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Patrick Modiano


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Au Temps
Dictionnaire Patrick Modiano

Bernard Obadia

Dernières entrées dans le Dictionnaire

 

B  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z 

B  D  E  F  G  H  I  J  K  L  M  N  O  P  Q  R  S  T  U  V  W  X  Y  Z

H

Peter Handke : "Un être devenu rare", témoignage
L'écrivain autrichien a traduit deux romans de Patrick Modiano.
« La première fois que j'ai rencontré Patrick Modiano, je crois que c'était sa femme (Dominique Zehrfuss, NDLR) qui faisait la queue devant un cinéma à Paris, au même moment que moi. C'était en 1990. Elle a « forcé » Patrick à nous parler. Je suis ensuite allé chez lui au milieu de ses filles.
Je me rappelle d'un détail : elles pouvaient entrer dans la pièce où il écrivait quand elles le voulaient. Plus tard, nous avons dîné dans un restaurant italien, boulevard Montparnasse, qui n'existe plus aujourd'hui ; il y avait là une immense assiette avec des cèpes tout frais.
J'ai traduit deux de ses livres, Une jeunesse et La Petite Bijou, car la traduction (René Char, Francis Ponge, Emmanuel Bove) a été durant vingt ans de ma vie ma deuxième roue. (Handke est le dédicataire de Du plus loin de l'oubli, NDLR). J'ai traduit Modiano, peut-être parce que ses phrases résonnaient en moi comme la musique d'Erik Satie (entre Arcueil et le boulevard Montparnasse). Un salut à Patrick, un écrivain authentique, un être devenu rare. » Le Figaro, 27 septembre 2007

Françoise Hardy : "Emmanuel Berl comme ami commun", témoignage
L'écrivain a écrit quatre chansons pour Françoise Hardy, qui témoigne.
« Hugues de Courson, qui était à l'époque l'un des amis de Patrick Modiano, était venu me montrer de nombreuses chansons, et la seule qui avait retenu mon attention était Étonnez-moi, Benoît, dont Patrick avait écrit le texte, mais pas à mon intention. Je crois que c'est à cette occasion que je le rencontrai pour la première fois. Nous avions par ailleurs Mireille et Emmanuel Berl comme amis communs. Nous sommes souvent sortis ensemble à la fin des sixties et avons par la suite toujours gardé le contact, via Dominique, sa femme, qui est aussi mon amie. Nous nous connaissons depuis une quarantaine d'années et j'ai toujours perçu Patrick comme l'introverti type, plus ou moins distrait et farfelu, qui a beaucoup de problèmes avec le monde matériel, le monde des objets. Faire cuire des pâtes ou déboucher une bouteille semble plus compliqué et plus dangereux pour lui qu'écrire un roman.
Je me souviens de la façon stupéfiante dont, dans sa jeunesse, il hélait un taxi : on aurait dit une ballerine ou un ange sur le point de s'envoler. Comment j'ai lu ses livres ? Goulûment. À peine ai-je lu la première phrase que je suis déjà envoûtée et ne puis me détacher de ma lecture jusqu'à la fin du livre. J'ai un faible pour Rue des Boutiques Obscures, que je relis tous les trois ou quatre ans et dont les dernières phrases me bouleversent : « Une petite fille rentre de la plage, au crépuscule, avec sa mère. Elle pleure pour rien, parce qu'elle aurait voulu continuer de jouer. Elle s'éloigne. Elle a déjà tourné le coin de la rue, et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d'enfant ? » Patrick est un très grand écrivain, car il est polarisé sur des thèmes aussi universels que ceux, entre autres, du temps qui passe, de l'oubli, de la nostalgie, du déracinement, du mystère, et en parle d'une façon qui n'appartient qu'à lui. Reconnaissable entre tous, son style a un pouvoir de suggestion et d'envoûtement exceptionnel.» Le Figaro 27 septembre 2007.

