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1999-2017

 

Herman MELVILLE


Billy Budd

(premières pages)

 

Au temps d'avant les bateaux à vapeur, ou du moins plus souvent en ce temps-là que de nos jours, quiconque flânait le long des docks d'un quelconque port de mer important avait parfois son attention arrêtée par un groupe de marins bronzés en tenue de sortie, qu'ils vinssent d'un vaisseau de guerre ou d'un navire marchand, en permission à terre. Dans certains cas, ils flanquaient ou, comme des gardes du corps, environnaient de toutes parts un spécimen supérieur de leur propre classe, qui évoluait avec eux comme Aldébaran parmi les moindres feux de sa constellation. Cet objet remarquable était le « Beau Marin » d'un temps moins prosaïque aussi bien pour la marine marchande que pour la marine de guerre. C'est sans trace perceptible de vaine gloire, mais plutôt avec la simplicité désinvolte de sa royauté naturelle qu'il semblait accepter l'hommage spontané de ses camarades.
Un exemple assez frappant me revient en mémoire. A Liverpool, voici maintenant un demi-siècle, j'ai vu dans Prince's Dock, à l'ombre du grand mur encrassé de la rue adjacente (obstacle éliminé maintenant de longue date), un simple matelot d'un noir si intense qu'il devait être un indigène africain de pur sang hamite - silhouette harmonieuse d'une taille très au-dessus de la moyenne. Les deux bouts d'un mouchoir de couleur vive noué librement autour de son cou dansaient sur l'ébène de sa poitrine découverte, de grands cercles d'or pendaient à ses oreilles, et un bonnet écossais au ruban de tartan coiffait sa tête bien faite. C'était un chaud midi de juillet, et son visage luisant de sueur rayonnait d'une bonne humeur barbare. Jetant des saillies joviales de droite et de gauche, montrant par éclairs ses dents blanches, il allait folâtrant avec une bande de camarades de bord dont il était le centre. Ceux-ci composaient un tel assortiment de tribus et de teints qu'ils eussent été bien qualifiés pour qu'Anacharsis Cloots les fît défiler à la barre de la première Assemblée française comme représentants du genre humain. A chaque hommage spontané rendu par les passants à cette noire idole - l'hommage d'un arrêt et d'un regard appuyé, parfois même d'une exclamation - le cortège bigarré ne cachait pas qu'il tirait de celui qui en était l'objet cette sorte d'orgueil que les prêtres assyriens devaient tirer de leur grand Taureau sculpté quand se prosternaient les fidèles.
Revenons à notre héros. Si parfois il faisait quelque peu figure de Murat4 naval en exhibant sa personne à terre, le Beau Marin de la période en question n'avait rien du pimpant Billy l'Endiablé, amusant personnage dont l'espèce est presque éteinte à présent, mais que l'on rencontre encore de temps à autre, et sous une forme plus divertissante encore que l'origine, à la barre des bateaux du terrifique5 Canal Erié ou, plus vraisemblablement, en train de plastronner dans les tavernes qui jalonnent le chemin de halage. Toujours émérite dans l'exercice de son périlleux métier, le Beau Marin était aussi plus ou moins un boxeur ou un puissant lutteur.
La force alliée à la beauté. On contait ses prouesses. A terre, le champion ; à bord, le porte-parole ; chaque fois que l'occasion le demandait, il venait en tête. On le voyait, prenant un bas ris dans les huniers, à cheval sur la fusée de vergue au vent, le pied sur le marchepied de bout de vergue en guise d'étrier, tirant des deux mains sur l'empointure comme sur une bride, dans l'attitude qu'aurait pu avoir le jeune Alexandre domptant le fougueux Bucéphale. Silhouette superbe, lancée comme par les cornes de Taurus contre le ciel orageux, hélant gaiement les gars en plein effort alignés le long du mâtereau.
Chez lui la nature morale était rarement en désaccord avec la structure physique. A vrai dire, si elles n'avaient subi l'influence de la première, la force et la grâce, toujours séduisantes lorsqu'elles s'unissent chez un homme, n'auraient guère pu susciter l'honnête sorte d'hommage que le Beau Marin, comme on en vit quelques exemples, recevait de ses compagnons moins doués.
