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Dictionnaire Patrick Modiano

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J

Une Jeunesse (1981)

Jeunesse (une) [1981] Collection blanche, Gallimard et Collection Folio (No 1629) (1985) ; avec un dossier réalisé par Marie-Anne Macé Collection Folio plus (No 5) (1995)
Résumé de l'éditeur
<< Dans un Paris où ils sont livrés à eux-mêmes, deux très jeunes gens, Odile et Louis, font l'«apprentissage de la ville» et d'une vie de hasards, d'expédients et d'aventures.
Ils ont pour eux leur innocence et croisent sur leur route des individus singuliers, émouvants mais quelquefois peu recommandables qui les entraînent dans des chemins de traverse.
Mais, en définitive, aussi trouble et aussi chaotique que soit un début dans la vie, il se métamorphose, avec le temps, en un beau souvenir de jeunesse, que les deux héros de ce livre sont désormais seuls à partager.>>

Une jeunesse, premières pages.

La jeunesse
"Tout est parti de cette fille, et je tourne autour d'elle pour retrouver cette espèce de jeunesse dilapidée, comme un photographe qui chercherait à... C'est compliqué. Quand j'étais enfant, livré à moi-même, il y avait une fille dans l'immeuble, un peu américaine, qui faisait les Beaux-Arts. Elle devait m'emmener à l'école mais elle me faisait des mots d'excuses et me traînait dans des endroits bizarres, un hôtel rue Gît-le-Coeur et un café, rue du Four, où il y avait des gens de son âge. Des types qui n'avaient rien à voir avec ceux du Flore ou des Deux-Magots. Beaucoup plus marginaux, des desperados. Je me rappelle des choses de l'époque de la jeunesse de cette fille qui avait 20 ans dans les années 50 et ça se superpose avec ma propre jeunesse et avec la jeunesse d'aujourd'hui, dans une sorte d'intemporalité. Ça peut paraître absurde, mais quand j'observe la jeunesse de maintenant je trouve des ressemblances avec des gens des années 50. Je reconnais dans la rue des silhouettes qui m'ont frappé quand j'avais 8 ans. Les époques ne se ressemblent pas, mais la jeunesse a toujours les mêmes gestes..." Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot , 27/09/2007, à l'occasion de la parution de Dans le café de la jeunesse perdue,- © Le Point N°1828-

 

JE
"Le «je» de mes autres romans a toujours été un peu vague, c'est moi et pas moi. Mais utiliser le je me concentre mieux, c'est comme si j'entendais une voix, comme si je transcrivais une voix qui me parlait et qui me disait je. Ce n'est pas Jeanne d'Arc, mais plutôt comme quand on capte une voix à la radio, qui de temps en temps s'échappe, devient inaudible, et revient. Ce je d'un autre qui me parle et que j'écoute me donne de la distance par rapport à l'autobiographie, même si je m'incorpore parfois au récit."
Libération 26/04/01

 

Juif (se sentir)
<< Dès l’âge de treize ans, il a commencé à lire des ouvrages trouvés dans la bibliothèque de son père : les éditions originales des Décombres (1942) de Lucien Rebatet, de Notre avant-guerre (1941) de Robert Brasillach et des pamphlets antisémites de Céline. Inconsciemment, il voulait en savoir plus long sur l’Occupation. « C’est en les lisant que, par ricochet, je me suis senti juif. J’ai eu envie de les dérouter. Je voulais leur donner une réponse qui les désoriente venant d’un Juif. Non pas une réaction d’indignation, typiquement institutionnelle mais quelque chose qui les mine de l’intérieur">>
Son ami Jean-Marc Roberts à écrit : « Pour moi, son livre idéal devait commencer par cette phrase : je ne suis même pas juif »
. Livret de l'émission de FR3, Un siècle d'écrivains.

:
J'écris juif
«Je suis né le 30 juillet 1945, à Boulogne-Billancourt, 11 allée Marguerite, d'un juif et d'une Flamande qui s'étaient connus à Paris sous l'Occupation. J'écris juif, en ignorant ce que le mot signifiait vraiment pour mon père et parce qu'il était mentionné, à l'époque, sur les cartes d'identité. Les périodes de hautes turbulences provoquent souvent des rencontres hasardeuses, si bien que je ne me suis jamais senti un fils légitime et encore moins un héritier.» Un Pedigree
, roman Gallimard, 2006

Juifs de France Adolf Eichman, extrait des mémoires, (les)

