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La
triangulation de l’acte photographique inclus l’auteur,
son sujet et l’image réalisée par l’auteur à partir
du sujet considéré.
Le
photographe opère sur commande ou selon sa propre initiative.
Le sujet ou référent est observé dans le studio
de prise de vue, in situ en extérieur naturel ou reconstitué.
L’iconicité de l’image photographique, argentique
ou numérique, dépend du regard de l’auteur.
Il est par conséquent neutre et dès lors désigné comme
objectif. Sinon il est plus ou moins personnel et taxé de
subjectivité, d’originalité ou de créativité. Les
rapports qui se tissent entre l’auteur et le référent
relèvent du domaine de la perception visuelle, psychologique,
sociologique, ou autre. Ceux relevant du rapport auteur-image s’inscrivent
globalement dans le domaine de la création visuelle, plastique
ou artistique selon le point de vue adopté. L’analyse
convoque ici l’esthétique et l’histoire de la
photographie. La relation image photographique-référent
photographié appartient pour sa part au domaine de la représentation
visuelle.
Le
processus transposé dans le cadre de la création
picturale suit le même schéma de triangulation. Même
s’il adopte certaines spécificités. En effet,
le référent peut être réel, imaginé,
reconstitué à partir de souvenirs, d’images
documentaires, de textes, de récits divers…
Au-delà des outils et des technologies mis en œuvre
pour la création picturale et photographique, il est intéressant
de tenter une description du langage plastique d’un point
de vue essentiellement rhétorique, emprunté au domaine
littéraire et adapté des recherches de Jacques Durand,
pour Rhétorique et image publicitaire, in Communications,
N°15, 1970, pp.70-93. Ces travaux posent un précédent
théorique librement adapté ici à l’image
photographique toutes catégories et finalités confondues.
Adopter,
vis-à-vis de l’image, une optique essentiellement
sémiologique, permet d’autre part de définir
des points de convergence entre langages plastiques picturaux et
représentation photographique. Le propos n’est pas,
dans une optique réductrice, de dégager quelques
filiations ou interdépendance esthétiques. Il est
simplement question, d’observer simultanément : le
geste artistique de l’auteur, d’en dégager les
principes discursifs et les niveaux d’impact sur les six
principes variables visuelles de l’image.
Partant
d’une expérience pratique et pédagogique
assez large de l’image dessinée, peinte, photo-argentique
ou infographique, il est intéressant et logique de tenter
une description transversale des gestes artistiques. Et ceci au-delà des
particularités de la technique de réalisation, de
la date de production, de l’identité de l’auteur.
Le principal souci étant d’élaborer une approche
critique transdisciplinaire pour précisément franchir
les obstacles dressés par des pratiques méthodologiques
jusqu’à présent trop ciblées et trop
restrictives.
L’idée est aussi de tenter de dégager des
lignes de forces éclairant la compréhension des différentes
catégories formelles et les options discursives avancées
par l’auteur. Ceci pour aboutir à une lecture transdisciplinaire
de l’image : de l’avènement de la photographie
jusqu’à aujourd’hui.
Partant
d’une approche visuelle, cette tentative d’interprétation
transdisciplinaire des regards et des modes de visualisation ouvre
différentes perspectives de recherches en arts et langages.
Au delà des clivages thématiques, techniques, stylistiques,
les images conçues pour l’expression ou la communication
révèlent ainsi leurs structures et modes d’articulation
selon des constantes et /ou variations qu’il devient enfin
possible de comparer d’un point de vue avant tout discursif.
En
termes de rhétorique du discours de l’image, on
observe, sur la longue durée (i.e. de l’invention
de la photographie à nos jours), deux niveaux discursifs
et plastiques. Le premier bloc ou niveau rhétorique se construit
sur la similitude ; le second sur la différence.
L’intervention rhétorique, du propos ou geste photographique,
s’observe sur six différentes catégories de
variables visuelles, celles de forme, taille, grain, couleur, valeur
et place. La forme correspond à la figuration du référent
et définit le réalisme. La surface précise
la taille du sujet figuré à l’intérieur
des deux dimensions du plan de l’image. Le grain désigne
la texture du référent ou celle créée
par l’auteur dans une intention plastique et sémantique
précise. Comme chez le plasticien. La couleur, vraie ou
fausse après traitement et affectée de plus ou moins
de saturation, introduit différentes connotations et participe
au discours de l’image. Les jeux de valeurs pour l’image
en noir et blanc ou en couleur donnent des indications de contrastes
et de luminosité. La place du sujet à l’intérieur
du plan de l’image participe à la composition de la
scène réaliste ou non, figurative ou pas.