L'HERBE DE NUIT

 

Patrick Modiano, l'Herbe des nuits
La grande librairie 04/10/2012 sur France 5, François Busnel reçoit Patrick Modiano, pour L'Herbe des nuits, à paraître aux éditions Gallimard

Patrick Modiano, Le Cercle littéraire de la BnF, 6 novembre 2012, Présenté par Laure Adler et Bruno Racine

Héroïnes féminines / Je*
<<- (...) cela me fait penser à ces héroïnes féminines que l'on retrouve de plus en plus fréquemment dans vos derniers livres : Des inconnues, La Petite Bijou, Dans le café de la jeunesse perdue, Dora Bruder également... On a l'impression que vous vous reconnaissez en elles. Quelque chose de plus intime, plus personnel que d'ordinaire semble s'exprimer au travers de ces figures.
PM - Oui, exactement. Je suis tout à fait d'accord. Elles sont proches de ce que je suis. Elles m'ont permis d'approcher certaines choses de moi-même. Je me sens quelque part plus proche de moi avec ces héroïnes qu'avec un je qui serait d'ordre autobiographique ou qui renverrait à un narrateur masculin, qu'avec le « Patoche » d'autres livres. C'est une question d'empathie. Je me sens plus en empathie qu'avec ce je un peu flottant, qui n'était pas vraiment moi.
>> Entretien avec Maryline Heck, Magazine Littéraire, n° 490, octobre 2009

L'Homme de plage
<< Drôles de gens. De ceux qui ne laissent sur leur passage qu'une buée vite dissipée. Nous nous entretenions souvent, Hutte et moi, de ces êtres dont les traces se perdent. Ils surgissent un beau jour du néant et y retournent après avoir brillé de quelques paillettes. Reines de beauté. Gigolos. Papillons. La plupart d'entre eux, même de leur vivant, n'avaient pas plus de consistance qu'une vapeur qui ne se condensera jamais. Ainsi, Hutte me citait-il en exemple un individu qu'il appelait l' « homme des plages ». Cet homme avait passé quarante ans de sa vie sur des plages ou au bord de piscines, à deviser aimablement avec des estivants et de riches oisifs. Dans les coins et à l'arrière-plan de milliers de photos de vacances, il figure en maillot de bain au milieu de groupes joyeux mais personne ne pourrait dire son nom et pourquoi il se trouve là. Et personne ne remarqua qu'un jour il avait disparu des photographies. Je n'osais pas le dire à Hutte mais j'ai cru que l' « homme des plages » c'était moi. D'ailleurs je ne l'aurais pas étonné en le lui avouant. Hutte répétait qu'au fond, nous sommes tous des « hommes des plages » et que « le sable - je cite ses propres termes - ne garde que quelques secondes l'empreinte de nos pas. » >> R.B.O., p.60

 

L'HORIZON
Gallimard ed, Coll Blanche, mars 2010

L'Horizon (entretien avec l'éditeur Gallimard)
<< Rencontre avec Patrick Modiano à l'occasion de la parution de L'Horizon en mars 2010.
- Vous écrivez, à propos de la terrible mère de Bosmans devenue une vieille femme pitoyable, « Mon Dieu, comme ce qui nous a fait souffrir autrefois paraît dérisoire avec le temps ». Est-ce une manière d’exprimer que le temps qui passe est libérateur ?
Patrick Modiano — Oui, le temps qui passe est libérateur, surtout quand il s’agit de personnes qui provoquaient chez vous une angoisse ou un tourment, du temps de votre enfance ou de votre adolescence – ce sont des âges où l’on est prisonnier de tout. Avec le temps, ces personnes n’ont plus de pouvoir sur vous et vous paraissent «dérisoires», et parfois pitoyables.
- Berlin tient ici une place importante, à deux périodes essentielles du destin de la ville : sa destruction et sa réunification. Diriez-vous que, débarrassé du passé, on «respire» mieux dans une ville reconstruite ?
Patrick Modiano — Dans L’Horizon, le narrateur remarque au sujet de Berlin : «Cette ville a mon âge» parce qu’il est né en 1945, comme moi. J’ai donc toujours eu l’impression que ma naissance était liée à la guerre et que j’étais né parmi les ruines. De sorte que Berlin est la ville la plus symbolique de notre génération : reconstruite peu à peu depuis soixante-cinq ans – et réunifiée – mais portant encore les traces du passé «originel».
- Le narrateur retrouve grâce à Internet deux personnages importants perdus de vue depuis des décennies. Considérez-vous Internet comme un outil pour faire ressurgir le passé ?
Patrick Modiano — L’Internet est sans doute un outil précieux, pour retrouver des liens évanouis ou comme machine à faire ressurgir les fantômes. Mais souvent, il n’est d’aucune utilité car les «fantômes» ne se laissent pas aussi facilement débusquer.
- La machine à écrire de Simone Courtois, la dactylo professionnelle, semble normale mais imprime des «signes curieux» qui altèrent subtilement le texte sans le rendre illisible. Ce léger décalage est-il une clé de votre imaginaire ?
Patrick Modiano — Pas seulement la clé de mon imaginaire et de mon approche de l’écriture. Ce léger décalage ou «déphasage» est celui de tous les romanciers.>>
© Éditions Gallimard 2010


