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Quatrième de couverture de La Présence
Employé zélé de l’Explorateur Club,
société spécialisée dans le divertissement,
Bergman se voit confier une mission de prospective : se rendre
dans un château du 18ème siècle, réputé pour
son fameux jardin à la française, afin d’en évaluer
le potentiel de reconversion touristique. Le lieu fait perdre de
l’argent à l’Etat et l’Explorateur Club
le transformerait bien en parc d’attractions.
Alors que la saison s’achève et que le château ferme ses
grilles au public, Bergman s’apprête à passer trois longs
mois dans un pavillon de chasse du parc, coupé de sa femme et de ses
enfants. Son seul compagnon est Pechnatz, un mystérieux homme d’entretien
jamais avare d’anecdotes sur l’histoire du domaine.
Mais progressivement, Bergman sent sa raison vaciller : quels sont ces étranges
bruits qui le réveillent ? La forêt avance-t-elle la nuit dès
qu’il a le dos tourné ? Qui sont ces jardiniers muets en combinaisons
qui font des cercles dans le parc ? Et pourquoi Pechnatz ne cesse-t-il pas
de lui parler de Shining, ce film de Kubrick où un écrivain isolé dans
un hôtel de montagne sombre dans une folie sanguinaire ?
Sans crier gare, Ostende nous projette dans une réalité perturbée
par l’intrusion d’un fantastique qui la ronge insidieusement au
point de la rendre suspecte, envoûtante, délicieusement dangereuse…
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2.
J’étais dans ce château pour trois mois.
Durant ces trois mois j’étais chargé d’étudier
le parc de soixante hectares et le château du XVIIIème
siècle en vue de le transformer en centre de loisirs.
Je devais étudier ça et faire des propositions.
Le contenu de mon travail de préfiguration c’était
:
1) Description des ressources naturelles d’un parc de soixante
hectares et d’une demeure datant du XVIIIème siècle,
situés à deux cents miles (trois cent vingt kilomètres)
au sud-est de la capitale française, en pleine vraie
nature.
2) Etude de faisabilité et propositions d’aménagement
et de développement à partir de l’étude
historique précise du château et du parc. Cette étude
et ces propositions en vue d’en faire un centre de
loisirs.
Le centre de loisirs est votre objectif, ne l’oubliez pas,
avait dit Kaiser, mais je n’étais pas assez distrait
pour oublier des choses pareilles et, d’ailleurs, pas une
seconde, je n’avais oublié que j’étais
là en vue de faire un centre de loisirs, dans le but de
transformer un château du XVIIIème siècle
et son parc en centre de loisirs.
Kaiser (mon patron) m’avait félicité d’accepter
de venir ici et il avait eu des compliments pour moi et mis sa
main sur mon épaule, il m’avait offert un verre d’alcool
glacé et un cigare; habituellement j’étais
un admirateur professionnel, j’étais un groupie professionnel
pour des comédiens, des chanteurs, dans l’argot de
la profession : j’étais un Tzitzerman. Un Tzitzerman
savait trouver des qualités à n’importe qui, à n’importe
quoi, même à une vieille ganache on trouvait des qualités.
PERSONNE N’ETAIT SANS QUALITE. Ou bien il aurait fallu être
vraiment orgueilleux pour se permettre d’être sans
qualité.
Les mauvaises langues disaient que les admirateurs professionnels
(agents d’admiration service) étaient de vulgaires
groupies professionnels (petites putes de l’ego selon les
plus remontés mais le mot ego était un peu exagéré),
loués à des comédiens ou à des hommes
politiques qui avaient besoin de (faire) croire qu’on
les aimait encore.
Cette méthode donnait satisfaction à la clientèle
de l’agence Admiration Service, en particulier à des
hommes politiques, des artistes, mais aussi des particuliers qui
avaient besoin de croire ou faire croire qu’ils avaient
des admirateurs.
Là, au château, je n’étais pas un Tzitzerman
et j’avais accepté ce travail, cette étude
du château et du parc, parce que c’était bien
payé, parce que je pensais aux enfants et à Judith
qui avait besoin de remontants depuis la blessure horrible qui
avait marqué son entrée dans le monde des adultes.
Avant de partir, Jean-Paul Kaiser, le directeur de l’agence,
m’avait pris à part pour me demander si je ne craignais
pas de rester isolé pendant trois mois dans cet endroit, « ce
trou de verdure où chante une rivière » comme
il l’avait dit de façon si poétique : « Nous
savons que tu as du caractère mais c’est un endroit
austère, tu sais, il fait froid, il y a des animaux naturels,
vivants, vrais, avec des poils, des odeurs chargées, tu
sais qu’il n’y aura pas d’Escalator mais de la
pluie et que là-bas les gens rêvent de vraies plages,
mangent beaucoup de charcuterie, du boudin... et pour certains,
seul le rêve du soleil les fait tenir, tu sais, c’est
un problème, la pluie des champs, les urbains ne tiennent
pas là-dedans plus d’un week-end, la pluie sur l’herbe
si verte mangée par les vaches et tout ça se transforme
en lait on se demande comment et même la neige tout ça
crée des situations mentales dangereuses. Tout ce qui pour
nos visiteurs peut être source d’excitation, de vrai
plaisir, d’aventure, de découverte de leur être
profond, pour d’autres, par exemple les ingénieurs
du projet « loisir et ressourcement », les concepteurs
d’un centre de loisirs, nos enchanteurs, c’est plus
difficile, ils se sentent enfermés comme dans une base arctique,
loin de la vraie vie, du plaisir, de la jouissance, le satellite
ne remplace pas tout, ils ont le mal du cachot. Alors tu penses
que cela pourrait être un problème pour toi d’être
sur place durant trois mois pour bien t’immerger dans ce
lieu unique, ce bijou d’authenticité du XVIIIème
siècle, le siècle des lumières? »
A la question « Rester là-bas pourrait-il être
un problème pour toi? », j’ai souri et haussé les épaules
et j’ai fermé à demi les yeux une seconde en
répondant : « Un problème? (j’avais alors
marqué un temps et regardé Kaiser droit dans les
yeux avec sincérité, conviction, franchise) Pas pour
moi. » J’ai dit ça : « Un problème?
Pas pour moi. »
Et j’ai souri.
Je suis même sorti du bureau en sifflotant l’air des « Trois
petits cochons » de Walt Disney. L’air que l’on
aimait tous chanter avec le boss : « Qui craint le grand
méchant loup, c’est pas nous, c’est pas nous »,
air que certains soi-disant puristes chantaient : « Qui craint
le grand méchant loup? C’est p’têt vous,
c’est pas nous, Voyez d’ailleurs comme on tient le
coup » ou directement en version originale : « Who
is afraid from big bad wolf? big bad wolf, big bad wolf ».
Liens
brisés
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