Juifs de Hongrie* : tout un peuple en danger de mort
<< Selon les informations recueillies à Genève, près de 12000 juifs seraient déportés chaque jour vers les camps d’extermination, avec le silence consentant du régent Horthy. Churchill et Eisenhower peuvent-ils arrêter cela?
Peut-on encore sauver les 800000juifs de Hongrie? Depuis un mois, à Berne comme à Genève, la question s’impose à la communauté diplomatique. Dans les couloirs du ministère des Affaires étrangères ou du Comité international de la Croix-Rouge, dans les consulats des puissances alliées ou neutres, on échange des informations chaque jour plus terrifiantes, le plus souvent distillées sur le ton de la confidence. Toutes confirmées par les dirigeants de l’Eglise protestante, les émissaires du Vatican, et surtout par les représentants de la communauté juive de Suisse, qui multiplient les appels au secours.
Ni l’avancée de l’Armée rouge sur le front de l’Est, ni la percée des forces anglo-américaines à l’ouest ne conduisent l’Allemagne nazie, dont la défaite paraît désormais probable, à renoncer à l’objectif monstrueux qu’elle s’est fixé: la destruction des juifs d’Europe. Bien au contraire. Depuis l’invasion de la Hongrie le 19mars dernier, avec le silence consentant du régent, l’amiral Horthy, et l’assistance des services de sécurité et des gendarmes hongrois, la machine nazie à broyer les juifs bat son plein. Un commando spécial a été envoyé à Budapest. Composé de SS dirigés par un certain Eichmann, il est directement placé sous les ordres de Himmler. Selon certains témoignages, il serait en mesure de sévir en Hongrie à une vitesse record, comparé au temps qu’il a fallu, en Pologne et ailleurs, pour «régler», comme ils disent, la «question juive».
Les juifs de Hongrie étaient jusqu’ici les seuls de l’Europe occupée à échapper au pire. Bien qu’allié au Reich, l’Etat hongrois s’était refusé à leur appliquer les mesures de ségrégation exigées par l’Allemagne: ni étoiles jaunes, ni rafles, ni déportations. Mais, depuis deux mois, voici qu’à leur tour ils vivent l’enfer. Le port de l’étoile est imposé et la liste des brimades ne cesse de s’allonger: interdiction d’exercer une profession libérale, de sortir la nuit, de quitter les villes, et même de posséder un téléphone... Dans la capitale, Budapest, il n’y a pas de ghetto; les autorités ont préféré regrouper les juifs dans des immeubles proches des usines, des gares et de toutes les cibles potentielles de l’aviation alliée, dans l’espoir que leur présence gêne d’éventuels bombardements. Cinq jours après l’invasion du 19mars, le président Roosevelt n’a-t-il pas publiquement menacé la Hongrie de rétorsion «si elle s’associait à des exactions contre les juifs»?
En province, en revanche, les juifs sont parqués dans des ghettos improvisés. Des carrières, des fabriques, souvent en plein air, près des gares. Entassés derrière des barbelés, gardés par les gendarmes hongrois, ils s’entassent par milliers. Leurs rations quotidiennes se réduisent à 100grammes de pain et 2 tasses de soupe. Les deux premiers trains spéciaux de déportés sont partis fin avril, sans doute à destination des camps de Pologne. Et, depuis la mi-mai, les déportations en masse se succèdent à raison de quatre convois quotidiens. De Ruthénie, de Transylvanie puis du reste du pays (mais pas, ou pas encore, de Budapest), près de 12000juifs sont déportés par jour, selon un plan de «massacre scientifique», comme le qualifient certains rapports confidentiels.
Que vont-ils devenir? Ici à Genève, personne ne se fait plus la moindre illusion sur leur sort: c’est la mort qui les attend. Dans les discours officiels, on se garde bien de toute accusation qui risquerait de remettre en cause la sacro-sainte neutralité suisse. Mais, sur le terrain, certains n’hésitent plus à braver leur hiérarchie pour tenter de sauver des vies. A la Croix-Rouge, où l’on sait tout depuis longtemps, les responsables s’obstinent au silence pour éviter de compromettre les visites et les missions d’assistance, notamment aux prisonniers de guerre, que les Allemands tolèrent difficilement. Le délégué Maurice Rossel, jeune médecin, vient d’ailleurs de recevoir l’autorisation de visiter le camp de Theresienstadt, près de Prague, où il sera le 27juin prochain, avant de se rendre au camp d’Auschwitz sans doute fin septembre.