L’observateur moyen (le grand public), d’un référent
représenté par un art moyen (la photographie), permettrait
d’identifier l’idéal type de la photographie
moyenne de son époque, en fonction des attentes placées
dans les performances technologiques du matériel photographique.
C’est donc en termes d’écart et d’adéquation à ce
référent moyen ou à ce référent-type
que se dessinent les positions discursives relevant de
l’adjonction,
de la suppression, de la substitution ou d’échange
de variables visuelles sur l’image.
La
similitude joue sur deux gestes ou formes discursives que sont
l’adjonction et la suppression. La différence adopte
pour sa part les figures de suppression et d’échange.
Adjonction
qualitative ou quantitative de détails, le réalisme
photographique se propose de faire plus et mieux que les médiums
antérieurs. Gustave Le Gray saisit toute la subtilité des
valeurs de gris des reflets des eaux du port du Havre, en 1856/57,
avec Le Départ de la Flotte de Napoléon III. Oscar
G. Rejlander, en 1857, accumule 30 négatifs pour représenter
une scène édifiante totalement reconstituée
: Deux modes de vie.
L’adjonction de la couleur, en 1912, dans les Autochromes
de Jacques-Henri Lartigues propose une augmentation du degré de
similitude représentation-référent. L’accent
porté sur la couleur et le grain, en 1906-10, dans les Autochromes
de Louis Lumière, augmente le réalisme de l’image.
Cette dernière s’inscrit alors dans une certaine une
continuité avec les recherches picturales engagées
par André Derain, en 1905-06, pour Le Pont de Waterloo ;
ou par Henri Matisse, en 1904, dans Luxe, Calme et Volupté.
Et vis versa.
Làszlo Moholy-Nagy, en 1925, dans son ouvrage « Peinture,
Photographie,Film », créé le concept de « photoplastique » pour
ses photomontages. Qui sont une superposition de jeux d’esprit
et de sensations visuelles de formes et valeurs fortement contrastées.
Superposition de formes et de valeurs géométriques
très abstraites et très contrastées, en 1960,
dans les Schadographies de Christian Schad.
Les
jeux de lumière et d’ombres générés
par les matériaux translucides mettent en évidence
les potentialités plastiques de la lumière. Le Modulateur
spatial construit par Laszlo Moholy-Nagy en 1922-1930, permet « la
peinture à la lumière ». Procédé que
la photographie reprend en deux dimensions et que Man Ray développe,
en 1926, dans ses Rayogrammes, selon une vision surréaliste
de l’objet.
La rhétorique de la photographie contemporaine, depuis les
années 1970, s’inscrit dans un propos relevant de
la différence par rapport au référent, basé principalement
sur la substitution et l’échange.
Le réalisme et le documentaire en tant que formes photographiques
parlent critique de l’objet, de la société,
de ses attitudes. Joseph Kosuth présente, en 1965 pour One
and Three Chairs, une chaise en bois et deux photographies en noir
et blanc, en marquant le passage de l’apparence à la
conception. En photographie contemporaine comme en peinture, volume,
vidéo, la représentation du réel en lui-même
n’est plus la finalité première. Le réalisme
est la forme d’un discours critique multiforme à part
entière. Andy Warhol sérigraphie des photographies
de faits divers en jouant sur les limites entre médiatique
et artistique.
Les productions antérieures, concernées par des rapports
de similitude au référent, s’attachaient plus
particulièrement à des mises en forme relevant de
l’adjonction ou de la suppression de variables visuelles.
Substitution
et échange, par Bernd et Hilla Becher de formes
pratiquement semblables au fil des séquences comparatives
où ils inventorient en 1959-74, le patrimoine architectural
industriel allemand avec une très grande rigueur technique
et un maximum d’objectivité et de réalisme.
Suppression de la vision d’ensemble pour le détail
réduit à son abstraction la plus pure. Par recadrage
du réel pour n’en conserver qu’une forme épurée
dénuée de toute connotation extérieure, de
tout repère subjectif.
Les
tendances rhétoriques inventoriées par époques
n’ont rien de principes rigides. Comme dans tout processus
culturel se retrouvent des éléments précurseurs
et des formes tardives. C’est de ce syncrétisme même
que surgit la nouveauté de l’écriture et du
sens de l’œuvre.
Reportés sur un tableau à double entrée,
les grands traits de ces démarches photographiques successives
placées en ligne, croisent les six colonnes ou sont portées
les variables visuelles de l’image. En z s’affichent
les principaux mouvements plastiques répertoriés
depuis le milieu du XIXème siècle, identifiant ici
des postures conceptuelles et non pas seulement des modes de transcription
et de perception du réel.
