concours à la Légion des volontaires français, demandant, de son propre chef, que les juifs des camps de la zone nord soient déportés vers l'Est.
Fin janvier 1942, ses bons et loyaux services lui valent d'être promu au rang SS de Brigadeführer, général de division. Ecouté des plus hautes instances nazies, il passe le plus clair de son temps à Berlin entre janvier et avril 1942. Ces longues escapades au coeur du dispositif de décision du IIIe Reich attestent le rang et l'influence du personnage. Elles sont aussi le signe d'une position qui se fragilise. Abetz voit, en effet, son étoile pâlir à Berlin. Cette éclipse tient au fait qu'il a manoeuvré pour le retour de Laval sans en avoir informé Ribbentrop. Ce dernier ne l'oubliera pas. Il a beau resserrer la collaboration avec Laval et aggraver la persécution antisémite en poussant à l'introduction de l'étoile jaune en zone occupée, son discrédit s'accentue.
Convoqué et retenu à Berlin à la fin de 1942, il ne regagne Paris qu'un an plus tard pour négocier dans une phase de tension extrême avec Vichy. Cette ultime tractation, par laquelle il obtient que Pétain et Laval restent en place, est son chant du cygne. Confiné après août 1944 dans la surveillance du gouvernement fantoche de Sigmaringen, il n'est plus qu'un ambassadeur in partibus pratiquant une caricature de collaboration. En décembre 1944, il est destitué non sans que Hitler lui décerne peu après une haute distinction. Arrêté en octobre 1945, il est jugé en juillet 1949 à Paris. Il a voulu, plaide-t-il, « limiter les dégâts dans la mesure du possible ». Son avocat ne convainc pas en arguant « qu'il n'était qu'un petit personnage dans la dépendance étroite de chefs puissants et féroces ». Condamné à vingt ans de prison, il rédige des Mémoires où perce une nostalgie irrépressible pour le régime nazi. D'actifs réseaux font campagne pour sa libération. En avril 1954, c'est chose faite. Jusqu'à sa mort accidentelle, en 1958, il tentera de réhabiliter son image. Laurent Douzou, Le Monde du 02-11-04.

l'absence, la rendre présente (dire)
<<
On a trop écrit sur le charme des livres de Modiano, sur sa trop fameuse « petite musique », sur son art du flou et du trompe-l'œil et sur les fausses perspectives savamment tracées par ses errances et ses déambulations. Non que ces qualités ornementales et rêveuses, ces délicieux et troublants entrelacs de la fiction soient négligeables, mais parce qu'ils sont l'expression manifeste, l'effet de surface d'un projet beaucoup plus ambitieux : dire l'absence, la rendre présente. Il est nécessaire d'inverser les termes du « cas Modiano ». Il n'a pas choisi pour époque privilégiée de nombre de ses livres la période de l'occupation allemande qu'il n'a pas connue en raison du caractère trouble, ambigu, romanesque de ces temps mêlés. C'est au contraire à cause du trou noir creusé par ce morceau d'histoire que tout, ensuite, devient mystérieux, incomplet, irréel, inexplicable, absurde, insaisissable, fictif. Comme si une pièce de la machine avait disparu et que le monde continuait à tourner, de travers, en s'efforçant de l'oublier. >>
Pierre Lepape, le Monde, 4 avril 1997.

ACCIDENT NOCTURNE (2003)

Accident nocturne (2003)
4ème de couverture
«Quelle structure familiale avez-vous connue ? J'avais répondu : aucune. Gardez-vous une image forte de votre père et de votre mère ? J'avais répondu : nébuleuse. Vous jugez-vous comme un bon fils (ou fille) ? Je n'ai jamais été un fils. Dans les études que vous avez entreprises, cherchez-vous à conserver l'estime de vos parents et à vous conformer à votre milieu social ? Pas d'études. Pas de parents. Pas de milieu social. Préférez-vous faire la révolution ou contempler un beau paysage ? Contempler un beau paysage. Que préférez-vous ? La profondeur du tourment ou la légèreté du bonheur ? La légèreté du bonheur. Voulez-vous changer la vie ou bien retrouver une harmonie perdue ? Retrouver une harmonie perdue.»

Accident nocturne : l'histoire ?
Est-ce vraiment l'histoire de ce roman ? Nous pourrions de la sorte multiplier les récits de l'histoire d'un roman pour approcher une vérité, mais laquelle au juste ?
"Un soir, alors qu’il arpente les rues de Paris, un jeune homme est renversé par une Fiat couleur vert d’eau. Cet accident qui le conduit dans une clinique inconnue en compagnie de la conductrice, une dénommée Jacqueline Beausergent, et d’un homme à l’allure trouble, l’amène peu à peu à faire face aux obscurités de son enfance. "L’accident de l’autre nuit était venu au bon moment. J’avais besoin d’un choc qui me réveille de ma léthargie. Je ne pouvais plus continuer à marcher dans le brouillard."
Trente ans plus tard, le narrateur se remémore les conséquences de ce choc et cette quête de vérité qui le conduisit jadis tant sur les traces de la conductrice inconnue que celles d’un fantôme oublié, celui d’une mère inconnue.
Il raconte alors ces errances nocturnes dans un Paris énigmatique où les signes, les noms des rues et des personnes se télescopent dans une danse étrange et surprenante qui bouscule les instants du passé comme du présent. Les fragments de vie s’entrechoquent au gré des souvenirs qui remontent sans cohérence à la surface, les lieux, du square de l’Alboni dans le seizième arrondissement parisien à la Sologne, ne font ainsi plus qu’un.
Alors que tout se brouille, seule une phosphorescence merveilleusement colorée illumine ces marches crépusculaires. Les couleurs ricochent ainsi de l’hôtel de la rue de la voie verte aux effluves des bouteilles d’éther bleu nuit durant de vertigineuses nuits blanches."
par Nicole Maïon, Avoir à lire, 17-12-03.

