Naturel (le)
"Il ne vient jamais
naturellement, le naturel..."
Entretien avec Laurence
Liban, Lire, octobre 2003 à propos de la publication de Accident
nocturne, roman, 2003
Naissance
" La seule chose intéressante c'est ce qui a précédé ma naissance.
Quand on naît juste après la guerre, c'est assez bizarre. Cela
provoque des rencontres étranges qui ne se seraient pas faites
en temps normal. Ce sont des naissances un peu hasardeuses. C'est
plutôt un truc sociologique qu'il serait intéressant de voir."
Le Club reçoit Patrick Modiano,
Interview du 20/04/2001
Le Narrateur
<< Dans la plupart de ses romans, l’écrivain
met en scène un narrateur à la personnalité fragile
qui, errant dans Paris, est interpellé par un personnage,
ou le souvenir d’un personnage, qui d’une manière
obscure semble avoir marqué son destin. Au fil de rencontres,
il va évoluer dans un univers romanesque cosmopolite et
flou. Ce statut du narrateur est l’un des motifs structurants
de l’œuvre de Modiano : un narrateur qui subit est
attiré par un groupe ; observateur passif le plus souvent,
il devient parfois acteur involontaire d’une réalité qu’il
ignore. Dans ce monde qu’il découvre, il est toujours
un peu en transit, comme un « voyageur qui monte dans un
train en marche et se retrouve en compagnie de quatre inconnus ».
Ainsi il nous apparaît comme un être à la
dérive, empreint d’une sorte de tristesse, sans
assise réelle dans la vie, sur laquelle il ne livre que
très peu de détails.>> Carine
Duvillé Errance et Mémoire : Paris et sa topographie
chez Patrick Modiano Mémoirede maitrise, juillet 2000.
Paris IV, Sorbone.
Modiano met toujours en scène cette figure
du narrateur sans papier ni attache, enfermé dans les
mêmes obsessions, plus lancinantes, de cette « mémoire
qui précède la naissance ».
Naviguer au hasard
"Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme
un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes
les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver
des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour
n'avoir plus l'impression de naviguer au hasard. Alors, on tisse
des liens, on essaie de rendre plus stables des rencontres hasardeuses." (Cité
par La république des Lettres, le 4 octobre 2007.)
Né le...
Patrick
Modiano est né le 30
juillet 1945 à Boulogne Billancourt et non pas en 1947 (année
de naissance de Rudy, le frère mort à 10 ans d'une leucémie).
Lors de la publication des premiers romans, les notices biographiques
portaient l'année "1947" : est-il "né" avec
ce frère trop tôt disparu dont il a longtemps porté le poids de
l'absence ou PM a-t-il voulu se donner une année de naissance,
comme ont peut décider pour un personnage ?
Névrose
"Ma
recherche perpétuelle de quelque chose de perdu, la quête d'un
passé brouillé qu'on ne peut élucider, l'enfance brusquement cassée,
tout participe d'une même névrose qui est devenu mon état d'esprit."
Magazine
Lire N° 176, mai 1990, Dossier consacré à Patrick Modiano,
cité par B. Doucey dans Profil N° 144, p. 6.
Noms
et des Dates (des)
Ces
noms inséparables de ces temps, ceux qui
négociaient, signaient les ordres de déportation,
: Xavier Vallat,
Darquier de Pellepoix, René Bousquet, Jean Leguay,
Fernand de Brinon, négociant, marchandant comme des
maquignons avec leurs partenaires nazis Karl Oberg, Helmut
Knochen, Theo Danneker, Otto Abetz. Ce sont des dates : 14
mai 1941, 20 août 1941, 12 décembre 1941, en
attendant juillet 1942 et la rafle du Vélodrome d'hiver.
Les
noms évocateurs
<< Ils avaient de la chance, ces garçons, de cultiver
leurs chimères. Le quartier de Vaugirard s’y prêtait
admirablement. Calme, préservé, on aurait dit
une petite ville de Province. Le nom même de « Vaugirard » évoquait
les feuillages, le lierre, un ruisseau bordé de mousse.