L'ADN du modianisme par Jean-Paul Enthoven
<< On a toujours l'impression que deux artistes s'affairent en même temps dans la prose de Modiano. Le premier, virtuose du flou, se charge d'embrumer le paysage, d'y injecter de la matière sombre et des geysers d'énigmes. C'est le Modiano n°1, marchand de sables mouvants, ami du sfumato romanesque et des climats incertains. À lui les pigments mélancoliques et les mots aux contours indistincts tels qu'on les recense en nombre dès l'ouverture de cet Horizon , son nouveau roman : "en suspens", "souvenir à éclipses", "vertiges", "bribes", "rencontres fugitives", "lointain", "inconnu", etc.
Surgit alors le Modiano n°2, plus enquêteur, plus pointilliste, obsessionnel, qui s'efforce, a contrario, de surimprimer son lavis vaporeux avec des points de repère ultraprécis : celui-là va y incruster mille détails arbitraires (noms de square ou de rue, numéros de téléphone d'époque, marques d'apéritif, patronymes bizarres du genre "Boyaval", "Bagherian" ou "Olaf Barou"...), afin de lutter contre l'anonymat généralisé de Modiano n°1, et de telle sorte qu'on se retrouve, au final, en présence de tableaux à la fois brouillés et hyperréalistes. D'un côté, un Turner crépusculaire ; de l'autre, un plan de métro. Ici, un Modiano pourvoyeur d'ambiances. Et là, un autre lui-même, jetant ses cailloux sur le chemin où il s'égare, et attentif à la forme d'un porche ou au tweed d'un manteau Renoma auquel il manque deux boutons.

Deux antihéros taillés dans le même bloc d'angoisse se cachent, errent, attendent
Cet assemblage de deux techniques, qui fait l'ADN du modianisme, est assez fascinant. Et c'est de ce double ancrage que naissent les envoûtements, les déjà-vus, les déjà-lus, qui donnent l'impression que, depuis La place de l'Étoile , c'est toujours le même roman qui s'accomplit. Et qui procure le même type de jubilation inquiète. Chaque fois, pourtant, la magie opère : il en va ainsi de cet Horizon - zone modianesque par excellence, puisque le passé y grandit tandis que l'avenir n'y existe plus. Un rien déclenche le mécanisme : une promenade nocturne du côté de l'Opéra, par exemple, ou l'enseigne d'une entreprise ("Richelieu-Intérim"...). Il suffit alors de braquer l'objectif sur deux ou trois profils humains, de leur prêter un "rire d'insecte", de les programmer avec des destins louches, et le manège tourne, tourne, tourne...
L'intrigue ? Elle n'a pas vraiment d'importance. C'est plutôt, comme il se doit, une fréquence radio désaffectée ou un bip-bip en provenance de quelque continent englouti : un certain Bosmans, homme sans qualité, a connu une fille quarante ans plus tôt, du côté des Grands Boulevards. C'était une fille réservée, un peu allemande ou suisse, avec des yeux où luisait l'éclat de ceux qui sont poursuivis. Par qui ? Par le passé, of course, qui "empêche de vivre". La fille a disparu. À Berlin ? Aux Enfers, comme Eurydice ? Dans ce tableau, le noir domine la composition. Parfois un noir brillant, parfois un noir mat. Avec des touches de ce modianoir plus cruel, presque blanc. Il faut dire que le narrateur de ce livre se sent lui-même persécuté par une mère rousse et flanquée d'un torero. Du coup, il n'en finit pas de changer de quartier, de raser les murs, de parler à voix basse. Ces deux antihéros taillés dans le même bloc d'angoisse vont se cacher, errer, attendre. Ils se laissent bousculer par le temps qui les roule comme des galets, par les cohues qui bouillonnent à la sortie des bureaux. Ils se perdent volontiers dans la solitude des gares où chacun croit savoir où il va.
Les corridors du temps