Accident nocturne : lieux, personnages
lieux :
place des Pyramides, place de la Concorde, quai des Tuileries, rue du Docteur-Kurzenne, Saint-Germain-l'Auxerrois, l'Hôtel-dieu, clinique Mirabeau, rue Narcisse-Diaz, square de l'Alboni, le pont de Grenelle, rue de la Voie-verte, Cité universitaire, avenue Foch, café de La Rotonde, Montparnasse, Paris, rue Pigalle, rue de Douai, café le Sans Souci, rue Victor-Massé, le Tabarin (cabaret), Denfert-Rochereau, faubourg Saint-Honoré, avenue des Champs-Élysées, porte d'Orléans, l'Étoile, Boulogne, place de la Madeleine, les Grands-boulevards, l'Opéra, le Palais-Royal, café Corona, café Ruc-Univers, quai du Louvre, Montrouge, Châtillon, rue l'Alésia, brasserie le Terminus, avenue Carnot, gare de Lyon, place d'Italie, avenue de Ségur, (Liste : rue de la Rochefoucauld, rue Laugier, Calle Jorge Juan, Madrid, casa Montalvo, Biarritz, Berlin, Steglitz, Orleanstrasse 2, rue Berlioz, Nice Vijzelstraat, Amsterdam.) Orly Sud,  Maroc, Londres, gare du Nord, hôtel Palym, le quai de la Tournelle, boulevard Jourdan, porte de Gentilly, station Petits-Champs - Danielle-Casanova, square de la tour Saint-Jacques, rue de la Coutellerie, Hôtel de Ville, restaurant les Calanques,  Jouy-en-Josas, métro Passy, rue du Pont-de-Lodi, Saint-Lô, Haute-Savoie, Bordeaux, Metz, mairie de Boulogne-Billancourt, paroisse Saint-Martin de Biarritz, Fossombronne-la-Forêt, Loir-et-Cher, rue de Rivoli,  café Babel, jardins du Trocadéro, bois de Vincennes, bois de Boulogne, Palais e Chaillot, pont de Bir Hakeim, porte d'Orléans, hôtel Frémiet,  la closerie de Passy, boulevard Delessert, rue Raynouard, Montrouge, Quartier latin, l'Alma, jardins Galliera, avenue Paul-Doumer, rue Scheffer,     venue Albert*de-Mun, hôtel Régina, la Versanne, Chambord Bracieux, le Plessis, Milançay, Fontaigne-en-Sologne, Montgiron, Marcheval, Boizardiaire, la Viorne, square Léon Guillot, Porte de Vanves, Genève, Madrid, 

personnages : Jacqueline Beausergent, docteur Besson, docteur Fred Bouvière, Katz-Kreutzer, Evelyne, brasserie Zeyer, Geneviève Dalame, Hélène Navachine, (Liste 1 : Georges Accad, Yvette Dintillac, André Gabisson, Jean-Maurice Jedlinski, Marie-Josée Vasse, Jacqueline Piche, Patrick de Terouane, Suzy Kraay), Guy Roussotte, Léni Riefenstahl, docteur Divoire, Solière, (liste 2 : Borsher J, Destombe J, Dupont A, Goodwin C , Grumberg A, Mc Lachlam GV) , (Liste 3 : Yvan Schapos chnikoff, Guy de Voisins, Nick de Morgoli, Toddie Werner, Mary Tchnernycheff, Alexis Moutafolo), docteur Divoire, Morawski

«C'est que j'arrive à l'âge où la vie se referme peu à peu sur elle-même.» Accident nocturne.

"L'état d'esprit du garçon, l'éther, et aussi, le nom des femmes: Jacqueline Beausergent. Hélène Lavachine. J'ai pris des noms qui avaient vraiment existé. Tous les noms propres, la figure de mon père, cette vision de cauchemar... Ce sont des choses que j'ai vécues." Lire, octobre 2003 à l'occasion de la publication de Accident nocturne, roman, 2003

