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1999-2017

 

Georges Bataille

(Mélange)

 

« L'être nous est donné dans un dépassement intolérable de l'être, non moins intolérable que la mort. Et puisque, dans la mort, en même temps qu'il nous est donné, il nous est retiré, nous devons le chercher dans le sentiment de la mort, dans ces moments intolérables où il nous semble que nous mourons, parce que l'être en nous n'est plus là que par excès, quand la plénitude de l'horreur et celle de la joie coïncident. Même la pensée (la réflexion) ne s'achève en nous que dans l'excès. Que signifie la vérité, en dehors de la représentation de l'excès, si nous ne voyons ce qui excède la possibilité de voir, ce qu'il est intolérable de voir, comme, dans l'extase, il est intolérable de jouir ? si nous ne pensons ce qui excède la possibilité de penser... ? » 
(Préface à Madame Edwarda.)

 

« Il est en nous des moments d'excès : ces moments mettent en jeu le fondement sur lequel notre vie repose ; il est inévitable pour nous de parvenir à l'excès dans lequel nous avons la force de mettre en jeu ce qui nous fonde. C'est bien au contraire en niant de tels moments que nous méconnaîtrions ce que nous sommes. » (L'Erotisme.)

 

« Il y a dans la nature et il subsiste dans l'homme un mouvement qui toujours excède les limites, et qui jamais ne peut être réduit que partiellement. De ce mouvement nous ne pouvons généralement rendre compte. Il est même par définition ce dont jamais rien ne rendra compte. » (L'Erotisme.)

 

« Il me semble que l'on peut apercevoir ce que Nietzsche a exprimé par la formule de la mort de Dieu. Pour Nietzsche, ce qu'il a appelé la mort de Dieu laissait un vide terrible, quelque chose de vertigineux, presque, et de difficilement supportable. Au fond, c'est à peu près ce qui arrive la première fois qu'on prend conscience de ce que signifie, de ce qu'implique la mort : tout ce qu'on est se révèle fragile et périssable, ce sur quoi nous basons tous les calculs de notre existence est destiné à se dissoudre dans une espèce de brume inconsistante... Est-ce que ma phrase est finie ?

- Je crois.

- Si elle n'est pas finie, cela n'exprimerait pas mal ce que j'ai voulu dire... » (Entretien avec Madeleine Chapsal.)

 

« Je me représente le ciel lui-même glissant, tournant et se perdant.
Le soleil, comparable à un alcool, tournant et éclatant à perdre la respiration.
La profondeur du ciel comme une débauche de lumière glacée se perdant.
Tout ce qui existe se détruisant, se consumant et mourant, chaque instant ne se produisant que dans l'anéantissement de celui qui précède et n'existant lui-même que blessé à mort.
Moi-même me détruisant et me consumant sans cesse en moi-même dans une grande fête de sang.
Je me représente l'instant glacé de ma propre mort. » 
(La pratique de la joie devant la mort.)

 

« Ces moments d'intense communication que nous avons avec ce qui nous entoure - qu'il s'agisse d'une rangée d'arbres, d'une salle ensoleillée - sont en eux-mêmes insaisissables. Nous n'en jouissons que dans la mesure où nous communiquons, où nous sommes perdus, inattentifs. Si nous ces-sons d'être perdus, si notre attention se concentre, nous cessons pour autant de communiquer. Nous cherchons à comprendre, à capter le plaisir : il nous échappe. » (L'Expérience intérieure.)

 

« Les coups de chance mettent l'être en jeu, ils se succèdent, ils enrichissent l'être en puissance d'accord avec la chance, en pouvoir de la révéler, de la créer (la chance étant l'art d'être ou l'être, l'art d'accueillir la chance, de l'aimer). » (Le Coupable.)

 

« La réflexion claire a toujours le possible pour objet. L'impossible, au contraire, est un désordre, une aberration. C'est un désordre qu'amènent seuls le désespoir et la passion... Un désordre excessif auquel seule la folie condamne ! » (L'Impossible, note.)