Dans cette histoire, racontée en flash-back et tressée de digressions topographiques, le temps occupe la place du tyran. C'est lui le Suspect. Le Grand Manipulateur. Le Diable. Il sépare les êtres, les fracasse par hasard et les disperse selon sa fantaisie. Sur cette trame, Modiano innove, car le temps, pour lui, se divise en "corridors" tubulaires et étanches, un peu comme les escaliers roulants du musée Beaubourg. Ses créatures peuvent ainsi vivre dans le même présent et être incapables de communiquer avec celles que le sort a jetées dans un autre escalier roulant. En revanche, il leur est facile d'être contemporaines d'amis perdus ou défunts que la vie assigna autrefois au même "corridor". C'est une belle idée, très propice aux entrelacs. Et Modiano s'y ébroue avec maîtrise. Il se ligote, parmi ses fantômes, à des icebergs de mémoire d'où seule émerge une pointe scintillante. L'avenir est interdit. Le présent s'échappe. Il ne lui reste plus qu'à s'agiter en vain dans un Paris approximatif et menaçant. Est-ce un conte de fées ? Ou un bal funèbre où "des gens, sans raison, vous empêchent d'être heureux" ? N'y sont invités, en tout cas, que les coupables-nés. Et, bien sûr, tous les virtuoses du malaise.>> Lepoint.fr le 02/03/2010

Hasards de la naissance (la Province*)
"Je crois que l'on écrit en fonction de l'endroit, du milieu, de l'année de sa naissance. L'écriture est très déterminée par les hasards de la naissance. J'ai le regret de ne pas avoir choisi pour terreau un environnement comme certaines villes de province que j'ai pu connaître adolescent. Il y avait une atmosphère particulière à ces petites villes de province, que j'ai connues parce que je me suis souvent retrouvé interne dans un collège là-bas. Maintenant, c'est trop tard. Je suis sûr qu'il aurait pu y avoir un écrivain français du niveau de Faulkner pour s'emparer de Bordeaux, par exemple. Bon, il y a eu Mauriac... Mais Mauriac n'a peut-être pas été assez loin. Même chose pour Lyon : il n'y a pas eu le grand écrivain faulknérien sur Lyon. Or ces villes le méritent. Quelquefois j'ai regretté de ne pas être cet écrivain."
"Mon Paris n'est pas un Paris de nostalgie mais un Paris rêvé" entretien avec François Busnel (Lire), 04/03/2010

Heureux ?
A la question écrite de Jean Paul Enthoven  : "Êtes
-vous heureux ?" Il se défila en rétorquant :"C'est une question qu'il ne faut pas aborder de front quand on est superstitieux."

Votre métier vous rend-il heureux, tout simplement?
P.M. Bien... oui, ça... Parce que, évidemment, si je n'avais pas ça, je ne vois pas ce que je... Cela m'apporte une sorte d'équilibre... Oui, je ne vois pas ce que je ferais...
Mais positivement?
P.M. Oui, cela donne une espèce d'insatisfaction qui vous oblige à recommencer. C'est quand même une sorte de colonne vertébrale.  Entretien avec Laurence Liban, Lire, octobre 2003.

Chester Himes
<< J’ai choisi une place au fond de la salle du Tournon. L’année précédente, ce café avait été pour moi un refuge quand je fréquentais le lycée Henri IV, la bibliothèque municipale du sixième arrondissement et le cinéma Bonaparte. J’y observais un client assidu, l’écrivain Chester Himes, toujours entouré de musiciens de jazz et de très jolies femmes blondes. Patrick Modiano, Un cirque passe, romand Gallimard, 1992.

Histoire
<<
Deux périodes historiques marquent l'œuvre de Patrick Modiano (l'Occupation et les années 50-60 sur fond de guerre d'Algérie), deux questions existentielles la hantent tout au long: les traumatismes de l'enfance et les troubles de l'identité. Livre après livre, à mi-chemin entre autobiographie et fiction, l'écrivain a exploré ces zones indécises de l'histoire française et de l'histoire intime à travers des récits de vies cassées, précaires ou même vaguement louches, toutes marquées au fer de la mélancolie. En quête d'une identité perdue, d'une mémoire défaillante, d'une image lointaine, ses personnages illustrent à la perfection cette phrase de René Char, souvent citée par Modiano, et selon laquelle «Vivre, c'est achever un souvenir.» >> 
Antoine de Gaudemar, 26-04-2001, Libération

Histoire et société
Ressources audiovisuelles et textuelles rassemblées par l'INA
.

