Une
Jeunesse (1981)
 
Jeunesse
(une) [1981] Collection
blanche, Gallimard et Collection Folio (No 1629)
(1985) ; avec un dossier réalisé par Marie-Anne Macé Collection
Folio plus (No 5) (1995)
Résumé
de l'éditeur
<< Dans
un Paris où ils sont livrés à eux-mêmes, deux très jeunes gens,
Odile et Louis, font l'«apprentissage de la ville» et d'une vie
de hasards, d'expédients et d'aventures.
Ils ont pour eux leur innocence et croisent sur leur route
des individus singuliers, émouvants mais quelquefois peu recommandables
qui les entraînent dans des chemins de traverse.
Mais, en définitive, aussi trouble et aussi chaotique que soit
un début dans la vie, il se métamorphose, avec le temps, en un
beau souvenir de jeunesse, que les deux héros de ce livre sont
désormais seuls à partager.>> Une
jeunesse, premières
pages.
La jeunesse
"Tout est parti de cette fille, et je tourne autour d'elle pour
retrouver cette espèce de jeunesse dilapidée,
comme un photographe qui chercherait à... C'est compliqué.
Quand j'étais enfant, livré à moi-même,
il y avait une fille dans l'immeuble, un peu américaine,
qui faisait les Beaux-Arts. Elle devait m'emmener à l'école
mais elle me faisait des mots d'excuses et me traînait
dans des endroits bizarres, un hôtel rue Gît-le-Coeur
et un café, rue du Four, où il y avait des gens
de son âge. Des types qui n'avaient rien à voir
avec ceux du Flore ou des Deux-Magots. Beaucoup plus marginaux,
des desperados. Je me rappelle des choses de l'époque
de la jeunesse de cette fille qui avait 20 ans dans les années
50 et ça se superpose avec ma propre jeunesse et avec
la jeunesse d'aujourd'hui, dans une sorte d'intemporalité. Ça
peut paraître absurde, mais quand j'observe la jeunesse
de maintenant je trouve des ressemblances avec des gens des
années 50. Je reconnais dans la rue des silhouettes
qui m'ont frappé quand j'avais 8 ans. Les époques
ne se ressemblent pas, mais la jeunesse a toujours les mêmes
gestes..." Entretien avec Christophe Ono-dit-Biot
, 27/09/2007, à l'occasion de la parution de Dans le
café de la jeunesse perdue,- © Le
Point N°1828-
JE
"Le «je» de mes autres romans a toujours été un peu
vague, c'est moi et pas moi. Mais utiliser le je me concentre
mieux, c'est comme si j'entendais une voix, comme si je transcrivais
une voix qui me parlait et qui me disait je. Ce n'est pas Jeanne
d'Arc, mais plutôt comme quand on capte une voix à la radio, qui
de temps en temps s'échappe, devient inaudible, et revient. Ce
je d'un autre qui me parle et que j'écoute me donne de la distance
par rapport à l'autobiographie, même si je m'incorpore parfois
au récit."
Libération 26/04/01
Juif
(se sentir)
<< Dès l’âge de treize ans, il a commencé
à lire des ouvrages trouvés dans la bibliothèque
de son père : les éditions originales des Décombres
(1942) de Lucien Rebatet, de Notre avant-guerre (1941)
de Robert Brasillach et des pamphlets antisémites de Céline.
Inconsciemment, il voulait en savoir plus long sur l’Occupation.
« C’est en les lisant que, par ricochet, je me suis
senti juif. J’ai eu envie de les dérouter. Je voulais
leur donner une réponse qui les désoriente venant
d’un Juif. Non pas une réaction d’indignation,
typiquement institutionnelle mais quelque chose qui les mine de
l’intérieur">>
Son ami Jean-Marc Roberts à écrit : « Pour
moi, son livre idéal devait commencer par cette phrase
: je ne suis même pas juif »
. Livret de l'émission de FR3, Un siècle d'écrivains.
:
J'écris
juif
«Je suis né le 30 juillet 1945, à Boulogne-Billancourt,
11 allée Marguerite, d'un juif et d'une Flamande qui s'étaient
connus à Paris sous l'Occupation. J'écris juif,
en ignorant ce que le mot signifiait vraiment pour mon père
et parce qu'il était mentionné, à l'époque,
sur les cartes d'identité. Les périodes de hautes
turbulences provoquent souvent des rencontres hasardeuses, si
bien que je ne me suis jamais senti un fils légitime et
encore moins un héritier.» Un Pedigree,
roman Gallimard, 2006
Juifs
de France Adolf
Eichman, extrait
des mémoires, (les)
Juifs de Hongrie* : tout un
peuple en danger de mort
<< Selon les informations recueillies à Genève,
près
de 12000 juifs seraient déportés chaque jour vers
les camps d’extermination, avec le silence consentant du
régent Horthy. Churchill et Eisenhower peuvent-ils arrêter
cela?