Un pareil astre, au moins pour l'apparence, et quelque chose de pareil aussi de par sa nature, bien qu'avec d'importantes variations qui se feront jour au fur et à mesure du récit, voilà ce qu'était Billy Budd aux yeux célestes - ou Bébé Budd, comme on vint à l'appeler plus familièrement dans les circonstances qui vont être rapportées - âgé de vingt et un ans, gabier de misaine de la flotte britannique vers la fin de la dernière décennie du XVIIIe siècle. Ce n'est pas très longtemps avant l'époque du récit qui va suivre qu'il était entré au service du Roi après avoir été enrôlé de force dans les Détroits6, passant de ce fait d'un navire marchand qui revenait au port à bord d'un vaisseau de soixante-quatorze en partance, H.M.S. le Bellipotent ; lequel avait été contraint, comme il n'était pas inusité en ces temps critiques, de prendre la mer sans que son équipage fût au complet. En plein sur Billy, dès qu'il l'eut aperçu sur le passavant, le lieutenant Ratcliffe bondit en montant à bord avant même que l'équipage eût été rassemblé en bonne et due forme sur le gaillard d'arrière pour être délibérément passé en revue. Et ce fut le seul qu'il choisît. Que les autres hommes, une fois rangés devant lui, se montrassent à leur désavantage après Billy, ou qu'il eût quelques scrupules du fait que le navire marchand était assez à court d'hommes, l'officier se contenta de son premier choix spontané. A la surprise de l'équipage quoique à la grande satisfaction du lieutenant. Billy ne protesta nullement. Il est vrai que toute protestation eût été aussi vaine que si elle fût venue d'un chardonneret mis en cage.
A la vue de cet acquiescement sans murmures, comme enjoué pourrait-on dire, le capitaine marchand adressa au marin un regard de surprise et de silencieux reproche. C'était l'un de ces dignes mortels que l'on trouve dans toutes les professions, même les plus humbles - la sorte de personne que tout le monde s'accorde a appeler « un homme respectable ». Et - chose moins étrange à dire qu'il ne peut le paraître - bien que laboureur des eaux troublées, en lutte à longueur de vie avec les éléments intraitables, il n'était rien que cette âme honnête ne préférât dans son cœur à la simple tranquillité et à la paix. Pour le reste, il était âgé d'une cinquantaine d'années, quelque peu enclin à la corpulence, et il avait un visage avenant, glabre, d'un teint agréable - un visage assez plein, dont l'expression dénotait une intelligence empreinte d'humanité. Par un beau jour, quand soufflait un bon vent et que tout allait bien, certain accent musical dans sa voix semblait être la véritable émanation de l'homme intérieur venue sans obstacle du fond de son être. Il était très prudent, très consciencieux, et il y avait des occasions où ces vertus suscitaient en lui un excès d'inquiétude. Pendant une traversée, aussi longtemps que son bâtiment était tant soit peu à proximité de la terre, il n'y avait pas de sommeil pour le capitaine Cinis. Il prenait à cœur ces graves responsabilités que d'autres patrons de navire endossent plus légèrement.
Or, cependant que Billy Budd descendait au poste d'équipage pour rassembler son fourniment, le lieutenant du Bellipotent, un homme tout rond et sans façons, nullement déconcerté par le fait que le capitaine Cinis omettait de prononcer les mots de bienvenue habituels dans une circonstance aussi contrariante pour lui, omission due à cela seul qu'il était préoccupé, s'invita lui-même sans cérémonie à entrer dans la cabine, puis à prendre un flacon dans l'armoire aux liqueurs, resserre que son œil exercé découvrit sur-le-champ. C'était un de ces loups de mer chez qui toutes les rigueurs et tous les périls de la vie navale durant les grandes guerres prolongées de l'époque n'émoussaient jamais l'instinct naturel du plaisir des sens. Il remplissait toujours fidèlement son devoir ; mais le devoir est parfois une obligation aride, et il était partisan d'en irriguer la sécheresse, aussi souvent que possible, par une fertilisante décoction de liquides corsés. Il ne restait plus au propriétaire de la cabine qu'à pratiquer une hospitalité forcée avec toute la grâce et toute l'alacrité dont il pouvait faire montre. En tant qu'accessoires nécessaires du flacon, il plaça en silence un verre et une cruche d'eau devant cet hôte irrépressible. Mais, tout en s'excusant de s'abstenir lui-même pour l'instant, il observa avec consternation l'officier tandis que celui-ci, sans gêne aucune et résolument, diluait un peu son grog, puis l'avalait en trois gorgées et repoussait le verre vide, pas si loin toutefois qu'il ne restât bien à portée, tout en se carrant sur son siège, en claquant des lèvres avec beaucoup de satisfaction et en regardant son hôte bien en face.