L'Histoire selon Paul Valéry
"L'histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne absolument rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout. Elle est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré" Regards sur le monde actuel.

Histoire / Roman /Adresses*
[dans Fleurs de ruines] << Pour un lecteur attentif aux signes de Modiano, une inquiétante connotation est confirmé par l’examen des adresses mentionnées : le restaurant d’Ansart est au 48 bis rue des Belles Feuilles, qui fut aussi le domicile d’Eddy Pagnon, l’un des membres de la rue Lauriston*, celui-là même qui libéra le père de l’écrivain d’une rafle au cours de laquelle il fut transporté quai d’Austerlitz en 1943, pour ensuite l’enliser dans son monde de « marquis, chevaliers d’industrie, gentilshommes de fortune, gibiers de correctionnelle ». Jacques de Bavière, quant à lui, habite avec Ellen James au 22 rue de Washington : cette adresse est aussi celle de Lebobe André, la première d’une liste exposée dans Fleurs de ruines, tirée d’un journal de 1948, qui énumère les noms et adresses des personnes recherchées pour « intelligence avec l’ennemi ». On y trouve également le 1 rue Lord-Byron, qui est la véritable adresse du bureau du père de l’auteur, transféré dans le roman au 73 boulevard Haussmann.>>
Carine Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie chez Patrick Modiano Mémoire de maitrise, juillet 2000. Paris IV, Sorbone.

l'Histoire me fait peur
"Allez-vous voter aux élections régionales ?
En fait, je n'ai jamais voté, sauf pour la présidentielle de 2007. Là, j'ai senti qu'il y avait un monde qui basculait. Vis-à-vis de mes enfants, j'avais du remords et honte de mon irresponsabilité. En fait, j'ai une espèce d'allergie, une méfiance instinctive de la politique et des hommes politiques. Ça va très loin : inconsciemment, l'Histoire me fait peur. L'Histoire, c'est toujours des catastrophes..." Entretien avec Marianne Payot, Delphine Peras, "Je suis devenu comme un bruit de fond", l’Express, 04/03/2010

Historique (fond)
" l'esprit du milieu qui réunissait Gestapo et trafiquants. (...) de façon plus frappante (...) que dans la plupart des documents historiques, ce monde surgit dans toute sa bizarrerie sordide et frivole, avec ses bars, ses boîtes et ses bordels, ses voitures de luxe, ses modes vestimentaires et ses faux papiers, ses chansons languissantes et ses gestes de tortionnaire. Ce monde à base de spéculation et de mégalomanie, ce monde à la dérive où la règle du jeu moral s'est dégradée en un jeu sans règles, et où les pouvoirs les plus monstrueux sont tombés dans les mains de criminels et d'épaves, ce monde qui a été occulté par les manuels, oublié ou refoulé par ceux qui en avaient vécu les péripéties, inconnu, tout simplement, de la jeune génération, Modiano le ramène à la surface de la conscience collective avec une force choquante qui pulvérise les idées reçues de l'Histoire officielle." 
Colin Nettelbeck et Pénélope A. Hueston, Patrick Modiano, Pièces d'identité. Ecrire l'entre-temps, Editions Minard, Collection Archives des lettres modernes, N° 220, Paris 1986, p. 27.