Cette
approche laisse entrevoir certaines concordances sémantiques
entre arts plastiques et photographie, pour dire le réel
et l’imaginaire, non pas du seul point de vue de la représentation
imagée, mais en termes discursifs.
L’observation parallèle de pratiques picturales et
photographiques très minimalistes, apparentées à l’abstraction
géométrique met en évidence le fonctionnement
d’une rhétorique plastique transdisciplinaire.
De
l’abstraction géométrique
en photographie contemporaine
Certains
photographes, au-delà de la figuration conventionnelle,
ne retiennent pour seul langage plastique que des formes et des
couleurs élémentaires. Elle n’offre alors que
des référents géométriques abstraits
souvent difficiles à identifier nominativement. La démarche
de l’auteur s’engage alors de toute évidence
dans la perspective de l’abstraction géométrique.
La représentation, réduite à des jeux d’aplats
polychromes et de structures orthogonales n’a plus qu’un
degré d’iconicité minimum par rapport à un
quelconque référent existant. Repoussant au maximum
les limites de l’analogie.
Cette
juxtaposition abstraite de formes et de couleurs peut s’apparenter à l’abstraction
géométrique dite « froide » des peintures
de Mondrian, de 1922 à 1939, visibles aujourd’hui
au Musée Guggenheim, ou à l’abstraction géométrique « chaude » de
la toile Jaune-rouge-bleu, exécutée par Kandinsky
en 1925.
Franco
Fontana, avec Italian land scape, ne propose pour référent
qu’une structure géométrique sans indice de
code perspectif. Une image sans distinction de plans et de profondeur
de champ, avec pour toute plastique un jeu de lignes, de surfaces
géométriques de couleurs distinctes.
Une intéressante sélection d’œuvres de
Franco Fontana peut être consultée sur www.baudoin-lebon.com
Depuis
les années ’70, l’abstraction géométrique
est le caractère distinctif des photographies réalisées
par ce photographe italien.
Ses paysages ruraux rassemblent des propositions très abstraites.
Simplement animés par un ou deux nuages ou encore par un
arbre isolé. Les composantes figuratives sont rares. Elles
indiquent approximativement une échelle de grandeur parmi
des surfaces polychromes très saturées, délimitées
principalement par des lignes droites, obliques, rarement par des
courbes. Les zones cultivées, se différencient du
ciel par leurs couleurs et leurs textures. La ligne d’horizon
est souvent un indice de repérage visuel modeste, mais utile
pour identifier la représentation d’un paysage.
Cet
artiste, né à Modène, en Italie, en 1933,
compose d’autres séries de paysages. Moins minimalistes.
Moins abstraits. Ses paesaggi urbani, bien que cadrés avec
rigueur contiennent des toitures, fragments d’architecture,
colonnades, rangées de fenêtres et de portes, super
graphismes directionnels au sol, et autres repères. Ils
permettent d’évaluer les rapports de proportions,
les dimensions, le style architectural et autres caractéristiques
figuratives et spatiales contextuelles présentes in situ.
L’ombre d’un passant, une silhouette humaine, une automobile
d’un autre âge, n’introduisent dans ces espaces
urbains d’une froideur théâtrale que très
peu de vie et d’animation. Décor vide, vu à vol
d’oiseau, au grand angle. L’observateur, en attente
d’une hypothétique performance, se sent pris de panique
et d’ennui.
Des
vues de piscines et autres bassins d’un bleu outremer
limpide constituent une catégorie de paysages privés
ou de jeunes baigneuses figurent au premier plan de l’image.
Allongées sur le dallage ou sur un plongeoir ou nageant
calmement. Le photographe est bien souvent situé très
au dessus de l’espace aquatique. Plus rarement sous l’eau.
Photographies sans lignes d’horizon, où domine un
bleu texturé évoquant le miroitement de l’eau
traversée par une ombre ou le fragment d’un corps
féminin. Ces images sont les moins abstraites, les moins
conceptuelles des séries réalisées par Franco
Fontana.
Ce
regard distancé, là encore, transforme la scène
observée en maquette, modèle réduit d’une
réalité abstraite et factice. L’immatérialité de
l’environnement rural ou urbain s’oppose à l’univers
clos et quelque peu somptuaire des villas que vient agrémenter
par la présence de ces magnifiques corps féminins.