Ces préliminaires terminés, le maître du bord rompit le silence d'une voix empreinte d'un douloureux reproche :
« Lieutenant, vous allez me prendre le meilleur, la perle de mes hommes.
- Oui, je sais, répondit l'autre en ramenant à lui le verre qu'il se proposait de remplir à nouveau. Oui, je sais. Tous mes regrets.
- Pardonnez-moi, mais vous ne comprenez pas, lieutenant. Voyez un peu. Avant que je n'aie embarqué ce jeune gars, mon poste d'équipage était un panier de crabes à force de querelles. Ça allait mal à bord du Droits, je vous le dis. J'étais tracassé au point que ma pipe elle-même ne parvenait pas à me consoler. Mais Billy survint ; et ce fut comme lorsqu'un prêtre catholique apporte la paix dans une mêlée d'Irlandais. Non qu'il les sermonnât, non qu'il dît ou fît rien de particulier, mais une vertu se dégageait de lui, qui adoucissait les plus aigres. Ils s'attachèrent à lui comme frelons à la mélasse ; tous, sauf le bagarreur de la bande, le grand gaillard velu aux favoris roux ardent. Celui-là, jaloux peut-être du nouveau venu, et ne pensant guerre qu’ « un charmant jeune gars gentil tout plein », comme il le désignait aux autres par moquerie, pût avoir la trempe d'un coq de combat, s'évertua à lui chercher noise. Billy ne s'émut point et raisonna plaisamment avec lui - il est un peu comme moi, lieutenant, il déteste tout ce qui ressemble à une querelle - mais rien n'y fit. Tant et si bien qu'un jour, pendant le second petit quart, le Favoris-Roux, en présence des autres et sous prétexte de montrer à Billy où se taille une tranche d'aloyau - car notre homme avait été boucher - lui donna insolemment un coup sous les côtes. Rapide comme l'éclair, Billy détendit le bras. Je suis sûr qu'il ne voulait pas y aller aussi carrément, n'empêche qu'il administra à l'épaisse brute une terrible rossée. Cela prit à peu près une demi-minute, je crois. Dieu me pardonne, le lourdaud fut stupéfait par tant de célérité. Et, le croiriez-vous, lieutenant, à présent le Favoris-Roux aime Billy pour de bon - à moins que ce ne soit le plus grand hypocrite dont j'aie jamais ouï parler. Mais ils l'aiment tous. Quelques-uns lui font sa lessive et lui reprisent ses vieux pantalons ; le charpentier lui fabrique à ses moments perdus une jolie petite commode. N'importe qui ferait n'importe quoi pour Billy Budd ; et c'est ici comme une heureuse famille. Mais à présent, lieutenant, si ce jeune gars s'en va, je sais ce qu'il en sera à bord du Droits. Ce n'est pas de sitôt qu'au sortir de mon dîner je pourrai m'appuyer contre le cabestan pour fumer une paisible pipe - non, m'est avis que ce n'est pas de sitôt. Oui, lieutenant, vous allez me prendre la perle de mes hommes ; vous allez me prendre mon pacificateur! »
Et, sur ce, la bonne âme eut vraiment quelque peine à réprimer un sanglot.
« Eh bien, dit le lieutenant qui avait écouté tout cela avec un intérêt amusé et que la goutte mettait de bonne humeur, eh bien, bénis soient les pacificateurs, surtout ceux qui savent se battre. Et telles sont les soixante-quatorze beautés dont vous voyez quelques-unes passer le nez par les sabords de ce navire de guerre qui m'attend là-bas, continua-t-il en désignant le Bellipotent par la fenêtre de la cabine. Mais courage ! N'ayez pas l'air si abattu, l'ami. Allons, je me porte garant d'avance, pour vous, de l'approbation royale. Soyez sûr que Sa Majesté sera ravie d'apprendre qu'en un temps où ses biscuits de mer ne sont pas recherchés par les marins avec autant d'empressement qu'il se devrait, en un temps aussi où certains capitaines marchands gardent secrètement rancune quand on leur emprunte un homme ou deux pour le service, Sa Majesté, dis-je, sera ravie d'apprendre qu'il s'est trouvé au moins un capitaine marchand pour livrer de bon cœur au Roi la fleur de son troupeau, un marin qui, avec un loyalisme égal, n'élève aucune protestation. - Mais ou est ma beauté?