Hongrie (Juifs* de) : tout un peuple en danger de mort
<< Selon les informations recueillies à Genève, près de 12000 juifs seraient déportés chaque jour vers les camps d’extermination, avec le silence consentant du régent Horthy. Churchill et Eisenhower peuvent-ils arrêter cela?
Peut-on encore sauver les 800000juifs de Hongrie? Depuis un mois, à Berne comme à Genève, la question s’impose à la communauté diplomatique. Dans les couloirs du ministère des Affaires étrangères ou du Comité international de la Croix-Rouge, dans les consulats des puissances alliées ou neutres, on échange des informations chaque jour plus terrifiantes, le plus souvent distillées sur le ton de la confidence. Toutes confirmées par les dirigeants de l’Eglise protestante, les émissaires du Vatican, et surtout par les représentants de la communauté juive de Suisse, qui multiplient les appels au secours.
Ni l’avancée de l’Armée rouge sur le front de l’Est, ni la percée des forces anglo-américaines à l’ouest ne conduisent l’Allemagne nazie, dont la défaite paraît désormais probable, à renoncer à l’objectif monstrueux qu’elle s’est fixé: la destruction des juifs d’Europe. Bien au contraire. Depuis l’invasion de la Hongrie le 19mars dernier, avec le silence consentant du régent, l’amiral Horthy, et l’assistance des services de sécurité et des gendarmes hongrois, la machine nazie à broyer les juifs bat son plein. Un commando spécial a été envoyé à Budapest. Composé de SS dirigés par un certain Eichmann, il est directement placé sous les ordres de Himmler. Selon certains témoignages, il serait en mesure de sévir en Hongrie à une vitesse record, comparé au temps qu’il a fallu, en Pologne et ailleurs, pour «régler», comme ils disent, la «question juive».
Les juifs de Hongrie étaient jusqu’ici les seuls de l’Europe occupée à échapper au pire. Bien qu’allié au Reich, l’Etat hongrois s’était refusé à leur appliquer les mesures de ségrégation exigées par l’Allemagne: ni étoiles jaunes, ni rafles, ni déportations. Mais, depuis deux mois, voici qu’à leur tour ils vivent l’enfer. Le port de l’étoile est imposé et la liste des brimades ne cesse de s’allonger: interdiction d’exercer une profession libérale, de sortir la nuit, de quitter les villes, et même de posséder un téléphone... Dans la capitale, Budapest, il n’y a pas de ghetto; les autorités ont préféré regrouper les juifs dans des immeubles proches des usines, des gares et de toutes les cibles potentielles de l’aviation alliée, dans l’espoir que leur présence gêne d’éventuels bombardements. Cinq jours après l’invasion du 19mars, le président Roosevelt n’a-t-il pas publiquement menacé la Hongrie de rétorsion «si elle s’associait à des exactions contre les juifs»?
En province, en revanche, les juifs sont parqués dans des ghettos improvisés. Des carrières, des fabriques, souvent en plein air, près des gares. Entassés derrière des barbelés, gardés par les gendarmes hongrois, ils s’entassent par milliers. Leurs rations quotidiennes se réduisent à 100grammes de pain et 2 tasses de soupe. Les deux premiers trains spéciaux de déportés sont partis fin avril, sans doute à destination des camps de Pologne. Et, depuis la mi-mai, les déportations en masse se succèdent à raison de quatre convois quotidiens. De Ruthénie, de Transylvanie puis du reste du pays (mais pas, ou pas encore, de Budapest), près de 12000juifs sont déportés par jour, selon un plan de «massacre scientifique», comme le qualifient certains rapports confidentiels.
Que vont-ils devenir? Ici à Genève, personne ne se fait plus la moindre illusion sur leur sort: c’est la mort qui les attend. Dans les discours officiels, on se garde bien de toute accusation qui risquerait de remettre en cause la sacro-sainte neutralité suisse. Mais, sur le terrain, certains n’hésitent plus à braver leur hiérarchie pour tenter de sauver des vies. A la Croix-Rouge, où l’on sait tout depuis longtemps, les responsables s’obstinent au silence pour éviter de compromettre les visites et les missions d’assistance, notamment aux prisonniers de guerre, que les Allemands tolèrent difficilement. Le délégué Maurice Rossel, jeune médecin, vient d’ailleurs de recevoir l’autorisation de visiter le camp de Theresienstadt, près de Prague, où il sera le 27juin prochain, avant de se rendre au camp d’Auschwitz sans doute fin septembre.