Mais
l’ensemble des cadrages conservent une structuration
très géométrique et minimaliste. Ces paysages
privées, photographiés dans des résidences,
certainement situées hors centre ville, diffèrent
de la rigueur des paysages urbains et encore plus des paysages
ruraux constitués essentiellement de zones agricoles cultivées.
Le
nu féminin se donne à voir en toute liberté aux
abords des piscines privées. Devenu ombre anonyme ou personnage
vu de dos, donc non identifiable, il échappe, entre les
murs de la ville, aux regards directs. Enfin, le cops humain disparaît
totalement sur les représentations de champs et autres forme
d’espace rural, réalisées par Franco Fontana.
Cette
relecture des grandes thématiques picturales de l’histoire
de l’art, le paysage champêtre, la vue urbaine et le
nu féminin prend l’évidente connotation d’une
critique sociologique. Critique d’un mode de vie contemporain
? D’espaces de travail agricole ou d’espaces de circulations
et d’échanges urbains dans lesquels la présence
humaine est perceptible mais reste cependant invisible. Espaces
où l’individu est seul, isolé et anonyme.
Dans l’univers clos tout aussi abstrait des villas et résidences
privées, la solitude individuelle prédomine également.
Mais la présence matérielle des corps s’affiche
là en toute liberté comme dans un jardin d’Eden.
La structuration géométrique de photographies plus
ou moins abstraites pose avec acuité un problème
de réception.
Pour l’observateur, une composition de formes abstraites
est moins simple à mémoriser qu’une représentation
figurative documentaire ordinaire. N’étant pas directement
référencée dans notre répertoire mental
et visuel courant.
Le musée imaginaire d’art contemporain occidental,
présent à l’esprit de l’amateur d’art
et peu à peu d’un public plus large, replace la perception
de formes abstraites et géométriques dans un contexte
d’interprétation prédéfinie. Chacun étant
libre ensuite de proposer sa propre sélection de connotations
et codes culturels.
Cette catégorie d’images abstraites, en manque d’arguments
analogiques, s’inscrit dans un répertoire plus « savant » et
moins accessible au grand public.
Aujourd’hui, partant d’outils numériques, la
photographie autorise par définition des représentations
visuelles d’un très haut degré d’iconicité.
Elle permet aussi, par définition, d’interroger les
compositions formelles d’ombre et de lumière. Différenciations
de couleurs et de nuances superposées, juxtaposées,
violement contrastées ou subtilement nuancées, sans
allusion ou presque à un quelconque référent
formel précis ou même allusif.
Obtenues
généralement avec un cadrage très
serré sur le détail, ces prises de vues reconstituent, à partir
d’un fragment, un ensemble sans échelle ni repères
dimensionnels. Cette approche se positionne dans la perspective
d’œuvres d’auteurs photographes internationalement
reconnus. On trouve pour exemple : Paul Strand (Abstraction, Ombre
d’une véranda, Connecticut, 1916) ; Moholy-Nagy (Photogramme,
1921) ; Keiichi Takara (Les Fenêtres, 1973-1982). S’ajoutent
les clichés de Yann Arthus Bertrand jouant sur ce principe
de déconstruction, construction, reconstruction discursive,
dans les séries intitulées La terre vue du ciel.
Gabriele Basilico aborde, pour sa part, en 1985, le paysage en
anthropologue de l’environnement avec une systématique
documentaire purement objective. Les recherches du plasticien et
photographe américain Ed Ruscha, présentées
en 2006, au Musée du Jeu de Paume à Paris considèrent
la quotidienneté dans une perspective conceptuelle aussi
dépouillée que documentaire. Tous souscrivent par
certains aspects de leurs productions à cette proposition
esthétique et discursive, d’une contiguïté très
limitée avec le référent photographié.
Résurgences formelles de recherches picturales antérieures
ou parallèles. Syncrétisme plastique : argentique/numérique
opérant tant au moment de la prise de vue, qu’à la
réception publique de l’image. L’abstraction
géométrique relève d’une approche plus
conceptuelle et plus littéraire que la figuration analogique à travers
laquelle se définit le photographique.
Insignifiant
in situ, un détail, sélectionné par
l’objectif ; affiché sur l’écran ; ou
agrandit sur papier ; prend une toute autre résonance. Le
cadrage circonscrit un univers clos et autonome.
Ici, le hors champs n’est d’aucun intérêt
pour lire et interpréter l’image. Langage monosémique
proche de la signalétique.
Métaphore d’un discours contemporain assez explicite
pour éluder toute référence, tout commentaire,
toute dérive ou débordement sémantique incontrôlé trop
allusif, trop subversif, ou trop subjectif. Discours clinique,
rigoureusement aseptisé ; fondement de tous les possibles.