Peut-on encore sauver les 800000juifs de Hongrie? Depuis un
mois, à Berne comme à Genève, la question
s’impose à la communauté diplomatique. Dans
les couloirs du ministère des Affaires étrangères
ou du Comité international de la Croix-Rouge, dans les
consulats des puissances alliées ou neutres, on échange
des informations chaque jour plus terrifiantes, le plus souvent
distillées sur le ton de la confidence. Toutes confirmées
par les dirigeants de l’Eglise protestante, les émissaires
du Vatican, et surtout par les représentants de la communauté juive
de Suisse, qui multiplient les appels au secours.
Ni l’avancée de l’Armée rouge sur le
front de l’Est, ni la percée des forces anglo-américaines à l’ouest
ne conduisent l’Allemagne nazie, dont la défaite
paraît désormais probable, à renoncer à l’objectif
monstrueux qu’elle s’est fixé: la destruction
des juifs d’Europe. Bien au contraire. Depuis l’invasion
de la Hongrie le 19mars dernier, avec le silence consentant du
régent, l’amiral Horthy, et l’assistance des
services de sécurité et des gendarmes hongrois,
la machine nazie à broyer les juifs bat son plein. Un
commando spécial a été envoyé à Budapest.
Composé de SS dirigés par un certain Eichmann,
il est directement placé sous les ordres de Himmler. Selon
certains témoignages, il serait en mesure de sévir
en Hongrie à une vitesse record, comparé au temps
qu’il a fallu, en Pologne et ailleurs, pour «régler»,
comme ils disent, la «question juive».
Les juifs de Hongrie étaient jusqu’ici les seuls
de l’Europe occupée à échapper au
pire. Bien qu’allié au Reich, l’Etat hongrois
s’était refusé à leur appliquer les
mesures de ségrégation exigées par l’Allemagne:
ni étoiles jaunes, ni rafles, ni déportations.
Mais, depuis deux mois, voici qu’à leur tour ils
vivent l’enfer. Le port de l’étoile est imposé et
la liste des brimades ne cesse de s’allonger: interdiction
d’exercer une profession libérale, de sortir la
nuit, de quitter les villes, et même de posséder
un téléphone... Dans la capitale, Budapest, il
n’y a pas de ghetto; les autorités ont préféré regrouper
les juifs dans des immeubles proches des usines, des gares et
de toutes les cibles potentielles de l’aviation alliée,
dans l’espoir que leur présence gêne d’éventuels
bombardements. Cinq jours après l’invasion du 19mars,
le président Roosevelt n’a-t-il pas publiquement
menacé la Hongrie de rétorsion «si elle s’associait à des
exactions contre les juifs»?
En province, en revanche, les juifs sont parqués dans
des ghettos improvisés. Des carrières, des fabriques,
souvent en plein air, près des gares. Entassés
derrière des barbelés, gardés par les gendarmes
hongrois, ils s’entassent par milliers. Leurs rations quotidiennes
se réduisent à 100grammes de pain et 2 tasses de
soupe. Les deux premiers trains spéciaux de déportés
sont partis fin avril, sans doute à destination des camps
de Pologne. Et, depuis la mi-mai, les déportations en
masse se succèdent à raison de quatre convois quotidiens.
De Ruthénie, de Transylvanie puis du reste du pays (mais
pas, ou pas encore, de Budapest), près de 12000juifs sont
déportés par jour, selon un plan de «massacre
scientifique», comme le qualifient certains rapports confidentiels.
Que vont-ils devenir? Ici à Genève, personne ne
se fait plus la moindre illusion sur leur sort: c’est la
mort qui les attend. Dans les discours officiels, on se garde
bien de toute accusation qui risquerait de remettre en cause
la sacro-sainte neutralité suisse. Mais, sur le terrain,
certains n’hésitent plus à braver leur hiérarchie
pour tenter de sauver des vies. A la Croix-Rouge, où l’on
sait tout depuis longtemps, les responsables s’obstinent
au silence pour éviter de compromettre les visites et
les missions d’assistance, notamment aux prisonniers de
guerre, que les Allemands tolèrent difficilement. Le délégué Maurice
Rossel, jeune médecin, vient d’ailleurs de recevoir
l’autorisation de visiter le camp de Theresienstadt, près
de Prague, où il sera le 27juin prochain, avant de se
rendre au camp d’Auschwitz sans doute fin septembre.
Mais, à Budapest, le délégué Friedrich
Born et son équipe outrepassent les directives du CICR, à la
recherche de sauf-conduits et de visas d’émigration
pour tenter de soustraire les juifs à la déportation.