Accident nocturne, premières pages

Accident nocturne, Un temps particulier par Jean-Claude Lebrun, (l'Humanité, 16-10-2003)
<< Là où certains s'acharnent à vouloir discerner une " petite musique ", ce poncif creux qui resurgit à chaque nouvelle parution d'un livre de Patrick Modiano, il serait certainement plus avisé de s'intéresser à cette création romanesque proprement modianienne : un temps singulier, sorte d'immobile présent, qui rassemble et embrasse les différentes époques d'une existence. Qu'il s'agisse de l'enfance aux souvenirs maigres et flous, de l'adolescence chahutée, ou des phases successives de l'âge adulte, jusqu'à ce que la plus grande partie de la vie se trouve derrière soi, tout cela, qui revient de livre en livre, se trouve brassé et posé sur un plan unique, qui donne à l'univers littéraire de Patrick Modiano cette apparence d'éternel étale. Commence-t-on la lecture d'un nouveau roman, que l'on retrouve tout de suite pied, là même où l'on s'était auparavant arrêté. Accident nocturne se présente comme une manière d'illustration modèle, presque paradigmatique, de ce temps modianien, dans lequel la phrase d'attaque d'emblée vous projette : " Tard dans la nuit, à une date lointaine où j'étais sur le point d'atteindre l'âge de la majorité, je traversais la place des Pyramides vers la Concorde quand une voiture a surgi de l'ombre. " Un mélange de précision dans le détail et de grand vague général, une nouvelle fois comme principe moteur de l'ouvre.
Celui qui raconte a donc été renversé par cette voiture, qu'une jeune femme, ou peut-être d'ailleurs quelqu'un d'autre, conduisait. En tout cas, il s'est retrouvé à côté d'elle, qui portait une blessure au visage, dans le car de police-secours puis à l'Hôtel-Dieu. Il a été endormi. À son réveil, la conductrice avait disparu. Lui-même se trouvait maintenant dans une clinique inconnue et un homme lui faisait signer une décharge, contre une forte somme d'argent. Jamais il ne s'était trouvé à la tête d'une telle fortune. Il lui fallait maintenant savoir. Ne pas se contenter de subir encore une fois les événements. En fait saisir cette opportunité pour sortir des approximations et du flou, dans lesquels il avait jusqu'alors vécu. Y compris auprès des quelques femmes rencontrées. Il enquêterait en différents lieux de Paris, avec pour seuls indices l'identité de la conductrice, Jacqueline Beausergent, deux caractéristiques de la voiture, une Fiat couleur vert d'eau, et un nom qu'il avait entendu prononcer, square de l'Alboni. En ce sens, l'accident pour lui " marquait une cassure ". Même si la ville restait pleine des signes de la vie antérieure. Tel ce café, aperçu depuis le car de police, à l'angle du quai du Louvre, vers Saint-Germain-l'Auxerrois, où son père vêtu de son éternel pardessus bleu avait accoutumé de le rencontrer. Le présent reste toujours chargé de ce passé. Au besoin, quand des stimulations extérieures n'y suffisent pas, la mémoire, omniprésente, en permanent éveil, se charge du travail. Ou l'imagination. Car l'une et l'autre en permanence se chevauchent et s'épaulent, pour créer ce tissu serré, propre aux récits de Patrick Modiano.
Bientôt il croit se rappeler, puis se convainc, qu'il avait déjà rencontré cette Jacqueline Beausergent, quand, enfant, il avait passé quelque temps à la campagne. L'accident dont il a été la victime ne relèverait peut-être pas tout à fait du hasard. Et que dire de l'homme de la clinique, qu'il avait retrouvé un jour dans un café, et qui par son aspect et ses manières louches lui avait rappelé son père ? L'histoire personnelle qu'il s'est bricolée, faute d'en connaître une plus tangible, a en effet ceci de particulier qu'elle semble sourdre de toutes parts. Où qu'il se rende, il bute contre elle et se heurte à ses infinies réminiscences. Rien de bien surprenant à cela, puisque c'est lui-même qui se cherche et continûment se projette sur l'environnement du moment. Fidèle à sa manière, Patrick Modiano trame un univers où, de partout, s'ouvrent des pistes conduisant vers les obscures contrées sur lesquelles il n'a jamais cessé de vouloir faire la lumière. Du côté de la guerre, de ses parents, de sa naissance. " J'avais le sentiment qu'un homme sans paysage est bien démuni ", note-t-il avec son habituel sens de la litote, en guise de confirmation, vers la fin du livre. Un soir, il retrouve la Fiat couleur vert d'eau et sa conductrice. Une personne rangée, sans le mystère qu'il lui avait prêté. Pour la première fois, c'est alors le temps de la guerre d'Algérie, il accède au principe de réalité, s'éloigne de ses chimères, de la " marge ", des " banlieues de la vie " où il s'était posté en attente de " quelque chose ". Jusqu'à cette ultime image, tellement tentante pour l'interprétation, de Jacqueline Beausergent et de lui-même, dans un ascenseur à la lumière éteinte, avec seulement au-dessus d'eux le lumignon d'une veilleuse. Le temps tel que Patrick Modiano le conçoit : la faible lueur d'un passé dans un présent opaque.>> © Journal l'Humanité

 