demanda-t-il en regardant par la porte ouverte de la cabine. Ah ! le voici qui vient, et, par Jupin, trimbalant son coffre... Apollon avec son portemanteau ! Mon ami, lui dit-il en s'avançant vers lui, tu ne peux pas apporter ce grand coffre à bord d'un navire de guerre. Les coffres, là, sont surtout faits pour les munitions. Mets tes frusques dans un sac, mon gars. Des bottes et une selle pour le cavalier, un sac et un hamac pour le matelot. »
Le transfert de coffre à sac fut effectué. Et, après avoir embarqué son homme dans le canot où il descendit à sa suite, le lieutenant s'éloigna du Droits de l'Homme. Tel était le nom du navire marchand, bien que son capitaine et son équipage l'abrégeassent à la façon des marins en le Droits. Son propriétaire, un armateur de Dundee aux idées bien arrêtées, était un admirateur convaincu de Thomas Paine, dont l'ouvrage, écrit en réplique à l'inculpation de la Révolution Française par Burke7, avait été publié quelque temps auparavant et s'était répandu partout. En baptisant son vaisseau d'après le titre du volume de Paine, l'homme de Dundee ressemblait fort à son contemporain, l'armateur Stephen Girard8 de Philadelphie, qui manifesta sa sympathie tant pour sa terre natale que pour les philosophes libéraux qu'elle avait nourris en nommant ses navires d'après Voltaire, Diderot, etc. Mais à présent, lorsque le canot fila sous la poupe du navire marchand et que l'officier et les rameurs remarquèrent - les uns avec amertume, les autres en ricanant - le nom qui s'y trouvait blasonné, à ce moment
précis la nouvelle recrue se dressa d'un bond à l'avant de l'embarcation où le patron lui avait donné ordre de s'asseoir et, agitant son chapeau à l'adresse de ses camarades silencieux qui le regardaient avec tristesse du haut du couronnement, leur lança un chaleureux adieu. Puis, faisant mine de saluer le bateau lui-même: « Et adieu à toi aussi, vieux Droits de l'Homme.
- Assis, monsieur ! « rugit le lieutenant, assumant aussitôt toute la rigueur de son rang bien qu'il eût peine à réprimer un sourire.
Le geste de Billy était assurément une terrible atteinte à l'étiquette navale. Mais à cette étiquette il n'avait jamais été initié ; en considération de quoi, le lieutenant n'eût sans doute pas marqué sa réprobation avec tant d'énergie sans l'adieu final au navire. Il le prit comme un moyen pour la nouvelle recrue d'adresser une saillie voilée, une allusion sournoise à l'enrôlement forcé en général et au sien propre en particulier. Cependant, il est beaucoup plus probable que, s'il y avait bien là en effet une satire, elle n'était pas voulue, car Billy, bien qu'heureusement doté de l'enjouement que donnent une santé florissante, la jeunesse et un cœur léger, n'avait aucune disposition satirique. Pour cela l'inclination et la dextérité sinistre9 lui faisaient défaut l'une et l'autre. Manier les insinuations et les mots à double sens, quels qu'ils fussent, était tout à fait étranger à sa nature.
Quant à son enrôlement forcé, il semblait le prendre à peu près comme il eût souffert n'importe quelle vicissitude météorologique. Pareil aux animaux, sans être philosophe, il était a son insu pratiquement fataliste. Et peut-être lui plaisait-il assez de voir ses affaires prendre une tournure aventureuse qui promettait un débouché sur des scènes nouvelles et des péripéties guerrières.
A bord du Bellipotent, notre marin marchand fut classé d'emblée gabier breveté et affecté à la bordée de tribord de la hune de misaine. Il fut vite chez lui dans la marine de guerre, et loin d'y être détesté pour sa bonne mine sans prétention ou son air de jovialité désinvolte. Point de plus joyeux drille parmi ses commensaux, contrastant en cela de façon marquée avec certains autres individus qui faisaient partie comme lui de cette portion de l'équipage qu'on avait enrôlée de force ; car ceux-ci, lorsqu'ils n'étaient pas occupés activement, et plus particulièrement au dernier petit quart, lorsque l'approche du crépuscule incite à la rêverie, étaient enclins à tomber dans une humeur chagrine qui, chez quelques-uns, se teintait de rancœur. Mais ils n'étaient pas aussi jeunes que notre gabier de misaine, plus d'un parmi eux devait avoir connu un foyer, quel qu'il eût été, d'autres avaient une femme et des enfants, laissés trop probablement dans des conditions précaires, et aucun d'eux, sans doute, n'était dépourvu de parents et d'alliés dûment reconnus, tandis qu'en ce qui concernait Billy, comme on le verra bientôt, toute sa famille était pratiquement contenue en lui-même.