On murmure aussi que le vice-consul suisse à Budapest,
Carl Lutz, a des ennuis avec son ministère de tutelle:
il a obtenu 8000visas pour la Palestine et placé de nombreuses
familles juives sous sa protection dans des maisons ou des appartements
de la capitale hongroise.
Ces hommes de courage ne sont pas les seuls: plusieurs autres
diplomates de pays neutres en poste à Budapest s’activent
pour tenter de sauver des juifs. Un homme d’affaires suédois,
Raoul Wallenberg, s’apprête aussi à rejoindre
Budapest, porteur de nombreux sauf-conduits pour les juifs..
Ces actes isolés suffiront-ils à enrayer le plan
des nazis? On en doute. Au cours du mois de mai, un Comité de
Secours créé par un groupe de juifs hongrois -
de la tendance sioniste pour la plupart - a réussi à faire
parvenir ce message aux Alliés: bombardez au plus vite
les noeuds ferroviaires empruntés par les trains de déportés.
Cette supplique se heurte aux choix stratégiques des forces
anglo-américaines. Pas un avion ne doit être détourné de
sa mission prioritaire: vaincre l’Allemagne.
Pourtant, détenteurs de plusieurs rapports de leurs services
secrets, Londres et Washington ont en main les preuves de la
liquidation systématique des juifs déportés
dans les camps, notamment dans celui d’Auschwitz-Birkenau,
en Pologne. Début avril, les pilotes de reconnaissance
de la RAF seraient parvenus, selon des sources proches du Congrès
juif mondial, à prendre des clichés très
précis du camp, y compris des fours crématoires.
Au même moment, deux déportés slovaques,
Rudolph Vrba et Alfred Wetzler, sont parvenus à s’échapper
d’Auschwitz. Ils ont fait le récit détaillé des
conditions de vie au camp, des gazages et des meurtres auxquels
ils ont assisté. Ils ont aussi alerté sur les préparatifs
des nazis en vue de l’anéantissement des juifs de
Hongrie. Maintes fois vérifiés avant d’être
diffusés, ces témoignages ont provoqué l’écoeurement
du chef de poste de l’OSS à Berne, l’Américain
Allan Dulles. Et l’accablement du Premier ministre Churchill
lui-même, qui s’est exclamé à sa lecture: «Que
peut-on dire, que peut-on faire?»
A Washington, l’influent rabbin Stephen Wise, du Congrès
juif mondial, a de nouveau plaidé auprès du président
Roosevelt l’urgence d’un bombardement des voies ferrées
et du camp d’Auschwitz. A Londres, Haim Weizmann, le président
du Mouvement sioniste, relaie la même demande auprès
du Premier ministre, Churchill, qui a chargé Anthony Eden
du dossier. Sans résultat jusqu’ici. L’étude
de faisabilité commandée par le Foreign Office
au ministère de l’Air ne serait pas probante...
Harcelés par les nazis et leurs séides locaux,
les responsables de la communauté juive de Hongrie désespèrent.
Tout le monde sait, personne ne fait rien. Et parce que, mieux
que quiconque, ils savent que chaque minute de répit est
une vie sauvée, certains tentent le tout pour le tout.
Quitte à remiser leurs scrupules. Il y a quelques jours,
deux émissaires du Comité de Secours juif de Budapest,
dont un certain Joël Brandt, ont été secrètement
autorisés par les nazis à se rendre à Istanbul
pour y rencontrer des représentants des Alliés
et du leader sioniste de Palestine, David Ben Gourion. Ils seraient
porteurs d’un incroyable message: les SS accepteraient
de laisser la vie sauve aux juifs hongrois en échange
de la livraison de marchandises, parmi lesquelles 200 tonnes
de thé, 200 tonnes de café, 2 millions de caisses
de savon et 10000 camions militaires. Etudiée au plus
haut niveau, cette offre est débattue par les Alliés.
Ils y voient un vulgaire chantage, doublé d’un piège
politique: comment les Russes pourraient-ils admettre qu’on
livre à la SS des camions qui seraient aussitôt
utilisés contre eux, sur le front de l’Est?
A Budapest, on s’accroche pourtant à ce frêle
espoir. L’homme du Comité de Secours juif chargé de
la négociation avec les SS, Rezo Kasztner, exige des gages
et finit contre toute attente par les obtenir. Un train avec
1684 juifs à son bord a quitté Budapest en direction
de la Suisse, qui accepte de les accueillir malgré les
dispositions limitant l’afflux de réfugiés.
Ces hommes, ces femmes, ces enfants seront-ils parmi les rares
survivants d’une Hongrie «Judenfrei», pour
reprendre le vocable nazi? C’est hélas ce que l’on
peut craindre.>> Par Henri Guirchoun, Nouvel Observateur, semaine,
du 3 mai 2004.
Le
journal intime par Dominique Kunz Westerhoff
Cours en ligne de l'Université de Genève
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