Accident Nocturne, "Sans famille" par Jérôme Garcin.
(...) "Une première phrase de Modiano ne trompe jamais. Même s'il ne la signait pas, elle serait de lui. «Tard dans la nuit, à une date lointaine où j'étais sur le point d'atteindre l'âge de la majorité, je traversais la place des Pyramides vers la Concorde quand une voiture a surgi de l'ombre.» Blessé à la jambe, il est conduit dans une clinique avec la conductrice, touchée au visage. Quand il se réveille, elle a disparu. En guise de dédommagement, une liasse de billets.
Ce roman retrace l'enquête menée, dans Paris, par un garçon solitaire et angoissé pour retrouver la femme, Jacqueline Beausergent, qui l'a renversé. Il n'éprouve à son égard aucune rancune. Au contraire, il juge que cet accident nocturne lui a été bénéfique. Il était perdu, errait dans la ville, ne savait pas quoi faire de sa jeunesse inemployée, était séparé de son père, aspirait à «l'harmonie perdue», espérait «une trouée, des lignes de fuite», et voici que ce choc le réveillait, lui permettait «de prendre un nouveau départ dans la vie». En somme, il la recherche pour exprimer sa reconnaissance à celle qui incarne une figure maternelle de compensation.
Une fois encore, le père est là, dans toute sa mystérieuse autorité et sa hautaine indifférence. Apparu de manière explicite en 1988 (dix ans après sa mort) dans «Remise de peine», à la page 116, Albert Modiano, qui dirigeait une «société africaine d'entreprise» dont les bureaux étaient sis aux Champs-Elysées, n'a cessé de rejeter son fils. Ici, dans une scène si forte qu'il la raconte deux fois et qui demeure «l'un des épisodes les plus tristes de sa vie», le fils aux abois demande un peu d'argent à son père, qui s'énerve et, pour se débarrasser de l'importun, le livre aux flics. La nuit suivante, dans ses cauchemars, le jeune homme imagine qu'il a été dénoncé et qu'on l'a «raflé». Un écho obsédant de l'Occupation et de cette question restée sans réponse: pourquoi son père, d'origine juive, interné en 1943 dans une annexe de Drancy, a-t-il été aussitôt libéré par un membre de la bande de la rue Lauriston?
« Accident nocturne» se situe au début des années 1960. Les affiches des gares vantent les pistes de ski de l'Engadine. Dans les bars, on sert des Margarita. Les hôtels transmettent les fiches de leurs clients à la brigade mondaine. Les téléphones ont des préfixes de quartiers, Odéon, Passy, Trocadéro, Auteuil... Un gourou au visage «recouvert d'une sorte de graisse grise», l'étrange docteur Bouvière, auteur de «Drogues et thérapeutiques», rassemble ses disciples dans les cafés et leur fait perdre l'insouciance, la joie de vivre. De la porte d'Orléans à Pigalle, de Denfert-Rochereau à Montparnasse, Modiano traverse Paris et saisit ses mystères avec cette légèreté et cette précision topographique qui font notre bonheur. «La nuit, dans les rues, j'avais l'impression de vivre une seconde vie plus captivante que l'autre, ou, tout simplement, de la rêver.»
A la fin de ce roman, pur comme un diamant noir, et après des nuits de marche somnambulique, le jeune homme, sa vieille canadienne tachée de sang sur le dos, retrouve enfin Jacqueline Beausergent. Elle lui sourit. Le rassure. Lui murmure qu'il s'est donné beaucoup de mal pour rien, que les seuls mystères sont ceux qu'il s'invente, qu'on se fait beaucoup de mal à confondre les cauchemars et la réalité."
Le Nouvel Observateur, du 02/10/2003.

Acteur / ARTAUD
Raoul Ruiz lui demande de faire l'acteur dans le film "Généalogie d'un crime", à l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard, là-même où Artaud fut interné. Antonin Artaud, l'acteur de "La Passion de Jeanne D'Arc" de Carl Théodore Dreyer, du Napoléon d'Abel Gance, et plus de 60 ans plus tard, Patrick Modiano qui se retrouve dans ce lieu où des cris se font encore entendre. Modiano voit là comme une coïncidence entre les deux expériences : écrire/jouer.

 

Adaptation cinématographique
(...) les seuls films qui sont bien et qui ont été faits soi-disant d'après un roman, ce sont ceux où le metteur en scène lui-même est obsédé par quelque chose de précis. Ce qui fait que le film parvient à se dégager du roman. 
(...) Non seulement il ne faut pas être fidèle, mais il faut déjà avoir une obsession personnelle, sinon on fait ça comme un travail de routine, ça fait une adaptation littérale.
Synopsis 10, entretien avec Judith Louis à propos de l'adaptation de Dimanches d'Août.

Adresses / Roman / Histoire*
[dans Fleurs de ruines] << Pour un lecteur attentif aux signes de Modiano, une inquiétante connotation est confirmé par l’examen des adresses mentionnées : le restaurant d’Ansart est au 48 bis rue des Belles Feuilles, qui fut aussi le domicile d’Eddy Pagnon, l’un des membres de la rue Lauriston*, celui-là même qui libéra le père de l’écrivain d’une rafle au cours de laquelle il fut transporté quai d’Austerlitz en 1943, pour ensuite l’enliser dans son monde de « marquis, chevaliers d’industrie, gentilshommes de fortune, gibiers de correctionnelle ». Jacques de Bavière, quant à lui, habite avec Ellen James au 22 rue de Washington : cette adresse est aussi celle de Lebobe André, la première d’une liste exposée dans Fleurs de ruines, tirée d’un journal de 1948, qui énumère les noms et adresses des personnes recherchées pour « intelligence avec l’ennemi ». On y trouve également le 1 rue Lord-Byron, qui est la véritable adresse du bureau du père de l’auteur, transféré dans le roman au 73 boulevard Haussmann.>>
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoire de maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

Amnésique
« Je n’avais que vingt ans, mais ma mémoire précédait ma naissance. J’étais sûr, par exemple, d’avoir vécu dans le Paris de l’Occupation puisque je me souvenais de certains personnages de cette époque et de détails infimes et troublants, de ceux qu’aucun livre d’histoire ne mentionne. Pourtant, j’essayais de lutter contre la pesanteur qui me tirait en arrière, et rêvais de me délivrer d’une mémoire empoisonnée. J’aurais donné tout au monde pour devenir amnésique.» Livret de famille, 1977, p. 116-117.