Mais, à Budapest, le délégué Friedrich Born et son équipe outrepassent les directives du CICR, à la recherche de sauf-conduits et de visas d’émigration pour tenter de soustraire les juifs à la déportation. On murmure aussi que le vice-consul suisse à Budapest, Carl Lutz, a des ennuis avec son ministère de tutelle: il a obtenu 8000visas pour la Palestine et placé de nombreuses familles juives sous sa protection dans des maisons ou des appartements de la capitale hongroise.
Ces hommes de courage ne sont pas les seuls: plusieurs autres diplomates de pays neutres en poste à Budapest s’activent pour tenter de sauver des juifs. Un homme d’affaires suédois, Raoul Wallenberg, s’apprête aussi à rejoindre Budapest, porteur de nombreux sauf-conduits pour les juifs..
Ces actes isolés suffiront-ils à enrayer le plan des nazis? On en doute. Au cours du mois de mai, un Comité de Secours créé par un groupe de juifs hongrois - de la tendance sioniste pour la plupart - a réussi à faire parvenir ce message aux Alliés: bombardez au plus vite les noeuds ferroviaires empruntés par les trains de déportés. Cette supplique se heurte aux choix stratégiques des forces anglo-américaines. Pas un avion ne doit être détourné de sa mission prioritaire: vaincre l’Allemagne.
Pourtant, détenteurs de plusieurs rapports de leurs services secrets, Londres et Washington ont en main les preuves de la liquidation systématique des juifs déportés dans les camps, notamment dans celui d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Début avril, les pilotes de reconnaissance de la RAF seraient parvenus, selon des sources proches du Congrès juif mondial, à prendre des clichés très précis du camp, y compris des fours crématoires. Au même moment, deux déportés slovaques, Rudolph Vrba et Alfred Wetzler, sont parvenus à s’échapper d’Auschwitz. Ils ont fait le récit détaillé des conditions de vie au camp, des gazages et des meurtres auxquels ils ont assisté. Ils ont aussi alerté sur les préparatifs des nazis en vue de l’anéantissement des juifs de Hongrie. Maintes fois vérifiés avant d’être diffusés, ces témoignages ont provoqué l’écoeurement du chef de poste de l’OSS à Berne, l’Américain Allan Dulles. Et l’accablement du Premier ministre Churchill lui-même, qui s’est exclamé à sa lecture: «Que peut-on dire, que peut-on faire?»
A Washington, l’influent rabbin Stephen Wise, du Congrès juif mondial, a de nouveau plaidé auprès du président Roosevelt l’urgence d’un bombardement des voies ferrées et du camp d’Auschwitz. A Londres, Haim Weizmann, le président du Mouvement sioniste, relaie la même demande auprès du Premier ministre, Churchill, qui a chargé Anthony Eden du dossier. Sans résultat jusqu’ici. L’étude de faisabilité commandée par le Foreign Office au ministère de l’Air ne serait pas probante...
Harcelés par les nazis et leurs séides locaux, les responsables de la communauté juive de Hongrie désespèrent. Tout le monde sait, personne ne fait rien. Et parce que, mieux que quiconque, ils savent que chaque minute de répit est une vie sauvée, certains tentent le tout pour le tout. Quitte à remiser leurs scrupules. Il y a quelques jours, deux émissaires du Comité de Secours juif de Budapest, dont un certain Joël Brandt, ont été secrètement autorisés par les nazis à se rendre à Istanbul pour y rencontrer des représentants des Alliés et du leader sioniste de Palestine, David Ben Gourion. Ils seraient porteurs d’un incroyable message: les SS accepteraient de laisser la vie sauve aux juifs hongrois en échange de la livraison de marchandises, parmi lesquelles 200 tonnes de thé, 200 tonnes de café, 2 millions de caisses de savon et 10000 camions militaires. Etudiée au plus haut niveau, cette offre est débattue par les Alliés. Ils y voient un vulgaire chantage, doublé d’un piège politique: comment les Russes pourraient-ils admettre qu’on livre à la SS des camions qui seraient aussitôt utilisés contre eux, sur le front de l’Est?
A Budapest, on s’accroche pourtant à ce frêle espoir. L’homme du Comité de Secours juif chargé de la négociation avec les SS, Rezo Kasztner, exige des gages et finit contre toute attente par les obtenir. Un train avec 1684 juifs à son bord a quitté Budapest en direction de la Suisse, qui accepte de les accueillir malgré les dispositions limitant l’afflux de réfugiés. Ces hommes, ces femmes, ces enfants seront-ils parmi les rares survivants d’une Hongrie «Judenfrei», pour reprendre le vocable nazi? C’est hélas ce que l’on peut craindre.>> Par Henri Guirchoun, Nouvel Observateur, semaine, du 3 mai 2004.


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