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© LittératureS & CompagnieS
1999-2017

 

Maurice Blanchot

Mélanges

L'écrivain qui écrit une œuvre se supprime dans cette œuvre, et il s'affirme en elle. S'il l'a écrite pour se défaire de soi, il se trouve que cette œuvre l'engage et le rappelle à lui, et s'il l'écrit pour se manifester et vivre en elle, il voit que ce qu'il a fait n'est rien, que la plus grande œuvre ne vaut pas l'acte le plus insignifiant, et qu'elle le condamne à une existence qui n'est pas la sienne et à une vie qui n'est pas la vie. Ou encore, il a écrit parce qu'il a entendu, au fond du langage, ce travail de la mort qui prépare les êtres à la vérité de leur nom : il a travaillé pour ce néant et il a été lui-même un néant au travail. Mais, à réaliser le vide, on crée une œuvre, et l'œuvre, née de la fidélité à la mort, n'est finalement plus capable de mourir et, à celui qui a voulu se préparer une mort sans histoire, elle n'apporte que la dérision de l'immortalité."

"La Littérature et le droit à la mort", paru dans Critique en 1948, puis repris dans La Part du feu en 1949.


"Le seul moyen d'être raisonnable, ce n'est pas prétendre être libre de toute déraison ni même (en supposant que cela se puisse) de nous y soustraire en effet, mais plutôt de nous rendre la déraison si proche, si accessible, si familière que nous ne cessions de passer par elle, légèrement, sans nous y attarder ou nous y appesantir. Raisonnable par une pratique négligente de la déraison au point que celle-ci se ferait invisible : c'est-à-dire sauvé par la rapidité du naufrage. Encore faut-il qu'il y ait naufrage, folie, et cette mort rapide capable de nous dérober à elle-même en nous détournant de son "envie". Qu'il soit facile de mourir au point d'en subir l'attrait et au point, sous cet attrait, de mourir comme par mégarde : c'est le danger, un double danger, soit qu'on meure en effet inattentif, soit que l'inattention nous laisse vivre parce qu'en elle nous ne nous apercevons pas que cette distraction est l'atteinte de la mort même.

"La Facilité de mourir", a d'abord paru dans le numéro spécial de la NRF sur Jean Paulhan, en mai 1969, avant d'être repris dans L'Amitié, en 1971.


"le poète, par le fait qu’il parle poétiquement disparaît en cette parole et devient la disparition même qui s’accomplit en cette parole, seule initiatrice et principe source "Poésie, sacre". L’"omission de soi , la "mort comme un tel , qui est liée au sacre poétique, fait donc de la poésie un véritable sacrifice, mais non pas en vue de troubles exaltations magiques, — pour une raison presque technique. Qu’est-ce qu’"une raison presque technique"?  : c’est que celui qui parle poétiquement s’expose à cette sorte de mort qui est nécessairement à l’œuvre dans la parole véritable."

M Blanchot : Le livre à venir.


"Tout doit devenir public Le secret doit être brisé. L’obscur doit entrer dans le jour et se faire jour. Ce qui ne peut se dire doit pourtant s’ entendre.
"Quidquid latet apparebit" tout ce qui est caché, c’est cela qui doit apparaître, et non pas dans l’anxiété d’une conscience coupable, mais dans l’insouciance d’une bouche heureuse. — Quoi, sans risques, ni périls ?

L’Espace littéraire


"Mon unique point fort fut mon silence. Un aussi grand silence, quand j’y réfléchis, m’apparaît incroyable, non pas un mérite, car parler, d’aucune manière je n’en eus l’idée mais justement, que jamais le silence ne se soit dit à lui-même : prends garde, il y à la quelque chose dont tu me dois compte, que ni ma mémoire, ni ma vie de chaque jour, ni mon travail, ni mes gestes, ni mes paroles, ni les mots sortis du bout de mes doigts n’aient, de près ou de loin, fait allusion à quelque chose dont toute ma personne était physiquement occupée, cette réserve, je ne la puis comprendre, et moi qui, maintenant, parle, je me retourne amèrement vers ces journées, ces années silencieuses comme vers un pays inaccessible, irréel, fermé à tous et d’abord à moi-même, et où pourtant je suis demeuré pendant une grande partie de vie, sans effort, sans tentation, par un mystère qui à présent m’étonne."

"Avoir perdu le silence, le regret que j’en éprouve est sans mesure. Je ne puis dire quel malheur envahit l’homme qui une fois a pris la parole. Malheur immobile, lui-même voué au mutisme, par lui l’irrespirable est l’élément que je respire. Je me suis enfermé, seul dans une chambre, au-dehors presque personne, mais cette solitude elle-même s’est mise à parler, et à mon tour, de cette solitude qui parle, il faut que je parle, non par dérision, mais parce qu’au-dessus d’elle veille une plus grande qu’elle et au-dessus de celle-ci une plus grande encore, et chacune, recensant la parole afin de l’étouffer et de la taire, au lieu de cela la répercute à l’infini, et l’infini devient son écho." 

L’Arrêt de mort

 

L'écrivain qui écrit une œuvre se supprime dans cette œuvre, et il s'affirme en elle. S'il l'a écrite pour se défaire de soi, il se trouve que cette œuvre l'engage et le rappelle à lui, et s'il l'écrit pour se manifester et vivre en elle, il voit que ce qu'il a fait n'est rien, que la plus grande œuvre ne vaut pas l'acte le plus insignifiant, et qu'elle le condamne à une existence qui n'est pas la sienne et à une vie qui n'est pas la vie. Ou encore, il a écrit parce qu'il a entendu, au fond du langage, ce travail de la mort qui prépare les êtres à la vérité de leur nom : il a travaillé pour ce néant et il a été lui-même un néant au travail. Mais, à réaliser le vide, on crée une œuvre, et l'œuvre, née de la fidélité à la mort, n'est finalement plus capable de mourir et, à celui qui a voulu se préparer une mort sans histoire, elle n'apporte que la dérision de l'immortalité."

"La Littérature et le droit à la mort", paru dans Critique en 1948, puis repris dans La Part du feu en 1949.

 

"Le seul moyen d'être raisonnable, ce n'est pas prétendre être libre de toute déraison ni même (en supposant que cela se puisse) de nous y soustraire en effet, mais plutôt de nous rendre la déraison si proche, si accessible, si familière que nous ne cessions de passer par elle, légèrement, sans nous y attarder ou nous y appesantir. Raisonnable par une pratique négligente de la déraison au point que celle-ci se ferait invisible : c'est-à-dire sauvé par la rapidité du naufrage. Encore faut-il qu'il y ait naufrage, folie, et cette mort rapide capable de nous dérober à elle-même en nous détournant de son "envie". Qu'il soit facile de mourir au point d'en subir l'attrait et au point, sous cet attrait, de mourir comme par mégarde : c'est le danger, un double danger, soit qu'on meure en effet inattentif, soit que l'inattention nous laisse vivre parce qu'en elle nous ne nous apercevons pas que cette distraction est l'atteinte de la mort même.

"La Facilité de mourir", a d'abord paru dans le numéro spécial de la NRF sur Jean Paulhan, en mai 1969, avant d'être repris dans L'Amitié, en 1971.

 

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