Apatride (figures de l')
Les personnages sont le plus souvent des apatrides ou des exclus, prostitués, homosexuels, marginaux en tout genre, qui naviguent dans un monde qui ne leur est pas favorable, dans un Paris en apparence accueillant avec ses néons multicolores et ses fastes apparats, mais dont l’ombre colossale regorge de lourdes menaces. La plupart des protagonistes ont une identité trouble, et il plane toujours un doute quant à leurs origines, leur nationalité, leurs activités, leur nom, voire leur existence même. Dans La ronde de nuit, le narrateur voudrait affirmer : « Mon lieutenant, JE N’EXISTE PAS, je n’ai jamais eu de carte d’identité. »

Arrêter d'écrire
"- Avez-vous parfois envie d'arrêter d'écrire ? Ou de publier, puisqu'il paraît que Salinger* écrit toujours...
- Je suis sûr qu'il écrit toujours, parce que ce n'est pas possible de s'arrêter. Parfois, je me dis que ça doit être formidable quand on n'a plus envie d'écrire, quand on est rassasié. Mais ce ne doit être valable que pour des poètes à l'état pur, qui connaissent la fulgurance. Mais parfois, quand même, j'aimerais rester silencieux. Parce que écrire, après les repérages, c'est comme plonger dans un truc froid. Je suis toujours épaté par les types qui disent qu'ils peuvent écrire six heures par jour. La seule chose agréable, ce sont les repérages, les rêves de départ. Je rêverais d'ailleurs de me contenter de ça. D'arrêter de communiquer, de recopier des choses qui ne seraient pas publiées. J'ai d'ailleurs une activité parallèle en dehors des livres que je publie..."
Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , à l'occasion de la parution de Dans le café de la jeunesse perdue, 27/09/2007, - © Le Point N°1828-

Art du flou
<< (...) si l’Occupation, période trouble comme on le dit d’une eau impure, est dans l’œuvre une époque privilégiée où s’inscrivent des trames romanesques entières ou de simples épisodes narratifs, ce n’est pas en tant que moment historique mais en tant que « lieu » propice à la création de cet art du flou, de la dualité qui caractérise Modiano et rend unique cet auteur qui a poussé le roman, art de l’illusion, à ses limites extrêmes, multipliant les perspectives fuyantes en une sorte de trompe-imagination qui emporte le lecteur dans un dédale où métamorphoses et songes estompent les rares certitudes qui lui sont données. >> Antoine de Gaudemar et Paule Zajdermann. Texte de l'émission un siècle d'écrivains.

Aller loin
"Avant, je ne croyais pas au besoin d'aller... loin, mais je pense que j'ai tort. J'avais connu Georges Arnaud, l'auteur du « Salaire de la peur ». Un type très bizarre, on disait qu'il avait tué son père. Il disait des choses péremptoires comme « Le Panama n'existe pas, je le sais, j'y ai vécu ». C'est idiot. Maintenant, je me dis, il faut aller voir les choses." Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , à l'occasion de la parution Dans le café de la jeunesse perdue, 27/09/2007, - © Le Point N°1828-

Ambiance  
" J'ai essayé de traduire l'ambiance dans laquelle il vivait, à un certain âge. Une ambiance étrange, sans structure. Avec des parents vus comme des espèces de fantômes, de baudruches. L'explication clinique de ce jeune homme, c'est qu'il aurait usé de stupéfiants. Mais là, il n'en a même pas besoin. A blanc, il est dans cet état-là. C'est difficile à expliquer. C'est quelque chose que j'ai voulu traduire parce que je l'avais éprouvé à cette époque-là. "
Lire, octobre 2003 à l'occasion de la publication de Accident nocturne, roman, 2003

 

Annecy et la Fiction*
<< Je suis incapable d'écrire un livre de pure fiction. Alors, j'ai mélangé mes propres souvenirs et ceux des filles que j'ai croisées dans les années 60. Comme l'héroïne du deuxième récit, j'ai souffert de vivre dans un pensionnat près d'Annecy, le collège Saint-Joseph de Thônes, et, comme elle, je m'en suis évadé pour rentrer à Paris en train. Comme celle du premier récit, j'ai vécu dans cette atmosphère trouble de la fin de la guerre d'Algérie. Les très rares fois où j'ai vu mon père, c'était à Genève. J'avais 16 ans, on venait me chercher dans mon pensionnat, je traversais la frontière, et j'arrivais dans le hall de l'Hôtel du Rhône où j'assistais à un mystérieux ballet de diplomates, de dirigeants du FLN, d'hommes cravatés à l'air sombre, c'était une ambiance très étrange, très secrète. Enfin, comme la jeune femme du troisième récit, j'ai connu, toujours près d'Annecy, des disciples de Gurdjieff, et j'étais frappé de constater qu'ils étaient toujours recrutés chez des intellectuels se trouvant dans un état physique désespéré.>>
Titre de l'article, Une Jeunesse, à propos du livre "Des inconnues", Nouvel Observateur, 28-01-1999.