 © Ed Gallimard, 1980


Herman MELVILLE


Biographie

Herman Melville (1819-1891) est né à New York. Il était fils d'un marchand d'origine écossaise qui fit faillite et mourut en 1832. Aussi, à l'âge de quinze ans, Melville dut-il abandonner ses études a l'Albany Académy pour gagner sa vie en exerçant divers métiers. En 1839 commence sa carrière de marin comme garçon de cabine sur le Highlander en route pour Liverpool, expérience dont il tirera Redburn (1849). Son voyage suivant le conduit dans le Pacifique à bord d'un baleinier, le Acushnet, et lui fournira des matériaux pour Moby Dick (1851). Il déserte, gagne les îles Marquises, est capturé par des cannibales avec lesquels il passe quelques semaines, très amicalement. Il les quitte grâce a un baleinier australien, le Lucy Ann, mais est débarqué à Tahiti a la suite d'une mutinerie. Ces aventures dans les mers du Sud sont relatées dans ses deux premiers livres, Tapi (1846) et Omoo (1847), qui le rendent célèbre. Il revient au pays comme matelot à bord de la frégate United States, dont il s'inspirera pour La vareuse blanche (1850).
Melville se marie et s'établit a New York en 1847. Il publie en 1849 Mardi, le premier de ses grands romans allégoriques. C'est un échec. En 1850, il achète une ferme près de Pittsfield. Massachusetts, et devient l'ami intime de son voisin, Nathaniel Hawthome. C'est alors qu'il entreprend d'écrire Moby Dick, l'histoire de la baleine blanche, qui restera comme un des livres capitaux de l'histoire de la littérature. Mais Moby Dick est mal compris et a peu de succès. Dans la même veine, il écrit alors Pierre ou Les ambiguïtés (1852). On continue à lui reprocher de ne pas écrire des aventures exotiques dans le style de Tapi et Omoo.
En somme, sa célébrité littéraire n'a pas duré plus de six ans. Vaincu, Melville va travailler jusqu'à la fin de sa vie au service des Douanes de New York. Il écrit quelques poèmes, et aussi des nouvelles pour les magazines.
Mais il se trouve que ces nouvelles sont admirables: Benito Cereno, Bartleby l'écrivain... En 1857, encore un roman qui tombe à plat: Le grand escroc. Et, juste avant sa mort, ce chef-d'œuvre, Billy Budd, qui ne sera publié qu'en 1924.


© Gallimard? 1980

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