Lexique plus que narration à part entière, une telle
démarche expose avant tout un regard. Celui de l’auteur
sur son cadre vie. Décor où la quotidienneté se
joue sans discontinuité, selon une logique intime, au présent,
passé et même peut-être au futur. Mise en scène
de la plus parfaite intemporalité. Mise à l’écart
de tout repère spatial et temporal.
Regard
qui explore les strates du langage visuel avec lucidité et
détermination. Non pas pour l’image en elle-même.
Quoique. Mais d’avantage pour le plaisir de la découverte
incessante et de l’accumulation de propositions signifiantes.
Mini textes tout aussi abstraits que synthétiques. Ecriture
spécifique de l’ère de la télématique
: minitel, texto et autres e-mails dépouillés de
tout artifice langagier. Propos iconique dégraissé de
toute interface sensible entre le vu et le rendu, restitué,
publié et communiqué avec efficacité.
Index plastique faisant directement référence à un
catalogue personnel et secret, où formes et couleurs perçues
ici ou ailleurs, imaginées ou composées à partir
d’archétypes visuels universels s’entrechoquent
et construisent un discours ouvert et pansémique.
La
statique et le minimalisme du cadrage rendent ces prises de vue,
très lisibles et, quoique très abstraites, optiquement
efficaces et mémorisables. C’est en cela qu’elles
retiennent l’attention, L’imagination de l’observateur,
en manque de repère figuratif, est libre de dériver
librement au-delà de toute analogie dans les méandres
de l’abstraction.
La Collection de Bernard Obadia évolue au fil d’un
blog, Quitter le Temps, http://temps.blog.lemonde.fr/temps/ où photographie
et littérature se croisent, se confrontent, se font écho,
dans RE PRESENTATIONS http://www.re-presentations.eu .Que l’on
retrouve à partir de Littératures & Compagnies sur www.litt-and-co.org/
La
démarche expérimentale et prospective de l’auteur
aborde différentes approches et versants de la création
photographique contemporaine. Certaines séries photographiques
relèvent formellement de l’abstraction géométrique,
avec un nuancier très restreint au service d’un cadrage
hyper architecturé.
Désigner ici comme photographique une pratique essentiellement
numérique peut surprendre. Mais ici la désignation
générique de photographique ne considère que
le regard de l’auteur en termes de cadrage, composition et
démarche discursive.
Bernard
Obadia regroupe dans La Collection des séries de
prises de vues très peu analogiques intitulées: Matières,
Détails, Couleurs, Ombre…
L’image, dans ces différentes séquences, relève
de jeux de variables visuelles de grain, texture, couleur ou valeur,
désignées dans La Sémiologie Graphique, par
Jacques Bertin, comme variables séparatrices du vocabulaire
graphique des images monosémiques.
Dans la séquence Bleu Lumière, chaque image joue
sur deux tons de bleu inscrits dans un cadrage orthogonal ou oblique
très épuré de deux, trois ou quatre formes
géométriques : triangles et quadrilatères.
Bleu vidéo d’écrans mis en abîme ?
Couleur brique ne contient que deux tons distincts d’ocre
rouge animés de trames verticales, horizontales ou obliques.
Plancher ou revêtement mural composé de lattes parallèles
cadré avec rigueur ?
Dans Californie 1, des compositions de quadrilatères et
de triangles, animés d’une seule ou au maximum de
quatre couleurs striées de lignes gris foncé. Volets
fermés où se projette l’ombre d’une balustrade
métallique le long d’un balcon ?
Ces propositions d’interprétations déductives
prouvent combien ces images déstabilisent un imaginaire
en quête de réalisme.
Bernard
Obadia décline ses cadrages « sans référent » en
fonction d’indices de repérage plus ou moins précis.
Un reflet de lumière, un élément infime au
premier plan de l’image sont là pour dire le photographique à part
entière, le relief ou la surface plane in situ. Alors que
l’observateur hésite par manque total de repère
figuratif, à désigner précisément l’objet
photographié.
Relevant
d’une plastique très minimaliste, ces clichés
numériques incitent, en qualité de figures abstraites, à exercer
un regard neuf. Car ils ne correspondent pas à un regard
photographique (argentique ou numérique) stéréotypé.
Editées dans La Collection, parmi d’autres types
de prospections formelles, ces photographies abstraites laissent
progressivement entrevoir leur originalité. Traçant
une ligne de force dans une démarche plastique et sémantique
en cours d’élaboration exploitant la photo numérique
avec autant d’aisance pour l’expression que pour la
communication visuelle.
caroline
ziolko
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