Annuaire
"En pensant à ce personnage [Louki], je pensais un peu à moi. Jeune, je songeais à tous ces gens qu’on croise dans des lieux de passage, des gares ou des cafés, et je trouvais dommage de ne pas pouvoir les répertorier, pour garder une trace de leur passage*. C’est pour ça aussi que j’ai toujours été fasciné par les annuaires, par exemple : les gens y figurent et puis, l’année d’après, ils disparaissent. La seule trace qui reste d’eux, finalement, c’est cet annuaire."
[Rencontre] Patrick Modiano à l'occasion de la sortie de Dans le café de la jeunesse perdue, MK2 diffusion, 24/01/2008

 

Après-guerre 
"Quand on naît juste après la guerre, c'est assez bizarre. Cela provoque des rencontres étranges qui ne se seraient pas faites en temps normal. Ce sont des naissances un peu hasardeuses."
(Interview au Club du Livre, Mai 2001)

L'Autobiographie par Natacha Allet & Laurent Jenny (2005).
Cours en ligne,Université de Genève.

L'autoportrait, Natacha Allet (2005).
Cours en ligne,Université de Genève.

 

 

Autobiographie

1. Autobiographie, une définition
« récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité» Philippe Lejeune dans Le Pacte autobiographique (1975)

2. Autobiographie
Perpétuelle question : la part autobiographique dans l'œuvre ? PM a souvent affirmé qu'il se sentait mal à l'aise avec ce qui est purement autobiographique, trouvant même le ton autobiographique comme figé, lui préférant alors la fiction pour la liberté qu'elle favorise. 

« J'ai bien essayé d'abandonner la fiction, dit-il, mais ça ne résout rien. J'ai l'impression d'être prisonnier du "je" vague et répétitif que j'utilise depuis mes premiers romans, qui ne sont d'ailleurs pas vraiment des romans. Je suis incapable d'écrire directement une autobiographie, alors c'est comme si je rédigeais la novellisation du film de ma propre vie. J'éparpille mes souvenirs ici et là, je recolle sans cesse des lambeaux de réalité, rien que des lambeaux, je cherche l'angle pour attaquer la vérité de front, pour affronter le passé en face, mais je n'y arrive pas, je tourne en rond. »
Titre de l'article, Une Jeunesse, à propos du livre "Des inconnues", Nouvel Observateur, 28-01-1999.

3. L'Autobiographie
<< [il n'est] pas aisé de démêler l’écheveau complexe des « écritures de soi », selon la formule qui tend, au risque d’une moindre précision dans la terminologie, à s’imposer. Cette dilution du terme n’est pas indifférente ; si la chose prolifère, le mot, lui, est devenu suspect : on ne parle plus guère d’autobiographie. Les écrivains qui la pratiquent préfèrent en inventer d’autres : autofiction (Serge Doubrovsky), automythobiographie (Claude Louis-Combet), autobiogre (Hubert Lucot), otobiographie et circonfession (Jacques Derrida), curriculum vitae (Michel Butor), prose de mémoire (Jacques Roubaud), nouvelle autobiographie (Alain Robbe-Grillet), égographie, etc., quand il ne s’agit pas de la paradoxale autobiographie d’un autre (Pierre Pachet, Autobiographie de mon père)… Sans compter les Antimémoires (Malraux) ou les Antibiotiques (autour de Perec).>> Par Dominique VIART in, "Un genre impossible", Université de Lille CEREN-CNDP http://www.cndp.fr/revueTDC/884-73409.htm

4. Autobiographique 
" L'entreprise autobiographique m'a toujours paru une sorte de leurre, sauf si elle a une dimension poétique comme Nabokov l'a fait dans Autres rivages. Le ton autobiographique a quelque chose d'artificiel car il implique toujours une mise en scène. Pour moi, c'est plutôt une entreprise artistique, une mise en forme d'éléments dérisoires. " Laurence Liban, Lire, octobre 2003 à l'occasion de la publication de Accident nocturne, roman, 2003

5. l’Autobiographe
(...) l’autobiographe trie, élimine, imagine, réinvente, spécule sur son propre passé. Il introduit de la logique là où règne le hasard ; il enjolive – esthétise son propos –, dramatise, force le trait. Son texte est troublé d’autres enjeux (un plaidoyer pro domo comme chez Rousseau) ; il ne cesse d’être contaminé par la fiction : si les exigences propres à l’écriture ne l’y contraignaient pas, ce seraient les vicissitudes de la mémoire auxquelles il faut suppléer. Ou les réserves morales, les troubles de l’inconscient, enfin l’incapacité même dans laquelle se trouve tout un chacun de se connaître vraiment. L’autobiographie ne présente jamais un homme dans sa vérité objective, mais simplement tel qu’il s’imagine. Nathalie Sarraute, qui se méfie du genre, explique : « Ce qui m’intéresse quand je lis les vraies autobiographies, c’est de me dire “ah bon, c’est comme ça qu’il voulait qu’on le voie”. » Dominique VIART in, "Un genre impossible", Université de Lille CEREN-CNDP, http://www.cndp.fr/revueTDC/884-73409.htm