Dans une telle retraite, ils pouvaient laisser libre cours
aux imaginations les plus héroïques. C’était
moi qu’on envoyait se frotter à la réalité et
qui naviguais en eau trouble.>> La ronde de nuit, 1969.
François
Nourissier : ' Il est mon premier Prix Goncourt",
témoignage.
«
Patrick Modiano, c'est mon premier Goncourt. J'avais rejoint
le jury en 1977, et il a été récompensé en
1978, avec Rue des Boutiques Obscures. Je me rappelle m'être
battu pour qu'il l'obtienne. Je me souviens également
qu'après l'annonce faite au lauréat, sa mère
avait refusé de rejoindre l'endroit où l'on offrait
un cocktail. Elle refusait les mondanités et avait « boudé ».
Du coup, pour ne pas la laisser toute seule, je suis resté avec
elle. Et voilà comment, le jour où Modiano a décroché le
Goncourt, je me suis retrouvé isolé, loin de mes
confrères de l'Académie.
Pour moi, Modiano, c'est aussi le mari de la petite Dominique
(Dominique Zehrfuss, NDLR), que j'ai rencontrée enfant,
car je connaissais ses parents, Simone et Bernard Zehrfuss, qui
fut l'un des plus grands architectes français. Je pense
que Patrick Modiano est quelqu'un qui, consciemment ou non, joue
un rôle qui lui va bien. Il s'appuie sur le silence pour être
en sécurité. Il est incroyablement attentif aux
autres, ses yeux brillent, son regard bouge en permanence, il
a une grande curiosité en même temps qu'une certaine
distance. C'est un grand écouteur. Cela tombe bien, moi,
je suis un grand bavard : ça l'amuse beaucoup, et il rit
de ma façon de raconter. Nous avons de beaux souvenirs
de conversations.
J'aime beaucoup de choses de lui, mais surtout cette façon
qu'il a de fourrer dans son sac des tas de « trucs » qu'il
a ramassés et d'y puiser ensuite. Il y a sûrement
la guerre qui nous rattache tous les deux, ce regard sur la France
vaincue, meurtrie, menteuse...
Ce qui me passionne chez lui, c'est qu'il s'est formé lui-même,
qu'il a inventé une époque de l'Occupation, probablement
parce qu'il a observé des comportements qui l'intéressaient.
Je peux aisément dresser le portrait type du héros « modianesque » :
il aurait un costume bien coupé, mais pas de saison, démodé ;
des chaussures cirées, mais fatiguées ; il me rappelle
un peu ces personnes juives déplacées après
la guerre (*).
Patrick Modiano représente un petit îlot de singularité.
Il n'est pas à la mode et ne veut pas l'être. Il
est d'une grande fidélité à ses sujets et à ses
personnages. Il est dans le noir de la cible, c'est mieux pour
un écrivain.» Le Figaro, 27 septembre 2007
(*) François Nourissier a travaillé durant deux
ans, de 1949 à 1951, au service réfugiés
et relations extérieures du Secours catholique.
Nostalgique
«Je ne suis pas du tout nostalgique. Mon enfance* me fait
horreur. Mais je suis habité par des images qui m'ont
frappé et se sont incrustées dans ma mémoire.» Entretien
avec Delphine Peras, l’ EXPRESS du 5 octobre 2007
Notations et Vagabondages*
<< (...) je me livre à de longs vagabondages où je note,
muni d’un carnet, presque maniaquement tout ce qui m’a frappé :
pas de choses précises – je ne fais pas de réalisme – mais
des indications d’atmosphère. Tantôt il s’agit de l’ancienne
adresse de telle star du muet, découverte en feuilletant un vieil annuaire
de cinéma, et que j’ai été vérifier sur place.