 

« A cette époque [1927] , je n'hésitais pas à penser sérieusement à la possibilité que cet œil extraordinaire finisse par se faire jour réellement à travers la paroi osseuse de la tête, parce que je croyais nécessaire qu'après une longue période de servilité les êtres humains aient un œil exprès pour le soleil (alors que les deux yeux qui sont dans les orbites s'en détournent avec une sorte d'obstination stupide). Je n'étais pas dément mais je faisais sans aucun doute une part excessive à la nécessité de sortir d'une façon ou de l'autre des limites de notre expérience humaine et je m'arrangeais d'une façon assez trouble pour que la chose du monde la plus improbable (la plus bouleversante aussi, quelque chose comme l'écume aux lèvres) m'apparaisse en même temps comme nécessaire. » (L'Œil pinéal.)

 

« Lorsqu'on dit que l'hétérologie envisage scientifiquement les questions de l'hétérogénéité, on ne veut pas dire par là que l'hétérologie est, dans le sens habituel d'une telle formule, la science de l'hétérogène. L'hétérogène est même résolument placé hors de la portée de la connaissance scientifique qui par définition n'est applicable qu'aux éléments homogènes. Avant tout, l'hétérologie s'oppose à n'importe quelle représentation homogène du monde, c'est-à-dire à n'importe quel système philosophique. » (La valeur d'usage de D.A.F. de Sade.)

 

« Il est dans l'entendement une tache aveugle : qui rappelle la structure de l'œil. Dans l'entendement comme dans l'oeil on ne peut que difficilement la déceler. Mais alors que la tache aveugle de l'œil est sans conséquence, la nature de l'entendement veut que la tache aveugle ait en lui plus de sens que l'entendement même. Dans la mesure où l'entendement est auxiliaire de l'action, la tache y est aussi négligeable qu'elle est dans l'œil. Mais dans la mesure où l'on envisage dans l'entendement l'homme lui-même, je veux dire une exploration du possible de l'être, la tache absorbe l'attention : ce n'est plus la tache qui se perd dans la connaissance, mais la connaissance en elle. L'existence de cette façon ferme le cercle, mais elle ne l'a pu sans y inclure la nuit d'où elle ne sort que pour y rentrer. Comme elle allait de l'inconnu au connu, il lui faut s'inverser au sommet et revenir à l'inconnu. » (L'Expérience intérieure.)

 

« Gilles de Rais doit sa gloire durable à ses crimes. Mais fut-il, comme on l'affirma, le plus abject des criminels de tous les temps ? En principe, cette affirmation hasardée est peu soutenable. Le crime est le fait de l'espèce humaine, il est même le fait de cette seule espèce, mais il en est surtout l'aspect secret, l'aspect impénétrable et dérobé [...] Cela dit, nous ne pouvons aborder l'histoire de Gilles de Rais sans lui donner une valeur privilégiée [...] Devant les crimes de Gilles de Rais, nous avons le sentiment, fût-il trompeur, d'un sommet. » (Le procès de Gilles de Rais.)

 

« (...) On n'atteint le point qu'en dramatisant. Dramatiser est ce que font les personnes dévotes qui suivent les Exercices de saint Ignace (mais non celles-là seules). Qu'on se figure le lieu, les personnages du drame et le drame lui-même : le supplice auquel le Christ est conduit. Le disciple de saint Ignace se donne à lui-même une représentation de théâtre. Il est dans une chambre paisible : on lui demande d'avoir les sentiments qu'il aurait au Calvaire. » 
(L'Expérience intérieure.)

 

Le récit qui révèle les possibilités de la vie [...] appelle un moment de rage, sans lequel son auteur serait aveugle à ces possibilités excessives. Je le crois : seule l'épreuve suffocante, impossible, donne à l'auteur le moyen d'atteindre la vision lointaine attendue par un lecteur las des proches limites imposées par les conventions. Comment nous attarder à des livres auxquels, sensiblement, l'auteur n'a pas été contraint ? » (Le Bleu du ciel, avant-propos.)

 

« Me servant de fictions, je dramatise l'être : j'en déchire la solitude et dans le déchirement je communique. »
(Sur Nietzsche.)

 

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