 

6. Autobiographie
Nouvel Observateur. - De «Un pedigree», paru en 2004, vous dites que vous l'avez écrit «comme on rédige un constat ou un curriculum vitae, à titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n'était pas la (vôtre.)» Vous y réglez vos comptes, tardivement, avec votre père. Vous y évoquez, en deux lignes, la mort de votre frère Rudy. Est-ce que ce livre vous a changé, vous a libéré d'un poids trop lourd ?
Patrick Modiano. - Je suis très partagé. Car, si je me suis en effet débarrassé de choses qui m'encombraient, je n'ai pas écrit, avec «Un pedigree», le livre que j'aurais voulu écrire, je n'ai pas été capable de faire ce qu'on appelle une autobiographie. Comment vous dire? A l'exception des deux lignes sur mon frère, je me sens presque étranger à celui qui raconte sa jeunesse.
J'envie les écrivains qui sont en symbiose avec eux-mêmes, qui ont la chance d'avoir de la sympathie pour eux-mêmes. Ce c'est pas mon cas, malheureusement. Sans doute parce que j'ai le sentiment trouble que je ne suis pas responsable de ma vie, comme un chien n'est pas responsable de son pedigree. Elle m'a été imposée, voilà tout, j'y suis en partie étranger. D'où le ton du livre. J'aurais tellement aimé raconter une enfance heureuse avec des parents harmonieux...
Entretien avec Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur", 27 septembre 2007

 

7. Autobiographique (le genre)
"Le genre autobiographique m'a toujours gêné car on ne peut s'empêcher de prendre une sorte de « ton autobiographique ». Comme on divulgue des choses assez intimes, on les réinterprète et on risque de mentir. Sauf quand vous êtes en harmonie avec votre enfance : dans l'élégie, il peut y avoir quelque chose d'assez bouleversant comme l'a fait Nabokov. Pour « Un pedigree », c'était différent : je voulais me débarrasser d'un certain nombre de choses qui m'avaient fait du mal. J'ai voulu dire que je m'en désolidarisais. Ensuite seulement je me suis aperçu que c'était une entreprise littéraire, et que ça se raccordait avec tous mes autres livres." Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , 27/09/2007, à l'occasion de la parution de Dans le café de la jeunesse perdue,- © Le Point N°1828-

 

Autofiction


L’appellation est employée pour la première fois par Serge Doubrovsky, en 1977, pour caractériser son roman, Fils. Il s’agit d’une fiction, d’événements et de faits strictement réels. Deux conditions doivent être remplies pour que le texte satisfasse aux critères de l’autofiction : "le livre doit être clairement désigné comme ‘roman’, c’est-à-dire comme histoire feinte ou fictive, et le même nom, de préférence conforme à l’état-civil, doit désigner l’auteur, le narrateur, le protagoniste." Publié la même année que Fils, Livret de famille répond parfaitement à ces principes de composition selon les commentaires critiques.
Baptitste Roux, Une Occupation revue par les lois de l’autofiction.

L'Autofiction en question
Plusieurs études universitaires permettant de comprendre ce concept. Et en particulier : Une Occupation revue par les lois de l’autofiction

(Autofiction) V. COLONNA"Défense et illustration du roman autobiographique", à propos du livre de Philippe Gasparini, Est-il Je ? Roman autobiographique et autofiction, Paris, Le Seuil, coll. "Poétique ", mars 2004

(Autofiction) Philippe Forest, entretien avec Audey Cluzel à propos de son ouvrage : Le Roman, le Je, Pleins feux éd, 2001
<< L’autofiction, c’est tout simplement l’autobiographie soumise au soupçon. Au soupçon, c’est-à-dire au questionnement lucide de la conscience critique. Quiconque raconte son existence la transforme en roman et pénètre ainsi dans le domaine enchanté de la fable. On croit dire le vrai de sa vie et, dès que l’on y réfléchit, on s’aperçoit que tout récit, même le plus intime, a forme obligée de fiction. Chaque épisode vécu se configure spontanément selon les règles qui régissent le grand domaine imaginaire des contes, des épopées, des tragédies, des romans. “La vérité a structure de fiction” disait Jacques Lacan.
 En conséquence, si la vérité est fiction, tout écrivain digne de ce nom comprend qu’il faut à la fiction se redoubler, devenir fiction d’elle-même pour espérer reconduire auteur et lecteur vers le lieu éventuel de la vérité. Au nom d’une exigence absolue de sincérité, l’autobiographie croit pouvoir répudier toutes les ressources du romanesque auxquelles elle ne cesse pourtant d’avoir recours. Ce sont ces mêmes ressources que l’autofiction mobilise. Car toute vie, en vérité, est un roman. Et en conséquence, seul le roman sait dire la vie.

(...)