Tantôt une entrée d’immeuble ou une cage d’ascenseur,
qui m’a frappé à cause d’une certaine luminosité.
Chaque fois, je note : Avenue Kléber – Style de l’édifice – caractéristiques
de la lumière… Je possède des cahiers entiers remplis de
numéros d’immeubles. Inutile de savoir s’il s’est réellement
passé, il y a 30 ou 40 ans, un drame à cet endroit. Il suffit que
je puisse l’imaginer. Alors, rentré chez moi, si par chance je tombe,
en vérifiant dans le bottin l’identité des habitants de l’immeuble,
sur quelque nom un peu extravagant, mon imagination se met tout de suite à broder.>> Propos
recueillis par Jean-Louis Rambures, dans un entretien paru dans Le Monde le 24
mai 1973.
Nouvelles
(Lecteur de)
<< Oui, bien sûr, je suis un lecteur
de nouvelles. Je citerai, au hasard,
Sylvie, de Nerval, Le Rideau cramoisi, de Barbey d'Aurevilly,
Dans son coin natal, de Tchekhov, La Danseuse d'Izu, de Kawabata… Mais
la liste serait longue ! D'Edgar Poe à Carson McCullers,
de Stevenson à Nabokov, de Kafka à Pavese, de
Henry James à Scott Fitzgerald, c'est pratiquement toute
la littérature."
Pourquoi
des nouvelles ? Quelles sensations particulières
apportent-elles ? "Parce qu'elles donnent une émotion
forte et immédiate. Comme le disait Gide, les nouvelles
sont faites pour être lues d'un coup, en une seule fois.
C'est la meilleure définition, mais elle reste très
vague, puisqu'elle pourrait s'appliquer, par exemple, à certains
poèmes en prose de Baudelaire.>> Réponses
à des qestions de Josyane Savigneau, le Monde du 29 juin 01.
Violette
Nozière La figure de Violette
Nozière est évoquée
comme personnage de référence dans l'histoire
des criminelles célèbres et comme un personnage
de roman qui, dans la mesure où elle a peut-être
croisé des figures de Fleurs de ruine*,
accède à un autre statut, le temps d'une évocation.
Violette Nozière (1915-1966) fut accusée d'avoir empoisonné ses
parents (seul son père fut tué), elle comparut devant les assises
de la Seine en 1934. Les surréalistes a qui ellel inspira plusieurs poèmes
et peintures exaltant la résistance à l'autorité parentale,
contribuèrent à sa célébrité. Condamnée à mort,
elle fut gracièe puis libérée après 10 ans d'internement
et enfin réhabilitée en 1963.
Dans Fleurs de ruine, Patrick Modiano l'évoque à sa
manière : << Elle donnait ses rendez-vous dans un hôtel
de la rue Victor-Cousin, près de la Sorbonne, et au Palais du Café,
boulevard Saint-Michel. Violette était une brune au teint pâle que
les journaux de l'époque comparait à une fleur vénéneuse
et qu'ils appelaient "la fille aux poisons" Elle liait connaissance
au Palais du Café avec de faux étudiants aux vestons trop cintrès
et aux lunettes d'écaille. Elle leur faisait croire qu'elle attendait
un héritage et leur promettait monts et merveilles : des voyages, des
Bugatti... Sans doute avait-elle croisé, sur le boulevard, le couple T.
qui venait de s'installer dans le petit appartement de la rue des Fossés-Saint-Jacques."
Dans de nombreux romans, Patrick Modiano mêle des personnages
inventés et des figures de l'histoire* qui ont attisé l'imagination
de la presse comme du public. Ce frottement du réel et de la fiction lui
permet de donner encore plus consistance à des personnages "inventés" qui
accèdent au statut du "pour de vrai" que les enfants confèrent à leur
invention dans des jeux tantôt improvisés, tantôt savants.
Ce procédé inscrit les personnages dans l'Histoire et brouille
les pistes entre fiction et réalité. C'est un jeu, un jeu infini.
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