Mais, à Budapest, le délégué Friedrich Born et son équipe outrepassent les directives du CICR, à la recherche de sauf-conduits et de visas d’émigration pour tenter de soustraire les juifs à la déportation. On murmure aussi que le vice-consul suisse à Budapest, Carl Lutz, a des ennuis avec son ministère de tutelle: il a obtenu 8000visas pour la Palestine et placé de nombreuses familles juives sous sa protection dans des maisons ou des appartements de la capitale hongroise.
Ces hommes de courage ne sont pas les seuls: plusieurs autres diplomates de pays neutres en poste à Budapest s’activent pour tenter de sauver des juifs. Un homme d’affaires suédois, Raoul Wallenberg, s’apprête aussi à rejoindre Budapest, porteur de nombreux sauf-conduits pour les juifs..
Ces actes isolés suffiront-ils à enrayer le plan des nazis? On en doute. Au cours du mois de mai, un Comité de Secours créé par un groupe de juifs hongrois - de la tendance sioniste pour la plupart - a réussi à faire parvenir ce message aux Alliés: bombardez au plus vite les noeuds ferroviaires empruntés par les trains de déportés. Cette supplique se heurte aux choix stratégiques des forces anglo-américaines. Pas un avion ne doit être détourné de sa mission prioritaire: vaincre l’Allemagne.
Pourtant, détenteurs de plusieurs rapports de leurs services secrets, Londres et Washington ont en main les preuves de la liquidation systématique des juifs déportés dans les camps, notamment dans celui d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Début avril, les pilotes de reconnaissance de la RAF seraient parvenus, selon des sources proches du Congrès juif mondial, à prendre des clichés très précis du camp, y compris des fours crématoires. Au même moment, deux déportés slovaques, Rudolph Vrba et Alfred Wetzler, sont parvenus à s’échapper d’Auschwitz. Ils ont fait le récit détaillé des conditions de vie au camp, des gazages et des meurtres auxquels ils ont assisté. Ils ont aussi alerté sur les préparatifs des nazis en vue de l’anéantissement des juifs de Hongrie. Maintes fois vérifiés avant d’être diffusés, ces témoignages ont provoqué l’écoeurement du chef de poste de l’OSS à Berne, l’Américain Allan Dulles. Et l’accablement du Premier ministre Churchill lui-même, qui s’est exclamé à sa lecture: «Que peut-on dire, que peut-on faire?»
A Washington, l’influent rabbin Stephen Wise, du Congrès juif mondial, a de nouveau plaidé auprès du président Roosevelt l’urgence d’un bombardement des voies ferrées et du camp d’Auschwitz. A Londres, Haim Weizmann, le président du Mouvement sioniste, relaie la même demande auprès du Premier ministre, Churchill, qui a chargé Anthony Eden du dossier. Sans résultat jusqu’ici. L’étude de faisabilité commandée par le Foreign Office au ministère de l’Air ne serait pas probante...
Harcelés par les nazis et leurs séides locaux, les responsables de la communauté juive de Hongrie désespèrent. Tout le monde sait, personne ne fait rien. Et parce que, mieux que quiconque, ils savent que chaque minute de répit est une vie sauvée, certains tentent le tout pour le tout. Quitte à remiser leurs scrupules. Il y a quelques jours, deux émissaires du Comité de Secours juif de Budapest, dont un certain Joël Brandt, ont été secrètement autorisés par les nazis à se rendre à Istanbul pour y rencontrer des représentants des Alliés et du leader sioniste de Palestine, David Ben Gourion. Ils seraient porteurs d’un incroyable message: les SS accepteraient de laisser la vie sauve aux juifs hongrois en échange de la livraison de marchandises, parmi lesquelles 200 tonnes de thé, 200 tonnes de café, 2 millions de caisses de savon et 10000 camions militaires. Etudiée au plus haut niveau, cette offre est débattue par les Alliés. Ils y voient un vulgaire chantage, doublé d’un piège politique: comment les Russes pourraient-ils admettre qu’on livre à la SS des camions qui seraient aussitôt utilisés contre eux, sur le front de l’Est?
A Budapest, on s’accroche pourtant à ce frêle espoir. L’homme du Comité de Secours juif chargé de la négociation avec les SS, Rezo Kasztner, exige des gages et finit contre toute attente par les obtenir. Un train avec 1684 juifs à son bord a quitté Budapest en direction de la Suisse, qui accepte de les accueillir malgré les dispositions limitant l’afflux de réfugiés. Ces hommes, ces femmes, ces enfants seront-ils parmi les rares survivants d’une Hongrie «Judenfrei», pour reprendre le vocable nazi? C’est hélas ce que l’on peut craindre.>> Par Henri Guirchoun, Nouvel Observateur, semaine, du 3 mai 2004.


Le journal intime par Dominique Kunz Westerhoff
Cours en ligne de l'Université de Genève



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