Audrey Cluzel - Autofiction ou non, lorsqu’on revient à l’origine étymologique du mot "inventer", on rencontre cette définition : "trouver ce qui existe", peut-on, selon vous, rapporter l’écriture à une telle invention ?
PF- Oui, c’est parce qu’il y a toujours invention de soi, que l’autobiographie conduit nécessairement à l’autofiction. Mais je voudrais ajouter que cette invention est forcément inquiète. Il ne s’agit pas de proposer au lecteur la légende d’un devenir mais, comme je l’explique dans mon nouvel essai (Le Roman, le Je, Pleins Feux, 2001) l’expérience d’un “revenir”. Je veux dire qu’un écrivain est toujours quelqu’un qui s’en revient vers le récit de sa vie. Et que ce retour, comme l’expliquait Breton dans Nadja, il l’accomplit à la façon d’un fantôme attaché par le désir au spectacle du réel. En ce sens, il faut renoncer à toutes les illusions consolantes entretenues par la mythologie littéraire. On peut faire de sa vie un roman mais c’est un roman à l’intérieur duquel sa propre identité n’est jamais appréhendée qu’à la façon d’un mirage, d’une chimère, d’un mensonge.
>>

L'autofiction par Laurent Jenny (2003)
Cours en ligne, Université de Genève

Autofiction, à propos de Un Pedigree (réponse à un jornalsite)
<< -Plus on entre dans la lecture de ces souvenirs, plus la frontière entre réalité et fiction semble s’abolir…
- Presque chaque paragraphe de ce livre peut se retrouver dispersé dans mes autres livres, et "transposé" dans l’imaginaire. Il suffit d’appuyer sur un bouton, comme sur un tableau de commande.

- Plus on entre dans la lecture de ces souvenirs, plus la frontière entre réalité et fiction semble s’abolir…
- Presque chaque paragraphe de ce livre peut se retrouver dispersé dans mes autres livres, et "transposé" dans l’imaginaire. Il suffit d’appuyer sur un bouton, comme sur un tableau de commande.
>>

Autofiction, Bibliographie

  • Philippe LEJEUNE, Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975.

  • Serge DOUBROVSKY, " Autobiographie/vérité/psychanalyse ", L 'Esprit créateur, 1980.

  • Serge DOUBROVSKY, Fils, Galilée, 1977.

  • Serge DOUBROVSKY, " L'initiative aux maux : écrire sa psychanalyse", Confrontation, 1, 1979.

  • Serge DOUBROVSKY, Le Livre brisé, Paris, Grasset, 1989.

  • Serge DOUBROVSKY, " Sartre :autobiographie/autofiction ", Revue des Sciences humaines: Le Biographique, n°22, 1991 -1994.

  • Serge DOUBROVSKY, Autobiographiques. De Corneille à Sartre, PUF, 1988.

  • Serge DOUBROVSKY, Un amour de soi, Hachette, 1982.

  • Vincent COLONNA, L'Autofiction (essai sur la fictionnalisation de soi en littérature), thèse inédite sous la direction de Gérard Genette, 1988.

  • Autofictions et Cie, publié sous la direction de S. DOUBROVSKY, J. LECABE, P. LEJEUNE, Centre de Recherches Interdisciplinaires sur les textes modernes, Université Paris X, 1993.

  • Jean-François CEANTARETTI, "Ecriture de son analyse et autofiction : le 'cas' Serge Doubrovsky", De l'acte autobiographique, Paris, Champ Vallon, 1995.

  • Thierry LAURENT, L 'oeuvre de Patrick Modiano une autofiction, PUF, Lyon, 1997.

  • Marie MIGUET, " Critique/autocritique/autofiction ", Les Lettres romanes, vol. XLIII, n°3, 1989.

  • Roland BARTHES, Barthes par Roland Barthes, Seuil, 1975.

  • Gérard GENETTE, Fiction et Diction, Seuil, 1991.

  • Antoine BLONDIN, Monsieur Jadis ou l'école du soir, La Table ronde, 1970.

  • Revue CULTURES EN MOUVEMENT - Sciences de l'Homme & Sociétés - Mensuel.
    Aperçu du numéro 18 - Juin 1999. [ Format Acrobat pdf ]

  • Jean-François CHIANTARETTO (J.-F.), Ecriture de soi et psychanalyse, L'Harmattan.

 

 Autopacte, site de Philippe Lejeune. Etudes sur l'autobiographie.

 

l'automne
N.O.- De l'automne, vous dites que ce n'est pas une saison triste: «il y a de l'électricité dans l'air...»
P. Modiano.- Je ressens en effet l'été comme une saison brutale, oppressante et métaphysique. Elle m'évoque toujours les romans de Pavese. L'automne, en revanche, est celle où, malgré les feuilles mortes et les jours qui raccourcissent, tout paraît recommencer, tout devient possible, tous les projets sont autorisés. Je ne l'éprouve pas comme un moment de mélancolie, mais au contraire comme un moment à la fois excitant et rassurant. L'automne ne me donne jamais le cafard, il me donne envie d'écrire, de partir à la recherche des points fixes comme d'autres font des mots croisés.
Entretien avec Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur", 27 septembre 2007

Une Aventure de Choura (1986)

Aventure de Choura (une) [1986], illustrations de Dominique Zehrfuss  Albums, Gallimard Jeunesse.
Résumé
de l'éditeur
Voici Choura, labrador aux yeux bleus, qui s'ennuie chez ses maîtres et qui est un chien romantique. C'est aussi un chien qui ne doute de rien, et c'est pourquoi, probablement à cause d'un livre et d'un film, sa vie prend une tournure à faire rêver tous les chiens et les enfants, à partir de cinq ans.  

 

 


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